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Affaire UNIS : Jour J pour Justin Trudeau

Le premier ministre a défendu la décision de son gouvernement d'accorder un contrat à l'organisme de charité UNIS en disant que ce sont des fonctionnaires fédéraux qui l'avaient recommandé pour gérer la Bourse canadienne pour le bénévolat étudiant.

Justin Trudeau vu de profil dans une pièce sombre.

Le premier ministre Justin Trudeau a admis qu'il a commis une erreur en ne se récusant pas des discussions concernant l'attribution d'un contrat à l'organisme UNIS avec qui il entretient des liens.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

C’est aujourd’hui que le premier ministre Justin Trudeau doit comparaître devant le comité permanent des finances de la Chambre des communes à Ottawa dans la foulée de l’affaire UNIS. M. Trudeau, sa famille et son entourage entretiennent des liens étroits avec les dirigeants de l’organisme de charité. Au cœur du scandale : des soupçons de conflit d’intérêts du gouvernement libéral.

Fort attendu, le témoignage du premier ministre doit débuter à 15 h et il durera une heure. Par la suite, ce sera au tour de sa cheffe de cabinet Katie Telford de prendre la parole pendant une heure.

Les membres du comité permanent ont adopté une motion mercredi pour que le premier ministre témoigne pendant trois heures et que Mme Telford témoigne pendant deux heures, mais ils ne sont pas tenus de le faire.

Justin Trudeau a été convoqué notamment pour expliquer son rôle dans l'octroi, en avril dernier, d’un contrat sans appel d'offres pour la gestion du programme de Bourse canadienne pour le bénévolat étudiant (BCBE) à l'organisme UNIS (WE Charity en anglais) dont sa famille et lui-même sont proches.

Outre Justin Trudeau, le ministre des Finances Bill Morneau, le ministre des Ressources naturelles Seamus O’Regan et la cheffe de cabinet du premier ministre Trudeau, Katie Telford, ont également des liens étroits avec l’organisme UNIS. Selon le quotidien Globe and Mail, M. O’Regan et Mme Telford ont aidé à amasser plusieurs centaines de milliers de dollars pour l’organisme avant que les libéraux forment le gouvernement.

Justin Trudeau et Katie Telford regardent l'écran d'un cellulaire.

Justin Trudeau et sa cheffe de cabinet Katie Telford lors d'un souper avec les membres de la tribune de la presse parlementaire le 3 juin 2017 à Gatineau.

Photo : La Presse canadienne / Fred Chartrand

Le contrat d'une valeur de 500 millions de dollars aurait permis à l’organisation caritative de recevoir jusqu'à 43,5 millions de dollars pour administrer le programme. Devant la controverse, UNIS a finalement renoncé au contrat le 2 juillet, et le programme est maintenant administré par la fonction publique.

Selon une première estimation faite en avril par le ministère des Finances, le programme de bourse aurait coûté 912 millions, mais ce montant a été revu à la baisse en raison du temps limité pour sa mise en oeuvre, à l'approche de l'été, selon le bureau de la ministre de la Jeunesse, Bardish Chagger.

La BCBE est destinée aux étudiants et aux diplômés qui n'auraient pu se trouver du travail cet été à cause de la pandémie. Le programme consiste à verser 1000 $ aux étudiants et diplômés admissibles pour chaque tranche de 100 heures de bénévolat effectué, jusqu'à concurrence de 5000 $. Le gouvernement ne l'a pas encore déployé près d'un mois après le retrait d'UNIS, en pleine tourmente.

Trudeau fait son mea culpa

Justin Trudeau a reconnu qu'il avait commis une erreur en ne se récusant pas de la prise de décision concernant l'attribution du contrat à UNIS, réputé pour être très proche de sa famille. Il a également fait acte de contrition . J’aurais dû me retirer des discussions, et je ne l’ai pas fait. C’était mon erreur, je m’en excuse profondément, a-t-il dit.

Il a souvent répété, à sa défense, que c’est le ministère de l’Emploi et du Développement social qui a recommandé l’organisme pour gérer les bourses, et non son cabinet. Il avait précisé que l'organisme ne ferait aucun profit en administrant le nouveau programme.

Justin Trudeau et Sophie Grégoire seuls sur scène devant un logo de WE Charity

Justin Trudeau et sa femme Sophie Grégoire prononcent une discours à New York à l'invitation de l'organisme caritatif UNIS (WE Charity en anglais) le 20 septembre 2017.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Justin Trudeau et Sophie Grégoire ont participé à plusieurs événements de l’organisme, qui a été créé en 1995 par les frères Marc et Craig Kielburger. La femme du premier ministre est ambassadrice de l'organisme et anime un balado pour le compte de celui-ci.

CBC révélait il y a trois semaines que des membres de la famille du premier ministre ont déjà été payés par l’association caritative à titre de conférenciers. Sa mère Margaret et son frère Alexandre Trudeau ont reçu plus du quart d'un million de dollars pour avoir participé à des événements de l'organisme. Pourtant, UNIS avait démenti l'existence de liens financiers avec le premier ministre et ses proches.

Le témoignage des cofondateurs d'UNIS, devant ce même comité mardi, a permis d'apprendre que leur organisme de bienfaisance avait versé en tout plus de 500 000 $ en cachets et autres indemnités journalières à la mère de M. Trudeau, à sa femme et à son frère.

Le commissaire fédéral à l'éthique Mario Dion a déjà lancé une enquête sur Justin Trudeau et le ministre des Finances Bill Morneau pour une possible violation de la Loi sur les conflits d'intérêts, parce que les deux élus ne se sont pas récusés lors des discussions du cabinet sur le contrat attribué à UNIS.

Mario Dion assis dans une chaise devant un comité des Communes.

Le commissaire fédéral à l'éthique Mario Dion

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Outre Craig et Marc Kielburger, l’ancienne présidente du conseil d’administration d'UNIS Michelle Douglas, le ministre Bill Morneau, le greffier du Conseil privé Ian Shugart et la ministre fédérale de la Jeunesse Bardish Chagger ont tous déjà témoigné devant le comité.

Obtenir des réponses

En conférence de presse mercredi, les conservateurs ont soutenu que ces nouvelles informations nécessitaient une enquête supplémentaire du commissaire Dion, pour déterminer si ces paiements enfreignaient les règles sur les conflits d'intérêts des élus.

Nous voulons la vérité, toute la vérité et rien que la vérité, a répété le porte-parole conservateur en matière de finances, Pierre Poilievre. Il a prévenu que l'opposition chercherait à questionner davantage M. Trudeau à l'automne s'il ne fournissait pas de réponses détaillées.

Gros plan de Pierre Poilievre, montrant du doigt.

Le député conservateur Pierre Poilievre exhorte Justin Trudeau de divulguer tous les bénéfices que sa famille a reçus d’UNIS et de révéler toutes les conversations que lui et son bureau ont eues avec l’organisme.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, a déclaré de son côté qu'il voulait que M. Trudeau explique pourquoi les libéraux avaient choisi de confier le programme à l'organisme de bienfaisance, alors qu'il existait d'autres moyens, potentiellement plus faciles, d'aider les étudiants en difficulté financière, notamment par une hausse des bourses aux étudiants ou des budgets dans le programme Emplois d'été Canada.

Il n'a jamais été question d'aider les étudiants, a soutenu M. Singh. Il s'agissait en fait d'aider les petits amis du gouvernement libéral et du premier ministre Trudeau. Et c'est profondément troublant.

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a semblé quant à lui reculer sur son intention de déposer une motion de censure dès cet automne. On ne souhaite pas la chute immédiate du gouvernement, a-t-il dit. On souhaite d'abord sortir de la crise COVID-19.

Maintenant, si les personnes qui administrent la crise [sanitaire] au gouvernement fédéral – au premier chef le premier ministre et le ministre des Finances – sont incapables de le faire, il faut considérer leur remplacement, de gré ou de force, a-t-il déclaré.

Le comité parlementaire d'éthique de la Chambre des communes enquête lui aussi sur cette affaire, sous l'angle des mesures en place pour prévenir les conflits d'intérêts dans les politiques de dépenses du gouvernement fédéral.

Les députés de l'opposition, qui sont plus nombreux que les libéraux au sein de ce comité, ont également utilisé leur majorité pour demander à M. Trudeau de venir témoigner.

Avec les informations de La Presse canadienne

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