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L'importance de raviver le souvenir d'une enfant 35 ans après son rapt

La police compte relancer un appel à témoins pour retrouver Nicole Morin

Photo d'une fillette aux cheveux longs portant un chemisier blanc avec une boucle rouge.

Nicole Morin n'avait que 8 ans lorsqu'elle a disparu de chez elle à Toronto.

Photo : Police de Toronto

Jean-Philippe Nadeau

Il y a 35 ans aujourd'hui disparaissait la petite Nicole Morin à Etobicoke, dans l'ouest de Toronto. La fillette de 8 ans a été vue la dernière fois lorsqu'elle a quitté l'appartement de sa mère le 30 juillet 1985. Il s'agit de l'une des affaires non résolues les plus complexes et mystérieuses dans l'histoire de la police de Toronto.

Selon les enquêteurs, Nicole Morin a disparu en se dirigeant vers l'ascenseur de l'étage de son immeuble au moment où elle rejoignait au rez-de-chaussée son amie qui l'attendait à l'extérieur pour aller se baigner à la piscine du complexe.

Son amie ne la verra jamais sortir de l'édifice. La mère de Nicole est donc la dernière personne à l'avoir vue en vie ce jour-là, vêtue de son costume de bain, avec ses sandales et sa serviette de plage.

L'agente Nicole Sutton, qui est aujourd'hui responsable du dossier, reconnaît que l'enquête devient de plus en plus difficile avec le temps, mais il n'est pas question de baisser les bras.

Nous ne sommes pas encore disposés à clore le dossier, il y a des gens qui se souviennent peut-être d'un détail qui leur paraissait anodin à l'époque de l'enquête active, mais qui pourrait être important pour nous.

Nicole Sutton, policière au Service de police de Toronto

Le Réseau Enfants Retour explique qu'il faut toujours encourager le public à porter attention aux détails et ne jamais sous-estimer le poids des informations dont il dispose. Parfois ce petit détail leur permet de reconstruire le puzzle et de parvenir à une solution, alors toutes les informations sont importantes, précise la directrice générale de l'organisation, Pina Arcamone.

Ne jugez pas de la qualité de l'information, transmettez-là aux corps de police, cela peut faire la différence entre résoudre un dossier ou prolonger davantage la disparition de l'enfant et l'enfer que vit sa famille.

Pina Arcamone, directrice générale du Réseau Enfants Retour

La police compte d'ailleurs publier à nouveau un communiqué jeudi matin pour relancer un appel à témoins. Pour le Réseau Enfants Retour, il est important de maintenir vivant le souvenir de la petite Nicole dans l'esprit du public. Sans l'espoir, il n'y a plus de vie. Aussi mince soit l'espoir, une famille n'abandonnera jamais son enfant. Pour vivre un deuil, on doit retrouver le corps de l'enfant disparu, poursuit Mme Arcamone.

Dessin du visage d'une femme aux cheveux longs

Le portrait d'une femme qui pourrait ressembler aujourd'hui à Nicole Morin, selon la police de Toronto.

Photo : Police de Toronto

La police de Toronto a déjà créé il y a 5 ans une reconstitution de l'enlèvement de la fillette pour raviver la mémoire d'éventuels témoins oculaires ou même éveiller la conscience du ravisseur.

Mme Arcamone ajoute que le ravisseur peut être en fin de vie et aimerait soulager sa conscience avant de mourir, en indiquant où se trouve l'enfant ou ce qu'il est advenu d'elle.

Le dernier filon du public a mené les policiers à l'automne 2014 dans un boisé près de Barrie, mais sans succès. D'autres tuyaux que la police avait obtenus l'année précédente s'étaient finalement révélés non fondés. L'enquête connaît des hauts et des bas, mais il est impossible de prédire à 100 % qu'elle est encore en vie; sans son corps, nous ne pouvons affirmer non plus qu'elle est morte, explique la policière Sutton.

Même les recherches d'un détective privé que la famille avait embauché n'ont rien donné au Québec, ni dans l'ouest du pays, ni en Californie.

Survivre au rapt de son enfant

L'agente Sutton dit qu'elle est toujours en contact avec le père de Nicole pour qui la disparition continue de peser lourd. Quoi qu'il en soit, à 81 ans, Art Morin conserve toujours, selon elle, l'espoir de retrouver sa fille. Il est évidemment affecté. Quel parent ne le serait pas après avoir vécu une pareille épreuve, s'interroge-t-elle.

Dans une entrevue qu'il avait accordée à CBC en 2015, M. Morin avait confié qu'il avait réussi à surmonter son chagrin avec philosophie grâce à la foi. Il y disait notamment qu'il n'avait pas changé d'adresse, si jamais sa fille apprenait un jour la vérité sur ses origines dans l'éventualité où elle serait toujours en vie.

Mme Arcamone n'est pas surprise d'un tel exemple d'espoir parmi les proches d'enfants disparus. La famille doit savoir avec certitude ce qui s'est passé avec son enfant. Les années passent, mais il est important d'avoir un dénouement que la nouvelle soit bonne ou mauvaise. On doit permettre à des familles de cesser de chercher, elles s'accrochent [donc] à l'espoir, dit-elle.

Mourir sans connaître la vérité

La mère de Nicole Morin, Jeannette, est quant à elle décédée en 2006 sans savoir ce qu'il est advenu de sa petite fille. Tous les parents qui sont toujours en attente d'une nouvelle nous disent que la pire chose possible, c'est qu'un jour ils meurent sans vraiment savoir ce qui est arrivé à leur enfant, souligne Mme Arcamone.

Nicole Morin aurait 43 ans aujourd'hui. La police espère que toute personne qui la rencontrerait aujourd'hui et avec laquelle la disparue aurait partagé son vécu aurait l'intelligence de contacter les autorités.

L'agente Sutton laisse entendre que la femme ne se souvient peut-être pas de son passé dans l'éventualité où elle aurait survécu. Il existe des cas où des enfants ont été retrouvés des années plus tard [à l'âge adulte]. Chaque cas est unique, d'où la difficulté de faire des comparaisons... mais avec un peu de chance, Nicole aura peut-être la possibilité d'en parler avec quelqu'un... on ne peut donc écarter la possibilité qu'elle soit encore en vie, dit-elle.

L'avancement des technologies

Les réseaux sociaux, qui n'existaient pas en 1985, deviennent par ailleurs utiles, selon Mme Arcamone, pour partager rapidement des informations et des photos d'un disparu. Elle ajoute que les policiers ont reçu, avec le perfectionnement des technologies, des formations plus pointues pour retrouver un enfant qui a été enlevé.

L'agent Sutton confirme que les technologies évoluent avec les années et qu'elles peuvent parfois relancer ou faciliter le dénouement d'une enquête lorsque les mémoires des témoins s'estompent avec le temps.

Le vieillissement technologique d'une photo d'enfant peut par exemple être utile pour voir ce qu'il serait devenu à l'âge adulte. L'utilisation plus poussée des analyses d'ADN peut parfois élucider également des énigmes.

Pour qu'une disparition corresponde à une alerte Amber, il faut que des critères précis soient satisfaits.

Les alertes Amber sont aujourd'hui très faciles à émettre dans la communauté.

Photo : iStock

Mme Arcamone ajoute que le recours aux alertes Amber a aussi permis aux corps de police de résoudre des affaires non classées sur des disparitions d'enfant et même de sauver certains d'entre eux.

L'organisation Réseau Enfants Retour offre des services pour aider la famille d'un disparu à renouer avec un enfant qui aurait survécu à son enlèvement, particulièrement lorsqu'il refait surface des années plus tard à l'âge adulte.

L'organisation propose aussi le même service aux victimes dans l'éventualité où Nicole Morin devait être retrouvée vivante. On leur explique par exemple tout ce qui a été fait au cours des années, toutes les démarches prises par la famille, pour leur montrer qu'on n'a jamais cessé les recherches, qu'il ou elle est toujours désiré, toujours attendu à la maison... il faut donc préparer autant les parents que l'enfant à la réunification, conclut Mme Arcamone.

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Disparition

Justice et faits divers