•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le mystère d'une photographie de l’explosion d’Halifax s’éclaircit

Ancienne photographie montrant des navires sur lesquels tombent des débris devant un gigantesque panache de fumée.

Il est maintenant établi que cette photographie de l'explosion du 6 décembre 1917 a vraisemblablement été prise depuis le pont du NCSM Acadia, qui était ancré à l'entrée du bassin de Bedford.

Photo : Archives communautaires de Belleville et du comté de

Radio-Canada

Les recherches entourant une photographie de l’explosion de 1917 à Halifax ont permis de déterminer à quel endroit elle a été prise.

Étonnamment, le navire sur lequel se trouvait l’enseigne de vaisseau Reginald Stevens lorsqu’il a pris cette photographie a non seulement résisté à l’explosion, mais il se trouve toujours ancré à Halifax. Il s’agit du NCSM Acadia, qui est aujourd'hui un musée.

Jeff Noakes, historien au Musée canadien de la guerre, a remarqué la photographie lorsqu'elle a été publiée sur Reddit, puis lorsque CBC a rapporté son existence. Il a trouvé le nom de Reginald Stevens sur une liste du personnel de la Marine canadienne remontant à janvier 1918 qui indique que l'enseigne avait été posté à bord de l'Acadia quelques semaines avant l’explosion.

Beaucoup de gens trouvent que les photographies historiques sont fascinantes parce que ce sont des fenêtres ouvertes sur le passé, explique Jeff Noakes.

Reginald Stevens a survécu à la Première Guerre mondiale. Il a épousé Alma Kerr en Ontario, en 1919. Il est mort dans cette province en 1971. Sa pierre tombale, dans un cimetière de New Liskeard, indique qu’il a fait son service militaire de 1917 à 1918.

Selon le Musée maritime de l’Atlantique, le NCSM Acadia gardait l’entrée est du bassin de Bedford en cette matinée du 6 décembre 1917. Il était ancré à environ 600 mètres du rivage où se trouve de nos jours l’Institut océanographique de Bedford.

C’était le point de départ du navire norvégien Imo et l’endroit vers lequel se dirigeait le cargo français Mont-Blanc, qui était chargé d'explosifs. La collision entre les deux navires a entraîné une gigantesque explosion qui a soufflé une partie de la ville. Quelque 1600 personnes ont péri sur le coup, et 400 autres ont succombé à leurs blessures par la suite.

L’historien Joel Zemel a déniché une photographie d’archives montrant l’enseigne de vaisseau Stevens sur le pont de l'Acadia avec des collègues, vraisemblablement quelques mois après l’explosion.

Un témoignage du désastre

Joel Zemel a aussi trouvé le journal personnel de Frank Baker, un matelot britannique qui servait à bord de l'Acadia en tant que patrouilleur. Ses tâches consistaient à faire des vérifications en cas de présence de cargaisons dissimulées ou d’espions, selon le Musée de Dartmouth. Il aurait été près de Reginald Stevens au moment de l’explosion, quand ce dernier a pris la photographie.

Dans son journal, Frank Baker décrit la scène chaotique de l’explosion. Selon lui, ce jour-là, les membres d’équipage se sont levés de leur hamac à 6 h 30. Il est monté sur le pont supérieur à 7 h. Il l'a nettoyé jusqu’à 8 h, heure de la pause du petit déjeuner. Les membres d’équipage étaient de retour à leur poste à 9 h, quelques minutes avant l’explosion.

Frank Baker n’avait aucun navire à inspecter ce jour-là. Il poursuivait son travail de nettoyage lorsqu’il a entendu la pire explosion de sa vie, une explosion du genre qu’on ne veut jamais entendre à nouveau, explique-t-il. Selon lui, une première onde de choc a secoué le NCSM Acadia de la proue à la poupe, et la seconde a fait tourner le navire.

Des hommes ont été renversés sous l'affût de canons, d’autres ont été projetés du pont, relate Frank Baker. L’équipage, selon lui, croyait que le navire était attaqué par un sous-marin allemand.

Un groupe d'officiers rassemblés sur le pontAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L’enseigne de vaisseau Reginald Stevens, debout, est le deuxième à droite. Cette photo prise à bord du NCSM Acadia remonte probablement à 1918.

Photo : Gracieuseté/Joel Zemel

Frank Baker ajoute avoir vu une véritable montagne de fumée jaunâtre et d’énormes pièces de métal dans les airs tout autour de nous. Il relate qu’une pluie d’éclats métalliques a fracassé les hublots de la salle des machines et de la chambre des cartes.

C’était le plus grand miracle du monde que nous n’ayons pas été tous tués. Dieu seul sait comment nous y avons échappé, souligne Frank Baker.

Reginald Stevens a pris une photographie de cette montagne de fumée.

Un incendie qui s’était déclaré à bord de l'Acadia a rapidement été maîtrisé, et personne n'a été blessé. Des pièces métalliques se sont abattues à une vingtaine de mètres à peine du navire. Tout le monde à bord aurait perdu la vie si ces pièces étaient tombées sur le navire, selon Frank Baker. C’était terrifiant, a-t-il écrit.

C’était la dernière étape de l’explosion, cinq minutes après la déflagration initiale. Quelques minutes plus tard, une fois la fumée dissipée, l’équipage a pu voir qu’elle avait été provoquée par la collision des deux navires.

Un ancien navire militaire amarré à un quai.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le NCSM Acadia, toujours ancré à Halifax, est aujourd'hui un musée.

Photo : CBC/Cassie Williams

Frank Baker décrit une mer recouverte de débris et d’épaves. Plusieurs autres bateaux, dans le havre, étaient en flammes. Des centaines de petites embarcations avaient été soufflées.

Reginald Stevens disait avoir pris la photographie 30 secondes après l’explosion, mais cette estimation laisse Joel Zemel sceptique, car, selon le journal de Frank Baker, il n’était pas sécuritaire de se trouver sur le pont durant les cinq minutes suivant l’explosion. La fenêtre de 30 secondes est donc extrêmement improbable, selon l’historien. Ce dernier estime que la photographie a vraisemblablement été prise quelques minutes après l’explosion.

L’inspiration d’un artiste

Lorsque la photographie a fait surface sur Reddit, un utilisateur a fait une recherche et découvert qu’elle était déjà apparue sur Internet. Elle avait servi à illustrer la couverture d’un album du musicien Baktria, de San Francisco.

L’artiste affirme qu’il illustre habituellement ses albums avec ses propres photographies, mais qu’il cherchait cette fois-là quelque chose de plus littéral.

Baktria dit avoir trouvé cette photographie dans une base de données d’images libres de droits. Le crédit photographique indiqué était simplement l’explosion d’Halifax.

L’artiste ajoute que l'image illustre parfaitement son album intitulé All Ships on Fire, un titre qui coifferait également bien la photographie.

Avec les renseignements de Jon Tattrie, de CBC

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Nouvelle-Écosse

Histoire