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Selon William Barr, les « émeutes » à Portland n'ont pas de lien avec George Floyd

Bill Barr gesticule assis à une table.

Le secrétaire américain à la Justice William Barr

Photo : Getty Images / Pool

Radio-Canada

Sous le feu des critiques démocrates, le secrétaire américain à la Justice, William Barr, a vigoureusement défendu mardi au Congrès l'intervention d'agents fédéraux à Portland où, selon lui, les « émeutes » n'ont plus rien à voir avec la mort de George Floyd.

Ce pilier du gouvernement de Donald Trump était entendu par la commission des Affaires judiciaires de la Chambre des représentants.

Celle-ci a ouvert le mois dernier une enquête pour déterminer si le département de la Justice n'était pas devenu trop politisé, à la suite de l'intervention de William Barr dans plusieurs dossiers impliquant des proches de Donald Trump, tels que Michael Flynn ou Rudolph Giuliani.

Contrôlée par les démocrates, la commission est présidée par Jerry Nadler. Ce dernier a d'emblée accusé William Barr d'avoir aidé et soutenu les pires errements du président républicain.

Sous votre direction, le département a mis en danger les Américains et violé leurs droits constitutionnels en inondant les rues des villes américaines d'agents fédéraux [...] pour supprimer la contestation née après la mort de George Floyd, un Afro-Américain asphyxié par un policier blanc le 25 mai à Minneapolis, a ajouté l'élu démocrate.

Le procureur général des États-Unis témoignait devant la commission judiciaire pour la première fois depuis sa nomination en février 2019. Son interrogatoire aura duré plus de cinq heures.

Sans se départir du sang-froid qui le caractérise, William Barr s'est posé en garant de l'État de droit et s'est fait l'écho du président républicain qui espère décrocher un second mandat le 3 novembre en s'affichant comme le protecteur de la loi et de l'ordre.

Des émeutiers violents et des anarchistes ont détourné des manifestations légitimes pour semer le ravage et la destruction.

Bill Barr, secrétaire américain à la Justice

Ce qui se passe chaque nuit autour du tribunal de Portland, la plus grande ville de l'Oregon, ne peut pas être appelé une manifestation, c'est à tout égard une attaque contre le gouvernement des États-Unis, a ajouté le secrétaire.

Jerry Nadler porte un masque en se levant de sa chaise.

Jerry Nadler, le président de la commission judiciaire, n'a pas été tendre envers William Barr.

Photo : Associated Press / Chip Somodevilla

Un tableau apocalyptique

William Barr a dressé un tableau apocalyptique de la situation à Portland où, selon lui, des centaines d'émeutiers équipés de lance-pierres, pistolets électriques, marteaux, scies, couteaux, fusils, explosifs... n'essaient même pas de manière superficielle, de lier leurs actions à la mort de George Floyd ou à des appels légitimes à des réformes.

La mort de ce quadragénaire a déclenché dans tous les États-Unis d'énormes manifestations antiracistes et des appels à réformer la police. La mobilisation s'est considérablement affaiblie, mais des poches de contestation ont persisté, notamment à Portland, une ville du Nord-Ouest nettement marquée à gauche.

Le déploiement en juillet d'agents fédéraux, qui, vêtus de tenues paramilitaires et sans macarons visibles d'identification, y ont procédé à des dizaines d'interpellations, a durci le mouvement. Chaque nuit, des heurts ont lieu entre les policiers et les protestataires. Vingt-deux personnes ont encore été arrêtées ce week-end et inculpées par la justice fédérale.

Au total, 124 agents ont été dépêchés sur place depuis le 4 juillet, a confirmé Bill Barr, en se disant prêt à envoyer d'autres renforts, malgré l'opposition des élus locaux.

Loin de se préparer à un repli, 100 agents des Marshals, une unité fédérale, ont été identifiés au cas où il serait nécessaire de remplacer ou de seconder les agents stationnés sur place, a fait savoir à l'AFP une de leurs porte-parole.

Cette situation donne lieu à des lectures politiques aux antipodes, qui se sont exprimées avec force lors des débats devant la commission.

Les élus démocrates ont accusé les agents fédéraux d'attaquer des manifestants pacifiques et d'avoir jeté de l'huile sur le feu sur une situation en train de s'apaiser.

Les républicains ont, avec un long montage vidéo, insisté sur les violences des protestataires et ont accusé les leaders démocrates d'être des gauchistes radicaux. Le président américain mise sur son discours de fermeté pour rester à la Maison-Blanche.

Bill Barr assis seul devant les membres du comité.

Le secrétaire américain de la Justice William Barr témoigne devant le comité de la Justice de la Chambre des représentants.

Photo : Getty Images

À la défense de la police

Depuis deux mois, plusieurs statues de soldats sudistes et esclavagistes ou de personnages historiques liés à l'oppression des Amérindiens, comme Christophe Colomb, ont été déboulonnées alors que le pays est en plein examen de conscience collectif sur les fondements de son racisme.

Lors de son audition, William Barr a également défendu la police, niant qu'elle abrite du racisme systémique. Je ne crois pas qu’il y a du racisme systémique au sein des corps de police en général dans ce pays, a-t-il lancé.

Les forces de l'ordre ont été diabolisées par les manifestants antiracistes, au point de devenir réticentes au risque, a-t-il déploré. Selon lui, cela a conduit à une hausse de la criminalité dans plusieurs villes, dont Chicago, justifiant là aussi l'intervention de forces fédérales.

Réduire le financement des forces policières serait extrêmement dangereux, a-t-il soutenu, ajoutant qu’elles ont besoin en fait de plus de ressources pour répondre aux préoccupations soulevées par les manifestants à Minneapolis.

Je suis plus préoccupé par le fait que la police soit suffisamment financée aujourd'hui et reçoive plus de ressources, a-t-il admis.

Il estime que les violences visant des édifices fédéraux se répandraient à travers les États-Unis si les forces de l’ordre abandonnaient la défense du palais de justice de Portland. Il n’y a pas de doute dans mon esprit qu’elles se propageraient, a-t-il dit.

Nous sommes inquiets que ce problème métastase dans tout le pays. […] Nous devons prendre position et défendre la propriété fédérale. Nous ne pouvons pas en arriver à un niveau où nous acceptons ce genre d'attaques violentes contre les tribunaux fédéraux, a-t-il affirmé.

Il n'y pas de place dans ce pays pour des meutes armées qui veulent établir des zones autonomes en dehors du contrôle du gouvernement ou faire tomber des statues et des monuments.

William Barr, secrétaire américain à la Justice
Bill Barr marche avec un masque.

Le secrétaire américain à la Justice Willaim Barr a fait son entrée devant le comité de la Justice de la Chambre des représentants avec son couvre-visage.

Photo : Getty Images / Chip Somodevilla

Dossiers judiciaires sensibles

Quant à ses interventions contestées dans les dossiers judiciaires de proches du président Trump, William Barr a cherché à désamorcer d'emblée les critiques, en jurant d'avoir exercé son jugement en toute indépendance.

Évoquant le scandale bidon du Russiagate, le secrétaire a toutefois repris à son compte temps la thèse de Donald Trump qui a toujours parlé de chasse aux sorcières au sujet de l'enquête sur une possible collusion entre Moscou et son équipe de campagne en 2016.

Cette enquête a empoisonné la première moitié de son mandat avant de conclure sur une absence de preuves.

De plus, le secrétaire à la Justice s’est fait questionner sur sa gestion des dossiers de Roger Stone et de Michael Flynn.

Dans ces deux cas, j'ai déterminé qu'une certaine intervention était nécessaire pour rectifier l'État de droit, pour s'assurer que les gens sont traités de la même manière, a-t-il déclaré.

M. Barr a répété qu'il estimait que Roger Stone devrait aller en prison, mais pas pour une durée injuste. Je reconnais que les amis du président ne méritent pas de traitements spéciaux, mais ils ne méritent pas non plus d'être traités plus durement que d'autres personnes, a-t-il affirmé.

Il a assuré qu’il possédait l’entière liberté de faire ce qui est juste et que Donald Trump n’a pas essayé de l’influencer dans les décisions pénales qu’il a prises.

Le président n’a pas tenté d’interférer dans ces décisions. Au contraire, il m’a dit dès le début qu’il s’attend à ce que j’exerce mon jugement de façon indépendante.

L'élection présidentielle et les risques de fraude

Le secrétaire américain à la Justice s’est fait demander s’il croyait que le président détenait le pouvoir de déplacer le jour de l’élection prévu le 3 novembre prochain.

Je ne me suis jamais fait poser la question avant. Je n'ai jamais étudié la question en tant que procureur général, a-t-il répondu.

Il s’est ensuite fait interroger pour savoir s’il pensait que l'élection présidentielle serait truquée. Je n'ai aucune raison de penser qu'elle le sera, a-t-il rétorqué.

Donald Trump a déclaré au cours d’une entrevue à Fox News ce mois-ci qu’il était d’avis que le vote par correspondance allait truquer l'élection, refusant du coup de dire s’il allait reconnaître les résultats du scrutin.

Toutefois, William Barr a concédé qu’il existe un risque élevé que le vote par correspondance entraîne une fraude électorale généralisée, sans en faire la démonstration.

Dans une déclaration écrite remise au comité de la Chambre, M. Barr allègue que les démocrates ont tenté de le discréditer depuis qu’il a juré d'investiguer sur l'enquête du FBI de 2016 à l'égard d'une possible collusion avec la Russie et la campagne électorale de Donald Trump, et que les médias ont été injustes dans la couverture de cette affaire.

Avec les informations de CNN, Agence France-Presse, Washington Post, et Reuters

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