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De mystérieuses graines envoyées de Chine sèment l'inquiétude

L'État de Washington a partagé une image des enveloppes suspectes et de leur contenu. Les adresses des destinataires sont cachées pour protéger leur identité.

Photo : Ministère de l'Agriculture de l'État de Washington

Trois passionnées de jardinage de la Péninsule acadienne, au Nouveau-Brunswick, ont reçu par la poste des graines mystérieuses qui auraient été postées à partir de la Chine.

L’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) prend au sérieux cette série d’envois non sollicités, qui ont été signalés ailleurs au pays ainsi qu'aux États-Unis.

Depuis quelques jours, l’agence fédérale reçoit des signalements de personnes disant avoir reçu par la poste une enveloppe qu’elles n’ont pas commandée.

À l’intérieur se trouve un sachet de semences ou de graines non identifiées.

Montage photo d'un colis postal et d'un petit sachet de graines inconnues.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Cynthia Fournier, une résidente du Nouveau-Brunswick, a reçu ce colis qu'elle n'a pas commandé.

Photo : Courtoisie de Cynthia Fournier

Possible stratégie commerciale

Les motivations véritables derrière ces envois postaux sont encore inconnues. Toutefois, des observateurs rapportent l’hypothèse que les incidents soient ce que l’on appelle du brushing.

À l'heure actuelle, nous n'avons aucune preuve indiquant qu'il s'agit d'autre chose qu'une arnaque de "brushing", a indiqué le ministère de l'Agriculture des États-Unis.

Il s’agit d’un stratagème utilisé pour obtenir des avis favorables sur les plateformes de vente en ligne. On sait que ça se fait, explique, Luc Lefebvre, un expert en cybersécurité invité à expliquer ce qu’est le brushing.

Ça reste illégal et c’est une manière fallacieuse de faire de l’argent. Des marchands en ligne vont créer de faux comptes avec des adresses de consommateurs légitimes. L’objectif est d’utiliser ces comptes pour générer des avis positifs des vendeurs sur les plateformes.

Pour éviter les faux avis positifs, sur plusieurs plateformes en ligne permettent seulement aux acheteurs d’émettre des commentaires sur un fournisseur après avoir effectué une commande avec lui.

C’est pour déjouer ce système que le brushing a été mis au point. [Ils se disent], je vais commander des petites quantités de produits pour donner l’impression que c’est un utilisateur légitime qui a une vraie commande, explique l’expert.

Toutefois, Luc Lefebvre dit que le phénomène n’est pas nouveau et il est possible d’intercepter les tentatives de brushing puisque les colis internationaux sont surveillés. Selon lui, s’il y a une campagne de brushing [...] la douane chinoise est assurément au courant de toutes ces graines-là qui partent du territoire, vers le territoire canadien ou américain.

Des citoyens préoccupés

La situation nous inquiète, dit Mireille Marcotte, gestionnaire aux enquêtes phytosanitaires à l’Agence canadienne d’inspection des aliments. À ma connaissance, c’est la première fois qu’une chose comme ça se produit.

C’est quelques cas pour l’instant, je n’ai pas de chiffre exact. Mais on s’attend à ce que le chiffre augmente au fur et à mesure que les gens vont nous contacter, dit-elle.

L’ACIA dit qu’il est encore trop tôt pour établir des liens entre ces incidents.

On ne sait pas encore ce que sont ces semences, mais les autorités s'inquiètent.

Il y a des possibilités que les semences soient infectées par des virus ou des pathogènes. Il pourrait y avoir des semences de plantes envahissantes, il pourrait y avoir de petits insectes cachés, prévient Mireille Marcotte, de l'Agence canadienne d'inspection des aliments.

Si ces espèces-là sont introduites au Canada, elles peuvent s’établir et se répandre.

Mireille Marcotte, Agence canadienne d'inspection des aliments

C’est difficile, une fois que c’est dans l’environnement, d’agir, remarque-t-elle.

Ça peut avoir un impact très important pour l’agriculture, pour la foresterie, pour l’environnement en général, ajoute la biologiste de formation.

Une mise en garde aux États-Unis

L’ACIA demande à toute personne ayant reçu un colis similaire de ne pas détruire ou jeter les graines reçues, mais plutôt de les conserver, ainsi que l'emballage et le paquet, pour les besoins de l'enquête que les autorités canadiennes mènent conjointement avec les États-Unis.

Une photo des enveloppes, avec des sachets de graines à côté.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'État de Washington a partagé une image des enveloppes suspectes et de leur contenu. Les adresses des destinataires sont cachées pour protéger leur identité.

Photo : Ministère de l'Agriculture de l'État de Washington

S’il est trop tard et que les graines ont déjà été semées, contactez-nous quand même, on va aller sur place et prendre les mesures qu’il faut, demande Mireille Marcotte.

La gestionnaire de l'ACIA souligne que le Canada travaille en collaboration avec les autorités américaines qui font face à une situation similaire.

Aux États-Unis, un État de la côte ouest a lancé un avertissement à ce sujet. Nous avons reçu de nombreux rapports de Chine nous signalant la réception de semences non sollicitées par courrier, a indiqué le ministère de l'Agriculture de l'État de Washington.

L'étiquette de l'emballage indiquait que des bijoux se trouvaient à l'intérieur, mais au lieu de cela, les résidents ont trouvé des graines, a indiqué lundi le gouvernement de l'État dans un communiqué.

Du côté canadien, l’ACIA ne pouvait confirmer pour le moment que ces envois proviennent bel et bien de Chine.

Des enveloppes envoyées à trois passionnées de jardinage

Dans la Péninsule acadienne, une région majoritairement francophone d’environ 50 000 personnes au Nouveau-Brunswick, trois femmes qui ont le jardinage comme passe-temps ont reçu de mystérieuses graines directement dans leurs boîtes aux lettres.

Une photo d'un petit sachet de graines.

Les semences reçues par Danielle Bouchard sont différentes de celles signalées par le gouvernement de l'État de Washington.

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

J’ai reçu cette grosse enveloppe-là, bleue et blanche avec des bulles dedans. Puis je voyais que ça venait comme de la Chine. Puis là, je me suis dit que c’était peut-être quelque chose que j’ai commandé d’Amazon, raconte Monia Brideau, l'une des personnes ayant reçu de telles graines.

C’est en lisant des témoignages sur les réseaux sociaux qu’elle s'est rendu compte que la méfiance était de mise. Je ne les ai heureusement pas plantées. Je m'étais dit : ça ira à l’année prochaine. Je les avais mises dans mon garde-robe!, dit Mme Brideau, qui a reçu cet envoi la semaine dernière.

Une autre Néo-Brunswickoise, Danielle Bouchard, explique que les graines qu'elle a reçues sont beaucoup plus petites que celles sur la photo qu'a diffusée le gouvernement de l'État de Washington.

En plus de leur passion, les trois dames ont autre chose en commun : elles ont déjà commandé d’autres semences sur Internet l'hiver dernier.

Je n’ai jamais commandé de graines de la Chine cette année ni dans les années précédentes, donc je ne sais pas comment ils ont fait pour avoir mon adresse postale, mentionne cependant une autre femme ayant reçu un tel paquet, Cynthia Fournier.

Quand je fais des transactions en ligne, ce qui est très rare, je [m'assure] toujours que ce sont des sites qui sont vérifiés.

Cynthia Fournier

Dans les trois cas, les femmes ont remarqué que, contrairement à leur précédent achat, il n’y avait pas d’information ou de fiches explicatives accompagnant l'envoi.

D’habitude, quand on commande sur Amazon, on a une petite feuille d’explication, on a un bordereau de réception pour dire : vous avez eu votre commande. Mais là, il n’y avait seulement que ce petit sachet-là et pas d’explication, rien, relate Danielle Bouchard.

Danielle Bouchard.

Danielle Bouchard

Photo : Radio-Canada / Alix Villeneuve

Cette histoire l'inquiète. Elle sait que les semences de certaines espèces de plantes peuvent s'avérer très résistantes. On ne peut pas les jeter, parce que ça s'en va au site d'enfouissement et ça peut pousser, souligne-t-elle.

Mme Bouchard a contacté l’Agence canadienne d'inspection des aliments. Un enquêteur doit la contacter prochainement. Les deux autres femmes ont l’intention aussi de signaler leurs semences à l’agence.

Le bureau de la ministre de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire, Marie-Claude Bibeau, ne souhaite pas faire de commentaires tout de suite et préfère laisser l’enquête de l’ACIA suivre son cours.

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