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Les cofondateurs d'UNIS défendent l'intégrité de leur organisme

Les frères Craig et Marc Kielburger assurent ne pas avoir utilisé leurs liens avec les libéraux pour se voir attribuer un important contrat du gouvernement.

Portrait des frères Kielburger sur un écran

Le reportage de Louis Blouin

Photo : The Canadian Press / Sean Kilpatrick

Radio-Canada

Talonnés pendant quatre heures par l'opposition, les cofondateurs de l’organisme UNIS, les frères Craig et Marc Kielburger, ont déclaré devant le comité des finances des Communes que leur organisme a été choisi pour gérer la Bourse canadienne pour le bénévolat étudiant en raison de sa vaste expérience dans le domaine et non de l'existence de liens avec le gouvernement Trudeau.

Selon Marc et Craig Kielburger, l’organisme UNIS (WE Charity en anglais) est une organisation non partisane qui a travaillé à plusieurs reprises par le passé avec Ottawa et les gouvernements de plusieurs provinces dans le seul but d'améliorer la vie des jeunes Canadiens. Ils ont ainsi défendu, pendant quatre longues heures, leur légitimité d’avoir été choisis pour gérer un programme de bénévolat d’environ 500 millions de dollars.

UNIS a accepté de mettre en oeuvre la Bourse canadienne pour le bénévolat étudiant non pas pour être aidée par le gouvernement, mais pour aider le gouvernement et aider les jeunes à travers le Canada.

Une citation de :Craig Kielburger

Ces derniers jours, plusieurs acteurs impliqués dans l’affaire UNIS s’expriment sous serment devant le comité des finances, à la suite de révélations menant à des soupçons de conflits d’intérêts et de favoritisme. Après l’audition du ministre des Finances Bill Morneau, qui a reconnu, avec sa famille, avoir voyagé avec UNIS, c’était au tour des frères Kielburger de s’expliquer mardi après-midi, et ce, avant l’audition du premier ministre Justin Trudeau jeudi.

Les deux hommes se sont justifiés à maintes reprises en évoquant la rapidité avec laquelle ils avaient dû mettre en oeuvre le programme dans le contexte extraordinaire de la crise sanitaire. On nous a demandé d’aider à un moment de pandémie nationale et nous avons fait de notre mieux, a résumé Craig Kielburger.

Certains jours, on n’aurait jamais voulu avoir répondu au téléphone quand Rachel Wernick [la sous-ministre adjointe principale d'Emploi et Développement social Canada] nous a appelés, le 19 avril, a-t-il poursuivi.

Ce programme va peut-être détruire 25 ans d'histoire de notre organisme.

Une citation de :Craig Kielburger, cofondateur de l'organisme UNIS

Liens étroits avec le milieu politique

Nous avons accueilli des politiciens de tous les partis sur la scène des Journées UNIS, dont le député conservateur Mike Lake et Rachel Notley, première ministre de l’Alberta. Laurena Harper [épouse de Stephen Harper] a aussi été l’hôte d’une de nos séances au 24 Sussex, a déclaré Craig Kielburger aux membres du comité. Au fil des ans, des milliers d’histoires ont été racontées sur la scène des Journées UNIS, ont-ils défendu.

Nous avons été choisis parce que nous pouvions mettre à contribution nos 25 années d’expérience pour constituer ce programme à la vitesse grand V et ainsi avoir une incidence positive sur les jeunes Canadiens au cours de l’été.

Une citation de :Craig Kielburger, cofondateur de l'organisme UNIS

Quant à des liens plus étroits avec les Trudeau, Craig Kielburger a répondu que la relation entre leurs deux familles restait strictement professionnelle.

Je n'ai jamais vu le premier ministre ou Sophie Grégoire Trudeau dans un cadre social. Aucun de nous deux d’ailleurs. Nous n'avons jamais partagé de repas avec eux. Nous n'avons jamais eu de relations sociales avec eux, jamais, a-t-il affirmé.

Les Kielburger ont reconnu qu'UNIS avait versé des honoraires au frère du premier ministre, Alexandre Trudeau, à son épouse Sophie Grégoire Trudeau ainsi qu’à sa mère Margaret Trudeau pour leur participation à des activités publiques de l’organisme.

Sophie Grégoire Trudeau a été accueillie en tant qu'ambassadrice des programmes de santé mentale; elle a été extraordinaire pour renforcer la prise de conscience. Nous avons accueilli Margaret Trudeau parce qu'elle défend la santé mentale.

Interrogés sur les montants totaux qui ont été versés aux Trudeau au fil des ans, les frères Kielburger ont affirmé ne pas avoir établi le calcul de ces sommes, mais ont promis de le faire pour le comité, ultérieurement.

Margaret Trudeau s'adresse au public lors d'un événement à Toronto.

Margaret Trudeau s'adresse au public lors d'un événement We Day à Toronto, le 20 septembre 2018.

Photo : La Presse canadienne / Christopher Katsarov

Le programme, d’abord évalué à 912 millions de dollars, puis révisé à la baisse à 500 millions, selon des documents dévoilés lundi, aurait pu permettre à UNIS d’empocher jusqu’à 43,5 millions de dollars.

Craig Kielburger a démenti les rumeurs selon lesquelles WE Charity était en difficulté financière lorsque le contrat a été accepté. Certains ont laissé entendre que WE Charity était dans une situation financière désastreuse avant [le contrat offert par Ottawa] et que cela a motivé nos actions. Ce n'est tout simplement pas vrai.

Le comité a insisté pour que Marc et Craig Kielburger éclaircissent certains aspects financiers de leur organisme caritatif et de sa fondation. Ils n’ont toutefois dévoilé aucun chiffre quant à leur rémunération personnelle; aucune précision, non plus, sur l’examen financier qu’Ottawa aurait pu exiger avant d’octroyer la généreuse bourse pour le bénévolat étudiant. Le comité s’est également interrogé sur le manque de transparence entourant la gouvernance d’UNIS et les départs au sein de son conseil d’administration. Les frères Kielburger ont répondu qu'ils transmettraient les chiffres demandés au comité ultérieurement.

Lobbyistes ou non?

Amenés par le député néo-démocrate Charlie Angus à éclaircir le fait que les pratiques de leur organisme s'apparentent à du lobbyisme et qu'ils ne sont pas inscrits au registre fédéral des lobbyistes, les frères Kielburger ont expliqué que tous les organismes de bienfaisance du monde comptent sur la participation de personnalités connues, de politiciens et d'artistes en vue pour augmenter leur visibilité et susciter des dons.

Selon Charlie Angus, les deux frères ne pouvaient ignorer qu'en invitant et en rémunérant des membres de la famille Trudeau, ils plaçaient le gouvernement en situation de conflit d'intérêts.

Les fondateurs d'UNIS ont répondu que leur organisme n'est pas une entreprise privée qui fait du lobbyisme auprès du gouvernement, mais un organisme de bienfaisance dont tous les revenus sont directement injectés dans les œuvres et les projets qu'ils défendent.

Craig Kielburger a par la suite reconnu avoir créé une entité distincte pour protéger UNIS de toute forme de responsabilité juridique, une condition sine qua non du contrat passé avec Ottawa : Nous leur avons dit que la seule façon que nous acceptions, c'était si nous créions une entité distincte. Ils ont approuvé.

Le gouvernement du Canada nous a demandé d'assumer une responsabilité énorme pour 40 000 bénévoles pendant la pandémie. Il aurait été très difficile pour nous de mettre en péril l'intégralité de l'organisation dans ces circonstances, a précisé Marc Kielburger.

Le comité leur a demandé de prendre connaissance des polices d'assurance adoptées dans le contrat.

Une démission engendrée par un manque de transparence

Avant le témoignage des frères Kielburger, l’ancienne présidente du conseil d’administration d'UNIS, Michelle Douglas, a expliqué qu'elle avait remis sa démission le 27 mars après s'être butée à l'opacité de ses dirigeants.

UNIS envisageait de procéder à d'importantes mises à pied en raison de la pandémie de COVID-19, mais la direction de l'organisation refusait des demandes répétées d'un comité spécial du C. A., qu'elle avait créé pour suivre le dossier.

Selon elle, la direction disait pourtant avoir des rapports quotidiens sur l'état des finances d'UNIS, et ces informations devaient être divulguées pour savoir si les mises à pied étaient justifiées, mais en vain.

J'ai démissionné parce que je ne pouvais pas faire mon travail. Je ne pouvais pas remplir mon devoir de gouvernance.

Une citation de :Michelle Douglas, ex-présidente du C. A. du mouvement UNIS

Mme Douglas concède que la fermeture des écoles et la difficulté d’obtenir des commanditaires pouvaient créer des problèmes financiers, mais elle a dit n’avoir jamais été informée qu’UNIS était en difficulté financière.

Nous pensions qu'il n'était pas possible de congédier des centaines d'employés sans des preuves concrètes et qu'il fallait tout de même étudier des efforts d'atténuation pour sauver des emplois.

L'équipe de direction licenciait plutôt des employés en grand nombre, et très rapidement, a dit Mme Douglas. Selon elle, environ 400 des 1000 employés d'UNIS ont été mis à pied en fin de compte.

Mme Douglas a dit avoir démissionné de façon prématurée à la demande de Craig Kielburger à la fin de mars. Deux jours plus tôt, une conversation téléphonique au cours de laquelle a été abordée la requête du C. A. pour obtenir plus d'informations de la part de l'équipe de direction s'était conclue abruptement.

L'ex-présidente du C. A. a également indiqué que le conseil d'administration n'a jamais été informé du fait que des gens qui prenaient la parole lors d'événements baptisés We Day, réunissant des jeunes partout au pays, étaient rémunérés.

Il appert cependant que la mère et le frère du premier ministre, Margaret et Alexandre Trudeau, ont empoché près de 300 000 $ pour leurs apparitions à des événements de l'organisme.

Je ne sais pas précisément pourquoi ils ont été payés, mais si c'était exclusivement pour parler sur la scène de WE Day, je serais surprise.

Une citation de :Michelle Douglas, ex-présidente du C. A. du mouvement UNIS

Elle n'a pu dire si UNIS aurait été en mesure de gérer le programme de Bourse canadienne pour le bénévolat étudiant, le programme ayant été mis en oeuvre après son départ.

Une série de révélations qui mettent le gouvernement dans l'embarras

Après l’annulation du contrat accordé à UNIS, le 3 juillet, M. Trudeau et M. Morneau ont tour à tour concédé qu’ils auraient dû se retirer des discussions du Cabinet en raison des liens qu’ils ont avec l’organisme. Le commissaire à l’éthique, Mario Dion, enquête d’ailleurs à ce sujet.

Le premier ministre est souvent apparu à des événements d’UNIS, mais assure n’avoir jamais été rémunéré, contrairement à sa mère, à son frère et à sa femme, Sophie Grégoire Trudeau. Celle-ci est ambassadrice de l'organisme et anime un balado pour le compte de celui-ci.

Deux filles du ministre Morneau travaillent également pour UNIS à l’heure actuelle. De plus, d’autres membres du gouvernement, dont la cheffe de Cabinet de M. Trudeau, Katie Telford, et le ministre des Ressources naturelles, Seamus O'Regan, ont amassé des fonds pour l’organisme.

Selon des documents dévoilés lundi par le comité des finances des Communes, UNIS affirme avoir commencé à travailler au projet le 5 mai, alors que le Cabinet Trudeau n’avait pas encore donné son aval au programme, dont les grandes lignes avaient été annoncées le 22 avril.

M. Trudeau et Mme Telford témoigneront devant le comité des finances des Communes jeudi pour donner leur version des faits dans cette affaire qui monopolise l’attention depuis maintenant un mois à Ottawa.

L’histoire a pris de l’ampleur la semaine dernière après que le ministre Morneau eut annoncé qu’il venait tout juste de rembourser plus de 41 000 $ à UNIS pour deux voyages que sa famille a effectués en 2017, au Kenya et en Équateur. Il s’est excusé et a plaidé l’erreur de bonne foi.

Les frères Kielburger ont par ailleurs confirmé au comité des finances avoir reçu le chèque de Bill Morneau et lui avoir facturé ce voyage le jour précédant sa comparution devant le comité des finances, soit le 21 juillet dernier.

Dans une déclaration aux médias, UNIS a plutôt fait valoir que M. Morneau avait été gracieusement invité dans ces deux pays à titre de philanthrope, dans l’espoir d’obtenir des dons par la suite. La famille de M. Morneau a effectivement donné 100 000 $ à l’organisme par la suite.

Dans la foulée de cette révélation, le Parti conservateur et le Bloc québécois ont réclamé la démission de MM. Trudeau et Morneau.

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