•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

COVID-19 : les enfants sont-ils véritablement moins contagieux?

Les spécialistes ne s'entendent pas sur la question du port du masque à l'école.

Un jeune garçon, les yeux rieurs, porte un masque qui a l'apparence d'un ours en peluche.

Les jeunes enfants sont moins susceptibles de transmettre le coronavirus, selon plusieurs experts.

Photo : Reuters / Ajeng Dinar Ulfiana

On savait que les enfants avaient moins tendance à avoir des symptômes graves de la COVID-19, mais de récentes données laissent aussi entendre que les plus petits sont moins susceptibles de propager le coronavirus, ce qui pourrait avoir un impact sur le retour à l'école.

Cela dit, le risque de transmission n'est pas nul, notent plusieurs experts.

Au Québec, les élèves du primaire et du secondaire doivent retourner en classe à temps plein en septembre.

En Ontario, le gouvernement de Doug Ford doit dévoiler son plan pour la rentrée plus tard cette semaine. La province a demandé aux conseils scolaires de se préparer à trois scénarios, soit un retour en classe à temps plein, des cours en ligne uniquement ou une combinaison d'enseignement en classe et en ligne selon un horaire alterné (approche hybride).

À quel âge les enfants seraient-ils moins contagieux?

Une récente étude sud-coréenne indique que les enfants de moins de 10 ans sont moins susceptibles de propager le coronavirus que les enfants plus vieux et les adultes.

Des observations en ce sens avaient été faites en avril à certains endroits dans le monde, mais nous avons maintenant des données le confirmant dans plusieurs pays.

Jay Kaufman, épidémiologiste à l'Université McGill

La professeure en sciences de la santé à l'Université McMaster de Hamilton Sarah Neil-Sztramko en arrive à la même conclusion après avoir analysé de multiples études menées depuis le début de la pandémie.

Il est peu probable que les enfants de moins de 10 ans soient à l'origine d'éclosions de COVID-19 dans les garderies et les écoles. Les adultes sont beaucoup plus aptes à transmettre le virus que les enfants, d'après ce qu'on voit jusqu'à maintenant.

Sarah Neil-Sztramko, chercheuse
Portrait officiel de Sarah Neil-Sztramko.

La professeure en sciences de la santé Sarah Neil-Sztramko de l'Université McMaster

Photo : Université McMaster / Georgia Kirkos

Le virologue et chercheur clinicien à l'Hôpital Montfort, à Ottawa, Hugues Loemba précise toutefois que le risque n'est « peut-être pas égal à zéro ».

Il y a encore beaucoup de zones d'ombres et d'inconnus pour expliquer ce phénomène chez les enfants de moins de 10 ans.

Hugues Loemba, chercheur clinicien à l'Hôpital Montfort

Même son de cloche de la part du spécialiste des maladies infectieuses à l'Hôpital général de Toronto Isaac Bogoch. Oui, les enfants de moins de 10 ans pourraient être moins susceptibles de transmettre le virus (le mot clé est "pourraient"), mais il y a toujours un risque de transmission de la COVID-19, dit-il.

L'épidémiologiste et professeur à l'Université d'Ottawa Raywat Deonandan est sceptique lui aussi. La plupart des études évaluent seulement les cas symptomatiques, ignorant les cas asymptomatiques, alors que les enfants ont plus tendance à ne pas avoir de symptômes, remarque-t-il.

Par ailleurs, la même étude sud-coréenne (Nouvelle fenêtre) qui laisse entendre que les jeunes enfants sont moins contagieux conclut que les enfants de 10 ans et plus transmettent le coronavirus aussi facilement que les adultes.

Pourquoi cette différence chez les plus petits?

L'hypothèse actuelle est que les jeunes enfants, qui ont de petits poumons, ne propulseraient pas les gouttelettes porteuses du coronavirus aussi loin que les enfants plus vieux et que les adultes, note le professeur Colin Furness, de l'École de santé publique Dalla Lana, de l'Université de Toronto.

La professeure de pédiatrie Sarah Khan, de l'Université McMaster, à Hamilton, ajoute que les enfants ont souvent peu de symptômes ou pas de symptôme du tout comme la toux, ce qui pourrait aussi réduire le risque de propagation.

Les petits pourraient également jouir, dit-elle, d'une certaine protection croisée grâce à l'exposition à d'autres virus ou à des infections respiratoires passées. Toutefois, bien des questions demeurent sans réponse à ce sujet.

Depuis le début de la pandémie, certains enfants ont eu des symptômes différents de ceux des adultes comme les « orteils COVID », alors qu'un petit pourcentage de jeunes a souffert du syndrome inflammatoire multisystémique (MIS-C) qui ressemble à la maladie de Kawasaki. Un seul cas de MIS-C a été recensé en Ontario, selon le ministère de la Santé.

Les enfants peuvent-ils retourner en classe en sécurité?

La clé est de limiter la transmission communautaire avant la rentrée, selon le professeur Kaufman, de l'Université McGill.

Il souligne que le nombre de nouvelles infections quotidiennes au Québec est passé d'environ 100 à 150 au cours des dernières semaines.

Si le nombre de cas continue d'augmenter [au Québec], ça pourrait mettre en péril un retour à l'enseignement en classe en personne. Mais si on peut limiter la transmission communautaire à moins de 200 cas par jour, pour une population de 8 millions, ça devrait aller.

Jay Kaufman, épidémiologiste à l'Université McGill

Le Dr Bogoch est d'accord. La meilleure façon de réduire le risque que la COVID-19 touche les écoles est de garder le taux de transmission communautaire aussi bas que possible, dit-il.

Les experts préviennent toutefois que des éclosions sont probables dans les écoles. L'experte en santé publique et professeure à l'Université de Toronto Anna Banerji s'inquiète particulièrement de la possibilité qu'un élève asymptomatique infecte un proche plus âgé au système immunitaire vulnérable.

Quelles précautions devraient être prises dans les écoles?

Les experts insistent sur l'importance du lavage fréquent des mains, du nettoyage des écoles, de la distanciation physique, de la détection des infections et du suivi des cas.

Au Québec, par exemple, la taille des classes doit être semblable à celle qui prévalait avant la pandémie, mais les élèves de la maternelle à la troisième année du secondaire seront divisés en sous-groupes de six, pour accroître la distanciation physique.

Le professeur Furness pense que ce concept pourrait aussi être employé en Ontario pour les enfants de 10 ans et plus, qui sont plus contagieux, selon les études. Il suggère aussi d'organiser des pauses lunch et des récréations à des heures différentes d'une classe à une autre pour limiter les contacts.

Pour les moins de 10 ans, il pense qu'il serait approprié de tester à leur arrivée à l'école leur taux d'oxygène dans le sang à l'aide d'un appareil avec une petite pince à doigt, ce pourrait aider à détecter les cas de pneumonie liés à la COVID-19. Ça pourrait rassurer les gens et permettre possiblement d'identifier certaines infections, dit-il.

La professeure Khan ajoute qu'il sera important de rappeler aux élèves de rester à la maison s'ils sont malades. La Dre Banerji souligne qu'il sera difficile de faire la différence entre les symptômes de la grippe et ceux de la COVID-19 cet hiver, et que les autorités n'auront pas la capacité de soumettre tout le monde à un test de dépistage.

Pour sa part, l'opposition libérale en Ontario presse le gouvernement Ford d'embaucher des milliers d'enseignants supplémentaires et d'aménager des classes dans des centres communautaires, par exemple, afin de pouvoir diviser les groupes d'élèves et faciliter la distanciation physique.

Le ministère ontarien de l'Éducation n'a pas répondu à notre demande de commentaire.

Le ministère de l'Éducation du Québec affirme, de son côté, que son plan pour la rentrée a été élaboré selon les connaissances scientifiques disponibles, qui sont revues régulièrement avec le soutien de l'INSPQ, tout en ajoutant ceci :

Nous continuons à suivre de près les développements afin de pouvoir adapter si nécessaire les recommandations actuelles dans le but de limiter efficacement la propagation de la COVID-19.

Marie-Louise Harvey, porte-parole du ministère de l'Éducation du Québec
Le Dr Hugues Loemba en entrevue.

Le virologue Hugues Loemba pense que les enfants de 10 ans et plus devraient porter un masque à l'école.

Photo : Radio-Canada

Les élèves devraient-ils porter un masque?

Le Québec a exclu pour l'instant les écoles primaires et secondaires de sa directive sur le port obligatoire du masque dans les lieux publics fermés.

L'Ontario n'a pas évoqué non plus de politique obligatoire sur le couvre-visage en classe.

Selon l'hôpital pour enfants SickKids, à Toronto, et l'Hôpital CHU Sainte-Justine, à Montréal, le masque peut causer plus de tort que de bien chez les jeunes enfants, qui peuvent s'auto-infecter. Si le port du masque fait en sorte que l’enfant touche constamment son masque ou son visage, il est probablement préférable de ne pas en porter. Ce genre de comportement pourrait très bien être présent jusqu’à l’âge de 6 ou 7 ans, et varie beaucoup d’un enfant à l’autre, peut-on lire sur un site d'information pour les parents du CHU Sainte-Justine.

Le virologue Hugues Loemba affirme, lui, que les enfants en bas âge pourraient utiliser une visière à la place.

Les enfants de 10 ans et plus devraient absolument porter les masques.

Hugues Loemba, chercheur clinicien à l'Hôpital Montfort

Le professeur Furness est du même avis.

La professeure Banerji pense, elle, que l'usage du masque devrait être « encouragé » à l'école, selon l'âge de l'enfant. Elle croit qu'il faut tout faire pour assurer un retour en classe à temps plein en Ontario, affirmant que le modèle hybride serait intenable pour beaucoup de familles.

Notre dossier : La COVID-19 en Ontario

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !