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Les violences contre les journalistes en hausse depuis le début de la pandémie

Des représentants des médias portant de l’équipement de protection comme des gants et des masques attendant dans un hall.

Le Canada se situe au 16e rang du classement mondial de la liberté de la presse 2020, selon un rapport de Reporters sans frontières.

Photo : The Associated Press / Gerald Herbert

Maud Cucchi

Agressions physiques, intimidation, insultes de plusieurs journalistes dans le cadre de leur mission d'information du public... Des syndicats réclament des mesures de prévention face à la multiplication des violences qui ciblent des reporters, ces derniers jours, sur le front des manifestations anti-masques.

Le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) appelle à une réflexion de société sur les causes de ces violences après une série d’incidents survenus cette fin de semaine lors de manifestations contre le port du masque obligatoire.

Le journaliste Yves Poirier a reçu une canette de bière lancée par un manifestant et a subi une rafale d’insultes pendant l’exercice de ses fonctions, samedi, à Montréal. Le lendemain, sa consœur Kariane Bourassa s’est fait étreindre en plein direct à la télévision par deux hommes qui manifestaient à Québec.

Ça peut sembler rigolo. NON, un câlin non désiré, n'est pas moins pire qu'une insulte ou que des menaces. Les femmes journalistes ne devraient pas avoir à faire leur travail en regardant constamment par-dessus leur épaule pour voir si quelqu'un va entrer dans leur bulle, écrit-elle sur Twitter.

Dans une déclaration publiée lundi soir, la direction de TVA dit condamner de tels agissements qui représentent non seulement de l’intimidation face au travail journalistique et une atteinte à l’intégrité de notre reporter, mais également une menace à la sécurité de nos journalistes et caméramans sur le terrain.

D’autres reporters qui couvraient ces manifestations ont également exprimé leur inquiétude d’être pris pour cibles. À Québec, le journaliste de Radio-Canada Hadi Hassin a tenu à remercier publiquement sur son compte Twitter deux messieurs et parfaits inconnus qui ont eu la gentillesse et la délicatesse, hier, pendant la manifestation à Québec, de nous escorter en guise de protection.

Des poursuites judiciaires et des mesures de prévention

La liberté d’expression ne doit pas cautionner celle de mettre en danger la vie d’autrui, a défendu le ministre de la Santé du Québec, Christian Dubé, sur ICI RDI. C’est complètement inacceptable. C’est pas seulement leur opinion, qu’ils ont exprimée, mais ils ont mis la vie de ces gens-là en danger. M. Dubé dit apporter son soutien aux personnes agressées qui décideront, si elles souhaitent ou non, mener des poursuites judiciaires.

Ces exemples de reporters directement pris à partie ont rapidement poussé les syndicats de journalistes à dénoncer ces agressions et à réclamer des mesures urgentes de protection. Il faut tirer les leçons de ce week-end exécrable et veiller à ce que cela ne se reproduise plus, notamment par un ajustement des ressources humaines en situations risquées, a déclaré le SCFP par voie de communiqué. Le syndicat des employés de TVA demande que la lumière soit faite par les autorités policières au sujet des incidents rapportés cette fin de semaine.

Son président Carl Beaudoin réclame également qu'une troisième personne accompagne le journaliste et le caméraman déployés sur des affectations risquées, en guise de protection, cela peut être un autre caméraman ou un agent de sécurité, précise-t-il.

Début juin, le président de la Fédération des journalistes professionnels du Québec ( FPJQ), Michaël Nguyen, avait déjà dénoncé l’aggravation récente de la situation des journalistes en publiant une lettre ouverte intitulée De la nécessité de rester civilisé.

Il demandait simplement que cessent les messages haineux aux journalistes, phénomène exacerbé, selon ses observations, par l’effet de la pandémie qui pousse une partie de la population à cran. Oui à la critique, non à la violence verbale, résumait-il.

Influence américaine

Michaël Nguyen fait état d’une hausse des incidents qui lui sont rapportés par les journalistes agressés. On a l’impression qu’avec la pandémie, c’est comme si certains esprits avaient perdu toute inhibition. Ils ne se cachent même plus, déplore-t-il en entrevue à Tout un matin. Ils ne réalisent pas l’attaque qu’ils font contre la démocratie.

De cette ampleur-là, de mémoire récente, je ne pense pas qu’on ait vu ça ces dernières années. C’est inquiétant.

Michaël Nguyen, président de la FPJQ.

Ce qui est inquiétant, c’est que ce sont des gens avec qui le dialogue n’est pas possible. Ils cherchent juste la confrontation, poursuit-il.

Il y a une influence certaine des États-Unis, analyse M. Nguyen. Début juin, la haute-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme avait dénoncé le racisme structurel et l’agression sans précédent contre les journalistes aux États-Unis, dans le contexte des manifestations contre le racisme et les brutalités policières.

Selon l’ONU, au moins 200 journalistes ont été molestés ou arrêtés lorsqu’ils couvraient les manifestations, et que les signes attestant de leur qualité de journalistes étaient clairement visibles.

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