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Vers un gouvernement d’union nationale au Mali

L’idée d’un gouvernement d’union nationale est une recommandation de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest.

L'imam Mahmoud Dicko, une des figures de l'opposition, a rencontré les chefs d'État de la CEDEAO à Bamako.

L'imam Mahmoud Dicko, une des figures de l'opposition, a rencontré les chefs d'État de la CEDEAO à Bamako.

Photo : afp via getty images / MICHELE CATTANI

Agence France-Presse

Le président malien Ibrahim Boubacar Keïta a constitué lundi un cabinet restreint chargé de négocier la formation d'un gouvernement d'union nationale, conformément aux recommandations d'un sommet extraordinaire de l'Afrique de l'Ouest, qui a menacé de « sanctions » les récalcitrants.

Les 15 présidents de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), réunis par visioconférence, ont appelé les Maliens à l'union sacrée pour régler la crise qui ébranle leur pays depuis juin.

Le chef de l'État malien leur a répondu en début de soirée en annonçant, dans un décret lu à la télévision par la secrétaire générale de la présidence, Kamissa Camara, la constitution immédiate, autour du premier ministre Boubou Cissé, d'une équipe ministérielle restreinte dont la mission est de négocier avec les parties prenantes, et ce, en vue de la formation d'un gouvernement d'union nationale à même de contribuer à l'apaisement de la situation.

Plusieurs poids lourds de la précédente équipe, qui avaient démissionné après les législatives de mars-avril, conservent leurs postes : Tiébilé Dramé à la tête de la diplomatie, le général Ibrahima Dahirou Dembélé à la Défense, ou encore Boubacar Alpha Bah à l'administration territoriale.

L'avocat et homme politique Kassoum Tapo devient ministre de la Justice, et le général de division M'Bemba Moussa Keïta, ministre de la Sécurité.

Le pouvoir a fait un geste en direction de l'opposition en confiant le ministère de l'Économie et des Finances à un ancien banquier, Abdoulaye Daffé, considéré comme proche du chérif de Nioro, le mentor de la figure de proue de la contestation, l'imam Mahmoud Dicko.

Les chefs d'État de la sous-région, qui craignent une déstabilisation du Mali, l'épicentre de la menace djihadiste au Sahel, ont en fait avalisé les efforts des médiateurs de la CEDEAO, selon le président en exercice de cette organisation régionale, le chef de l'État nigérien Mahamadou Issoufou.

Mais ils sont allés plus loin en évoquant pour la première fois un régime de sanctions contre ceux qui feront des actes contraires à la normalisation, a affirmé M. Issoufou à la fin du sommet virtuel, qui a duré environ trois heures.

Pression sur le président

En outre, les dirigeants ouest-africains ont insisté pour que les mesures prônées soient mises en oeuvre au plus tard le vendredi 31 juillet.

Au climat d'exaspération, nourri par des années d'instabilité sécuritaire dans le centre et le nord du Mali, par un marasme économique et par une corruption jugée endémique, est venue s'ajouter l'invalidation par la Cour constitutionnelle d'une trentaine de résultats des dernières législatives, considérée comme l'élément déclencheur de la crise actuelle.

À la majorité soutenant le président Ibrahim Boubacar Keïta, les dirigeants ouest-africains demandent de mettre tout en oeuvre pour obtenir la démission immédiate des 31 députés dont l'élection est contestée, y compris le président du Parlement, Moussa Timbiné.

Ces démissions ouvriraient la voie à des législatives partielles.

Le sommet a également demandé une recomposition rapide de la Cour constitutionnelle.

Il a surtout réclamé un gouvernement d'union nationale avec la participation de l'opposition et de la société civile, tout en excluant un départ forcé du président Keïta.

Les dirigeants de la contestation ont jusqu'à présent refusé d'entrer dans un tel gouvernement, soulignant que les problèmes de mal-gouvernance dépassaient les simples questions électorales.

Malgré ces réticences, la CEDEAO encourage le Mouvement du 5-juin, qui mène la contestation, à y participer, et ce, dans un esprit de patriotisme.

Le 10 juillet, la troisième grande manifestation contre le pouvoir avait dégénéré en trois jours de troubles meurtriers à Bamako, les pires dans la capitale depuis 2012, qui ont fait de 11 à 23 morts.

Le sommet de la CEDEAO a demandé à cet égard qu'une commission d'enquête détermine les responsabilités dans ces violences.

Le Conseil de sécurité de l'ONU a exprimé lundi sa profonde préoccupation au sujet de la crise politique au Mali et a appelé toutes les parties à suivre sans délai les recommandations de l'Afrique de l'Ouest.

Les membres du Conseil de sécurité ont exhorté les parties maliennes à suivre ces recommandations sans délai afin de surmonter les tensions, de donner la priorité au dialogue et de s'abstenir de tout acte susceptible d'alimenter les tensions et de menacer l'État de droit, selon un communiqué des Nations unies.

Trêve

L'union sacrée des Maliens est indispensable pour éviter un effondrement de l'État aux conséquences imprévisibles au Mali même, dans les pays voisins comme le Niger et le Burkina Faso, également théâtres d'attentats djihadistes meurtriers, et même au-delà, selon M. Issoufou.

Le mouvement de contestation M5-RFP, une coalition hétéroclite de religieux, d'opposants politiques et de membres de la société civile, avait annoncé le 21 juillet une trêve jusqu'à après la grande fête musulmane de l'Aid al-Adha, prévue pour le 31 juillet.

Mais des jeunes du mouvement, fers de lance de la mobilisation, ont annoncé la reprise des manifestations après le 3 août, réclamant à nouveau la démission du chef de l'État.

Entre-temps, les violences se poursuivent en dehors de Bamako. Un soldat français d'origine malgache, tué jeudi au Mali au cours d'une opération de la force antidjihadiste Barkhane, a reçu lundi un dernier hommage à Paris.

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