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Les services déficients dénoncés à l'Auberge aux Trois Pignons de Beauport

« Jamais nous ne lésinerons sur le bien-être de nos résidents », dit le propriétaire de l'établissement.

Façade de l'Auberge aux 3 Pignons.

L'Auberge aux Trois Pignons compte 96 unités pour aînés.

Photo : Radio-Canada / Vincent Archambault Cantin

Un proche d’un résident de l’Auberge aux Trois Pignons, dans le secteur Beauport à Québec, s’inquiète pour la qualité des soins prodigués à son père. Il estime que les services ne cessent de se dégrader depuis que la résidence privée pour aînés est devenue un foyer d’éclosion de COVID-19, le 11 juillet dernier.

L’homme, qui préfère demeurer anonyme, réclame des changements. Il affirme que les résidents qui ne sont pas atteints de la COVID-19 sont moins bien traités que les autres.

Pour les gens qui sont en zone froide, les services se sont beaucoup dégradés. Depuis le début de l'éclosion, mon père n'a pas eu de bain. Le matin, on leur donne une débarbouillette humide, souvent pas de savon. C'est comme ça qu'ils doivent s'arranger, raconte-t-il.

Les services d’entretien sont aussi au plus bas, selon lui.

Le ménage n'est plus fait, les lits ne sont plus changés. Il ne sait pas quand son linge va être lavé la prochaine fois, souligne le fils d'un résident.

D'autres voix s'élèvent

Il n’est pas le seul à dénoncer cette situation. Deux médecins qui ont prêté main-forte à la résidence de la rue Seigneuriale déplorent également des services aux résidents déficients.

La médecin Karyne Cordeau a travaillé dans quatre résidences pour aînés de Québec considérées comme des foyers d'éclosion. Elle affirme que la situation à l'Auberge aux Trois Pignons est la pire qu'elle ait observée en 15 ans de pratique.

Dans une entrevue accordée au journal Le Soleil, elle relate des cas d’étouffement parce que les plateaux de nourriture n’étaient pas vérifiés, des plaies qui se sont dégradées, de la mauvaise gestion de diabète, des chutes répétées qui auraient pu être évitées, des soins d’hygiène négligés. Il manque de bras pour tout faire et le matériel de la résidence est désuet. […] Le personnel soignant doit parfois se déplacer entre les zones froide et chaude par manque de temps.

Situation à surveiller dans une résidence pour aînés de Beauport

En entrevue à Radio-Canada, elle dénonce les départs massifs, le manque de personnel et surtout l'incapacité du CIUSSS de la Capitale-Nationale et de la résidence de régler le problème.

C'est d'une lourdeur incroyable, le CIUSSS. C'est dysfonctionnel. La communication entre la résidence et le CIUSSS, ça ne fonctionne pas. Nous, sur le terrain, il faut crier souvent pour être entendus, déplore Karyne Cordeau.

Le fils du résident mentionne lui aussi qu’il y a eu plusieurs démissions depuis le début de l’éclosion.

Médication oubliée

Un médicament que son père doit prendre tous les matins au déjeuner ne lui a pas été administré, samedi dernier, souligne-t-il.

Il s’inquiète pour son père, mais aussi pour les autres résidents moins autonomes.

Je trouve ça un peu révoltant. On confie nos parents à ces gens-là. Plus ça va, plus les services se dégradent. Je trouve ça inhumain et d'une grande tristesse, lance-t-il.

Ce proche d’un résident assure que le personnel sur place est dévoué, mais constate aussi qu’il n’arrive pas à répondre aux besoins.

Les gens en place, qui se dévouent réellement pour nos proches, ne sont plus en mesure d'offrir les soins et les services auxquels ils ont droit, observe-t-il.

Réaction du propriétaire

Invité à réagir, Guy Lemay, propriétaire de l'établissement, a répondu par courriel que depuis le premier cas observé le 11 juillet, la situation se stabilise. Nous travaillons dans un mode d'amélioration continue, précise-t-il.

Malgré le contexte pandémique, malgré la rareté de personnel, je peux vous témoigner de notre détermination à offrir à nos résidents les meilleurs soins. Déjà, avec l’ajout de personnel par le CIUSSS, cela a de beaucoup amélioré la situation et notre capacité de répondre à ce contexte exceptionnel. D’ailleurs, nous collaborons étroitement avec les autorités gouvernementales.

Extrait de la réaction écrite de l'Auberge aux Trois Pignons

Nous nous ajustons en fonction des commentaires qu’on reçoit, qu’ils proviennent des autorités, du personnel ou des familles. Mais jamais nous ne lésinons sur la qualité des soins. Jamais nous ne lésinerons sur le bien-être de nos résidents, conclut ensuite M. Lemay.

Sous contrôle, selon le CIUSSS

Le CIUSSS de la Capitale-Nationale dit comprendre les préoccupations des médecins et des proches. L'organisme assure toutefois que l'éclosion de COVID-19 est maîtrisée. Depuis le début de l'éclosion, 21 résidents et 7 employés ont été infectés. On y a enregistré 3 décès.

Le CIUSSS affirme que la situation est complexe, parce qu'il y a plusieurs problèmes à régler, dont celui de la pénurie de personnel.

Une cinquantaine de personnes ont été dépêchées sur place par le CIUSSS, des infirmières, des préposés aux bénéficiaires, des cuisiniers, du personnel d'entretien, à la buanderie ou à l'administration.

Une équipe supplémentaire de six préposés sera ajoutée dans les prochaines heures afin de remettre en place les services d'hygiène.

Le CIUSSS se défend d'avoir une structure administrative trop lourde.

Je ne pense pas qu'on soit désorganisés. Chacune des éclosions se présente sous des aspects bien différents. On a une équipe qui s'attaque à la COVID qui est bien structurée, bien organisée. Quand on fait face, comme ici, à d'autres enjeux additionnels, c'est là où il faut s'ajuster, affirme la porte-parole Nancy Drouin.

Quoi qu'il en soit, le fils du résident craint les effets d’une deuxième vague de COVID-19 sur les services prodigués aux résidents de la zone froide de l’Auberge aux Trois Pignons.

Avec les informations de Pascale Lacombe, de Thomas Gerbet et d'Olivier Lemieux

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