•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Profession : détecteur des mensonges de Donald Trump

Le président Donald Trump à la Maison-Blanche

Le reportage de Frédéric Arnould

Photo : Reuters / Jonathan Ernst

À un peu plus de trois mois des élections présidentielles américaines, Donald Trump continue de faire les manchettes pour ses déclarations incendiaires et ses nombreuses faussetés. Mais qui fait la chasse aux mensonges du président? À Washington, des journalistes sont devenus des références en matière de vérification des dires de Trump. Et parmi eux, un Canadien.

Dans le bureau de son logement à Washington, Daniel Dale tape sur son clavier à la vitesse de l’éclair. Il est l’un des rares journalistes à faire la vérification de faits en temps réel pendant que le président Trump fait ses déclarations.

M. Dale, qui voulait devenir journaliste sportif, a été engagé il y a quelques années par le Toronto Star et a couvert les frasques de l’ancien maire de Toronto, Rob Ford. Transféré en tant que correspondant à Washington pour le même média, il s’est mis à vérifier les faits [« fact checker »] affirmés par le président qui, selon lui, est passé maître dans l’art de l’enflure verbale et de proférer des faussetés.

Daniel Dale.

Daniel Dale, journaliste spécialiste en vérification des faits à CNN.

Photo : CNN

Depuis 2018, Daniel Dale fait le même travail, mais pour le réseau CNN, la bête noire de Donald Trump.

Il est en général très facile de détecter les mensonges de Trump tellement ils sont évidents. Une recherche sur Google et c’est réglé. Parfois, il faut faire des recherches plus approfondies ou appeler des experts pour contre-vérifier.

Une citation de :Daniel Dale, journaliste à CNN

Que ce soit à propos des chiffres de l’économie, du chômage ou des avantages présupposés de ses politiques, selon Daniel Dale, Donald Trump déforme, invente ou maquille la réalité.

Le journaliste prononce souvent le mot qui commence par « m ». Comme journaliste factuel, il a été le premier à oser utiliser le mot « mensonge » pour nommer la plupart des faussetés du président.

Pour beaucoup de journalistes, le travail est de citer le président et d'équilibrer avec les critiques de l'opposition. Nous rapportons, vous décidez. Pour moi, ce n’est pas suffisant. Dans beaucoup de cas, objectivement, c'est un mensonge. Ce n'est pas mon opinion, c'est un fait objectif que cet homme ment.

Une citation de :Daniel Dale, journaliste à CNN

Retourne chez toi, au Canada!

Être Canadien dans la jungle journalistique de Washington lui donne un certain recul sur la politique et c’est ce qui lui donne, pense-t-il, son indépendance de critique du président.

Je pense que les Canadiens sont plus ouverts à appeler un mensonge, un mensonge, explique-t-il. Sauf que dans son cas, appeler un chat un chat et ne pas faire dans la dentelle vis-à-vis de Donald Trump lui attire souvent les foudres des partisans de celui-ci.

Je reçois beaucoup d'insultes, du courrier haineux. Une fois, j’ai dû appeler la police pour une menace que j’avais reçue, mais qui heureusement s’est avérée non dangereuse. Il y en a même qui me disent de retourner au Canada.

La vérification des faits en hausse

Depuis l'élection de Donald Trump, la vérification de faits par des journalistes a connu un bond sans précédent. Ici et là, des médias ont ouvert des sections entièrement dédiées à cet exercice journalistique. Aux côtés de PolitiFact et USA Today, on trouve le travail de Glenn Kessler et son équipe du Washington Post. Ils attribuent des « Pinocchios » à certaines déclarations du président en fonction de l'inexactitude des propos. La plupart du temps, les affirmations de Donald Trump méritent trois à quatre Pinocchios, c’est-à-dire le maximum.

Trump ne dit presque jamais la vérité sur quoi que ce soit, explique Glenn Kessler. Le journal, souvent critiqué par la Maison-Blanche, a dépisté pas moins de 20 000 déclarations trompeuses ou inexactes depuis le début de sa présidence. Cette année, c’est une vingtaine par jour.

Glenn Kessler.

Glenn Kessler, journaliste spécialiste en vérification des faits au Washington Post.

Photo : Courtoisie: Washington Post

Croire ses propres mensonges

À la différence de Daniel Dale de CNN, Glenn Kessler n’utilise le mot « mensonge » que très rarement. Je ne suis pas dans la tête du président. Il semble souvent croire ses propres faussetés. Donc, comment pourrais-je dire que c'est un mensonge s'il pense que c'est vrai?

Sur ses milliers de vérifications de faits, Daniel Dale a dû corriger le tir quelques rares fois. Il estime que c’est ce qui différencie les bons journalistes du président.

Nous, les journalistes, si on se trompe, on le reconnaît et on corrige. Trump, lui, répète des faussetés des milliers de fois et jamais il ne l'admet.

Une citation de :Daniel Dale, journaliste à CNN

Des médias silencieux

Souvent dénoncé par les adeptes du président parce qu'il travaille pour CNN, Daniel Dale détecte en moyenne entre 7 et 10 mensonges par jour. Il déplore cependant que Trump bénéficie d’un écosystème médiatique conservateur qui ne vérifie pas ses dires et ne dit pas qu'il ment. Il veut parler ici des réseaux Fox News et plus récemment OANN (One America News Network), qui a la faveur du président.

En l’absence de critiques de la part de ces médias partisans, Donald Trump jouit, selon Daniel Dale et Glenn Kessler, d’un laissez-passer pour que sa malhonnêteté politique fonctionne.

Trois mois épuisants

À moins de 100 jours de l'élection présidentielle, ni Daniel Dale ni Glenn Kessler n’espèrent pourtant voir secrètement gagner l’un ou l’autre candidat, soit Joe Biden ou Donald Trump. Tous deux conserveront leur emploi, quel que soit le gagnant, mais ils appréhendent tout de même que le président remporte un deuxième mandat. Après les quatre années qui viennent de s’écouler et qui ont représenté pour eux tout un défi, ils redoutent donc quatre nouvelles années épuisantes.

En effet, devant le torrent de faussetés exprimées par le président Trump, les journalistes, qui avaient pour mandat initial de réaliser des vérifications de faits pour l’ensemble des politiciens, ont finalement dû consacrer la quasi-totalité de leur travail à vérifier les dires du locataire de la Maison-Blanche.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !