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Des salles de spectacle du Canada risquent de disparaître

Des spectateurs fument à l'extérieur de la salle de concert Massey Hall en janvier 2014.

La Coalition canadienne des salles indépendantes exige un plan de relance au niveau fédéral pour assurer leur survie au cours des prochaines années.

Photo : La Presse canadienne / Mark Blinch

Nicolas Haddad

Victime des mesures de distanciation physique, l’industrie du concert peine à générer des revenus depuis le printemps.

Conséquence : partout au Canada, des salles de spectacle indépendantes — c’est à dire qui ne bénéficient pas de soutien gouvernemental en temps normal — ont annoncé leur fermeture permanente.

Nous perdons des salles de jour en jour, déplore la présidente de l’Association canadienne de musique sur scène, Erin Benjamin. Les exemples sont multiples : l’Orbit Room, légendaire palais du blues à Toronto, le Starlight, à Kitchener, et La Vitrola, à Montréal, ont toutes fermé leurs portes depuis le début de la pandémie.

Selon la Coalition canadienne des salles indépendantes, qui représente plusieurs centaines de salles de concert au pays, sans accès à un soutien du gouvernement fédéral, 96 % des entreprises de musique indépendantes québécoises et canadiennes devront fermer définitivement leurs portes au cours des six prochains mois.

L'Ontario autorise à présent des concerts à l’intérieur avec un maximum de 50 personnes, et à l’extérieur avec un maximum de 100 personnes. Au Québec, le nombre de personnes admises lors d'événements intérieurs et extérieurs passera de 50 à 250 à compter du 3 août.

Mais les travailleurs de la musique estiment que l'industrie du spectacle ne rebondira pas de sitôt. Malgré l’aval des provinces pour relancer les concerts avec des spectateurs masqués, Mme Benjamin estime que les marges de profit sont trop petites pour le faire.

Générer un profit dans les nouvelles modalités de réouverture

À l'heure actuelle, avec une limite de spectateurs fixée à 50, c’est très difficile d’envisager une réouverture, affirme Shaun Bowring, le propriétaire du Garrison et du Baby G, deux salles de concert de l'ouest de Toronto.

Shaun Bowring devant la scène du Garrison

Pour Shaun Bowring, les salles de spectacle ont une valeur culturelle intrinsèque qui va au-delà de leur fonction économique.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Haddad

Il y a du plexiglas qui doit être installé sur scène, il faut acheter de l’EPI, il faut mettre des agents de sécurité supplémentaires à la porte d'entrée et dans la salle... tout ça pour desservir 11 ou 12 % de notre capacité réelle, explique l’ancien musicien qui est aujourd’hui promoteur de concerts.

Pour le court terme, ça ne va pas marcher pour nous.

Shaun Bowring, promoteur de concert et propriétaire de deux salles de spectacle à Toronto

Nous n'allons probablement pas produire un autre concert avant avril ou mai prochain, a déclaré pour sa part Jeff Cohen, le propriétaire de Lee’s Palace et de la Horseshoe Tavern à Toronto.

Damian Abraham du groupe Fucked Up lors d'un concert à la Horseshoe Tavern en 2018.

Damian Abraham du groupe Fucked Up lors d'un concert à la Horseshoe Tavern en 2018.

Photo : Radio-Canada

En attendant la suite des choses, il a rouvert la terrasse du Horseshoe Tavern, ce qui lui permet de générer environ 10 % de son chiffre d’affaires régulier, et il offre ses salles de spectacle en location pour des tournages de télé et cinéma, qui ont repris à la mi-juillet.

Lee’s et la Horseshoe ont toujours des loyers et des dépenses mensuelles fixes, explique M. Cohen.

Ce dernier estime que sa survie dépend désormais du gouvernement fédéral, et de la gentillesse de notre propriétaire foncier. Si le propriétaire ne coopère pas, nous allons probablement faire faillite.

Les gouvernements tentent de répondre à l’appel

En temps normal, le gouvernement fédéral soutient le sous-secteur de l’enregistrement sonore autant pour les OBNL que pour les entreprises à but lucratif.

Mais dans le sous-secteur de la musique live, il ne finance que les OBNL, explique le fondateur de Franconnexion et des Scènes de musique alternatives du Québec, Jon Weisz, ce qui crée selon lui un angle mort pour ce volet crucial de l'industrie musicale canadienne.

Afin de combler ce vide, Patrimoine canadien a mis en place un fonds d'urgence de 20 millions de dollars qui a été affecté spécifiquement à l'industrie canadienne de la musique devant public. Le fonds vise à aider le secteur à traverser la période des six premiers mois depuis le début de la crise, selon un courriel envoyé par Patrimoine canadien à Radio-Canada.

Un drapeau flotte devant le parlement à Ottawa.

Patrimoine canadien a mis en place un fonds d’urgence de 500 millions de dollars.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Mais après le lancement de la subvention le 8 juillet, Patrimoine canadien confirme avoir reçu des commentaires d’entrepreneurs de l'industrie de la musique devant public indiquant qu’ils seraient nombreux à ne pas être admissibles au programme.

Beaucoup de critères n’avaient tout simplement pas de sens, explique Erin Benjamin de l’Association canadienne de musique sur scène. Nous sommes revenus vers eux avec des recommandations et ils ont révisé les critères en fonction de nos commentaires, indique-t-elle.

De son côté, le conseil municipal de Toronto va permettre aux propriétaires des salles de spectacles d’obtenir une remise de 50 % de leurs impôts fonciers.

Ça va nous sauver la peau. Je vais économiser 60 000 $ dans les prochaines années juste au Horseshoe, souligne Jeff Cohen.

Je pense que ça va garantir la survie des salles de concert du centre-ville de Toronto, mais les fonds n’arriveront qu'en novembre. Il faudra d'abord payer les impôts avant de toucher la remise, précise-t-il.

Des artistes aux consommateurs, les goûts évoluent

Jon Weisz estime que la réouverture des salles de spectacle se fera dans un contexte extrêmement difficile.

Portait photo de Jon Weisz

Jon Weisz est le co-fondateur de Indie Montréal, de Franconnexion, et de l'organisme les Scènes de musique alternatives du Québec.

Photo : Avec l'autorisation de Jon Weisz

Est-ce que les gens vont être au rendez-vous quand ils offrent une programmation? Est-ce que les gens vont avoir assez d’argent pour acheter des billets de concert?, s’interroge le fondateur des Scènes de musique alternatives du Québec.

Un sondage commandité par Global News et publié par la firme Ipsos en mai a révélé que seulement 22 % des Canadiens comptent assister à un concert, à un festival ou à une pièce de théâtre en 2020 dans les conditions permises par la loi.

M. Weisz prévoit aussi qu'il y aura une poussée importante de spectacles à partir du printemps 2021, et que l’offre écrasante créera un climat de concurrence féroce pour l’industrie du concert.

Certains artistes se demandent s'ils auront même le goût de jouer selon les modalités de réouverture proposées par les gouvernements provinciaux. En Ontario, par exemple des barrières transparentes devront être érigées entre la scène et le public, et entre certains des artistes sur scène.

Un jeune homme aux cheveux frisés et portant des lunettes est éclairé sur une scène sombre.

Dillon Orr, metteur en scène originaire de Tecumseh et adjoint à la direction artistique du Théâtre du Nouvel Ontario à Sudbury.

Photo : Facebook : Dillon Orr / Crédit : Nicolas Biaux

La base du théâtre c’est cette connexion scène-salle, explique le metteur en scène sudburois Dillon Orr.

Le but premier du théâtre c'est d'enlever cette barrière-là, ce quatrième mur, et là on nous demande de la remettre.

Dillon Orr, metteur en scène

Ce dernier préfère ne pas faire de théâtre en attendant un retour à la normale. Il utilisera cette période de calme pour se développer sur l'écriture et sur le développement dramaturgique, plutôt que de présenter quelque chose dans ces conditions-là.

Notre dossier : La COVID-19 en Ontario

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