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Le Bloc québécois a 30 ans, son ancien chef Gilles Duceppe se confie

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Gilles Duceppe, ancien chef du Bloc québécois

Gilles Duceppe, ancien chef du Bloc québécois

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Il y a 30 ans, le 25 juillet 1990, le Bloc québécois voyait le jour un mois après l’échec de l’accord constitutionnel du lac Meech. Dans une entrevue à RDI matin, Gilles Duceppe, qui a conduit la destinée de ce parti pendant près de 15 ans et qui en est devenu le visage, est revenu sur les moments forts de son histoire.

La formation politique a d’abord été une coalition de quelques anciens députés conservateurs et libéraux, mais il n’a pas fallu beaucoup de temps au Bloc pour se retrouver aux premières loges de la politique fédérale et former l’opposition officielle à Ottawa.


Comment tout cela a-t-il commencé?

À peine une année après sa création, le Bloc devient officiellement un parti avec un manifeste. Et, en 1993, il avait une plateforme politique précise, touchant tous les domaines, toutes les compétences fédérales. […] Je pense que ça a été très vite.

C’est unique dans l’histoire de voir des députés de différents partis fonder un parti souverainiste à Ottawa pour défendre essentiellement les intérêts des Québécois et des Québécoises.


Vous êtes le premier député à avoir été élu sous la bannière du Bloc en 1990 pour l'élection complémentaire dans la circonscription montréalaise de Laurier-Sainte-Marie. C’est Lucien Bouchard qui vous a approché pour être candidat.

Je négociais à ce moment-là [pour la Confédération des syndicats nationaux] avec l’ensemble du secteur hôtelier. J’ai dit à Lucien Bouchard [un des fondateurs du Bloc québécois] que j’irai si j’ai terminé mes négociations. On s’est rencontré le 7 juillet, il insistait beaucoup; […] finalement, j’ai terminé le 9 juillet et le 11 juillet j’étais en assemblée d’investiture.

Ça s’est passé à un rythme fou et palpitant. On a établi un programme pour le comté en quelques jours. On n’avait pas de local. Au départ, il n’y avait strictement rien.

On a fait une campagne où il y avait neuf débats politiques [contre le candidat libéral Denis Coderre]. Neuf débats dans une partielle, ça, c’est un record!


Le Bloc a remporté 54 sièges pour devenir l'opposition officielle, mais comment expliquer qu’un parti indépendantiste devienne l'opposition à Ottawa?

C’est la démocratie. Aujourd’hui, beaucoup se battent pour la proportionnelle ou une forme de proportionnelle pour que tous les courants politiques présents dans une société soient représentés dans les instances politiques. Sinon, ils sont ailleurs […] Au début 1989, alors qu'on ne sonde même plus sur la souveraineté et que le Parti québécois ne fait élire que 27 députés [à Québec], qui aurait prédit que l’ami de Brian Mulroney et principal ministre de ce Cabinet, Lucien Bouchard, deviendrait chef l’année suivante d’un parti souverainiste et trois ans plus tard, chef de l’opposition officielle?

Il n’y a pas de choses surprenantes, il n’y a que des choses inattendues.


Quel regard portez-vous sur la défaite de 2011?

On a sûrement fait des erreurs. Trois semaines avant, on avait 20 points d’avance. […] Je pense qu’il y a eu un phénomène Jack Layton très important. […] On n’a pas attaqué suffisamment le NPD à l’époque pour démontrer ses incohérences.

Jack Layton nous parlait continuellement de la Déclaration de Shebrooke, mais ils ne l’ont jamais mise sur leur plateforme politique parce que ça déplaisait au Canada. On aurait dû faire sortir ça.

NDLR : Adoptée en 2005, la Déclaration de Sherbrooke stipule que « le NPD reconnaîtrait une décision majoritaire (50 % + 1) des Québécoises et Québécois en cas de tenue d'un référendum visant à modifier le statut politique du Québec.

Il faut accepter les défaites.

Quand on me dit que le peuple a toujours raison, je dis « non ». Le peuple a tous les droits, dont celui de se tromper. Sinon, il n’y a plus de démocratie. Ça veut dire que le lendemain d’une élection, on va dire le peuple a choisi, on ne peut pas critiquer le choix du peuple. Ça ne marche pas comme ça, la démocratie.


Après les crises de leadership au sein du Bloc Québécois, on avait l'impression qu'avec Yves-François Blanchet, le parti avait trouvé un chef, mais il y a eu des allégations de harcèlement sexuel. Qu’en pensez-vous ?

Je pense qu’il faut agir comme Québec le fait actuellement : avec un comité non partisan de quatre députées, qui sont en train d’améliorer le système de justice parce qu’il faut l’améliorer. Par exemple, les plaignantes ont droit à un avocat pour les représenter […]. Il faut agir comme ça. Sinon, on tombe dans les dénonciations anonymes et ça peut être de la pure vengeance.


Le Bloc menace de faire tomber le gouvernement Trudeau à l'automne si le premier ministre et son ministre de finances Bill Morneau ne démissionnent pas dans la foulée de l'affaire UNIS. Est-ce un coup de bluff?

Je trouve très difficile de retourner en élection pendant une pandémie et j’espère que ce ne sera pas le cas […]. Je ne serais pas surpris que M. Morneau démissionne et que la chef de cabinet de M. Trudeau fasse de même. Là, tous les partis pourraient dire au moins il y a eu un bout de chemin de fait.

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