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COVID-19 : le Québec s'adresse aux jeunes, l'Ontario peine à le faire

Le rappeur Loud porte un masque et est assis dans un bus.

La nouvelle publicité du gouvernement Legault pour sensibiliser les jeunes au port du masque met en scène le célèbre rappeur Loud.

Photo : Gouvernement du Québec

Radio-Canada

Depuis plusieurs semaines, la majorité des nouveaux cas de COVID-19 en Ontario sont des jeunes qui ont entre 20 et 39 ans. Si le Québec a développé une stratégie de communication visant cette tranche d'âge, le gouvernement ontarien peine à démontrer en avoir fait autant.

Sur les 195 nouvelles infections de coronavirus recensés en Ontario vendredi, les deux tiers concernent des personnes de moins de 40 ans. Depuis plus d’un mois maintenant, la tranche de 20 à 39 ans est celle où l’on retrouve le plus de nouveaux cas chaque jour.

Le même matin, au Québec, une publicité financée par le gouvernement était dévoilée.

Elle met en scène le rappeur québécois Loud. Il y chante des paroles qui témoignent de l’importance du port du masque et émet un message d’unité. Le message publicitaire se conclut par le slogan tous contre un.

Le ministère de la Santé du Québec a par ailleurs confirmé à Radio-Canada avoir payé des influenceurs, avoir dépensé plus de 100 000 $ pour produire la chanson d’un autre rappeur, Koriass, et avoir financé des bannières et vidéos en ligne à propos de la santé émotionnelle et du port du masque.

Tableau énonçant les différentes campagnes de communication du gouvernement du Québec concernant la COVID-19 et à destination des 16-35 ans et leur budget respectif.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le gouvernement Legault a dépensé plus d'un demi-million de dollars pour sensibiliser les jeunes à la COVID-19.

Photo : Radio-Canada / Camile Gauthier

Au total, sans compter cette dernière campagne, le ministère de la Santé du Québec dit avoir dépensé plus d’un demi-million de dollars pour rejoindre les 16-35 ans.

Je pense que c’est une bonne stratégie parce ça démontre aussi une certaine unification de la communauté plus jeune, estime Emy Behmoaram, directrice de compte pour l’entreprise MedPlan, spécialisée dans les communications médicales.

Emy Behmoaram, directrice de compte à MedPlan, en entrevue par vidéoconférence avec Radio-Canada.

Emy Behmoaram, directrice de compte à MedPlan, en entrevue par vidéoconférence avec Radio-Canada.

Photo : Radio-Canada

Je pense que c’est un grand pas vers l’avant et que l’Ontario devrait peut-être suivre ou peut-être utiliser certaines de ces meilleures pratiques que le Québec a appliquées aujourd’hui.

Une citation de :Emy Behmoaram, directrice de compte, MedPlan

Le cabinet de Doug Ford et le ministère de la Santé de l’Ontario n’ont pas été en mesure de fournir des chiffres ou des exemples relatifs aux campagnes de communication auprès des 20-39 ans. Le gouvernement dit toutefois y travailler.

Nous développons une campagne spécifiquement destinée aux jeunes et nous aurons bientôt plus à dire à ce sujet.

Une citation de :Cabinet de Doug Ford

Selon les statistiques de la santé publique du Québec et de l'Ontario, la part des 20-39 ans dans les cas de COVID-19 recensés depuis le début de la crise est plus élevée en Ontario.

La part des 20-39 ans dans les cas de COVID-19 recensés depuis le début de la crise est plus élevée en Ontario.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La part des 20-39 ans dans les cas de COVID-19 recensés depuis le début de la crise est plus élevée en Ontario.

Photo : Radio-Canada / Camile Gauthier

Des alternatives plutôt que des réprimandes

Arrêtez avec ces fêtes!, lançait le premier ministre ontarien en conférence de presse cette semaine. Un message qu’il répète régulièrement.

Alain Poirier.

Le Dr Alain Poirier

Photo : Radio-Canada

Une méthode peu efficace, selon Alain Poirier, chef de la santé publique de l’Estrie, au Québec. Habitué de la communication des messages d’ordre sanitaire à la population, M. Poirier considère qu’il faut aussi être capable de toucher les gens en les mobilisant avec des messages positifs, pas seulement avec des réprimandes.

Ne dites pas aux gens ce qu'il ne faut pas faire, dites leur ce que vous voulez qu'ils fassent, renchérit l’épidémiologiste et professeur à la faculté de l’information de l’Université de Toronto Colin Furness.

Colin Furness, épidémiologiste et professeur à la Faculté de l’information, Université de Toronto.

Colin Furness, épidémiologiste et professeur à la faculté de l’Information, Université de Toronto.

Photo : Radio-Canada

Si ça ne tenait qu'à moi, le premier ministre ne serait pas le porte-parole de la pandémie, il fait de son mieux, mais il ne comprend pas la santé. Et il a parfois un message complètement faux.

Une citation de :Colin Furness, épidémiologiste et professeur à la faculté de l’Information, Université de Toronto

Les petites peurs

Selon les deux scientifiques, il est également important d’insister sur la gravité de la maladie lorsqu’elle touche les jeunes. 

Même si votre cas n’est pas mortel ou grave, vous pouvez vous retrouver avec des lésions cérébrales permanentes. C'est ce que fait la COVID-19, soutient M. Furness. Alain Poirier ajoute qu’il faut montrer ces choses-là et salue les derniers témoignages récemment sortis dans les médias pour parler de jeunes gens qui peinent à se remettre de la maladie.

C’est ça qui marche le mieux, de façon générale, pas que pour les jeunes, c’est ce qu’on appelle les petites peurs, dit-il.

Un avis que partage l’experte en communication Emy Behmoaram. Selon elle, il est important d’humaniser la situation et de le faire à travers des histoires auxquelles cet auditoire peut s’identifier.

Elle rappelle toutefois que le format reste important : court, vulgarisé, équilibré et disponible sur les plateformes auxquelles ce type de public a accès.

Communiquer avec ses décisions politiques

Enfin, les décisions politiques ont également un impact d’après les deux scientifiques. Rouvrir des bars en demandant aux jeunes de ne plus faire la fête, n’est pas forcément, selon eux, la logique la plus implacable.

Lorsque nous ouvrons des bars, des casinos, ce genre d'endroit... et nous disons aussi qu'un rassemblement peut compter 50 personnes, nous envoyons comme message à ce groupe démographique socialement affamé que maintenant tout va bien.

Une citation de :Colin Furness, épidémiologiste et professeur à la faculté de l’Information, Université de Toronto

Pourquoi ne pas envisager des tentes qui vendent de la bière dans des parcs ou des jardins, se demande Colin Furness. Il faut être créatif.

Notre dossier : La COVID-19 en Ontario

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