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Du port de la ceinture au masque : des réticences aux changements en santé publique

Un masque de protection est accroché à la ceinture d'un policier, à côté de son arme de service.

Selon M. Bonneville, les comportements ne se changent pas du jour au lendemain.

Photo : Associated Press / Mic Smith

Thalia D’Aragon-Giguère

En Ontario, le mouvement antimasque prend de l’ampleur alors que le port du couvre-visage obligatoire se répand dans plusieurs régions de la province. Cette résistance aux changements ne date cependant pas d’hier et rappelle les passions soulevées par l’imposition de la ceinture de sécurité et l’interdiction du cellulaire au volant, notamment.

La pandémie a forcé l’application de mesures sanitaires exceptionnelles et temporaires généralement introduites de manière permanente et à long terme, explique Luc Bonnevillle, professeur de communication spécialisé en santé à l’Université d’Ottawa.

On a affaire à des êtres humains qui ont des émotions, des expériences [et] une perception des choses, souligne-t-il. Ce n’est pas mathématique.

Selon M. Bonneville, les comportements ne se changent pas du jour au lendemain. C'est le temps qui permet à la population d’assimiler de nouvelles pratiques, note-t-il.

Dans le contexte actuel, le temps constitue toutefois une variable dont le contrôle échappe à la santé publique.

C’est assez inédit, précise M. Bonneville. On est vraiment dans le court terme.

Une dizaine de personnes sans masque manifestent dans le métro de Toronto. L'une d'entre elles tient une affiche indiquant « Hugs over masks ».

Le 7 juillet dernier, une manifestation en opposition au port obligatoire du masque s'est tenue à Toronto.

Photo : Evan Mitsui/CBC

Les réticences de certains individus à l'égard du port obligatoire du couvre-visage lui rappellent des exemples qui remontent à plus de 40 ans.

L'imposition de la ceinture de sécurité en voiture (1976), l'interdiction de fumer dans les restaurants et les bars (2006) ou d'utiliser son téléphone cellulaire au volant (2009) avaient connu une vague d'opposition similaire.

Plusieurs décennies plus tard, M. Bonneville constate que certaines de ces pratiques, pourtant obligatoires au regard de la loi, ne sont toujours pas respectées uniformément.

En 2019, par exemple, la Police provinciale de l’Ontario recensait une hausse de 20 % du nombre de décès liés à des ceintures de sécurité détachées par rapport à l'année précédente.

Il y a toujours un décalage entre ce qu’on dit, ce qu’on voudrait que les gens fassent et la façon dont ils interprètent leur niveau de vulnérabilité, souligne M. Bonneville.

Les grands moyens justifiés par l'urgence sanitaire

D'ordinaire, la mise en oeuvre de normes en matière de santé et de sécurité constitue un travail de longue haleine et requiert le déploiement de nombreuses campagnes de sensibilisation, explique M. Bonneville. Il ajoute qu'en période de pandémie, ces stratégies se révéleraient insuffisantes bien que nécessaires.

Une professeure observe deux élèves boucler leur ceinture de sécurité sur un banc de voiture placé dans une classe d'école.

Dans les années 1970, des ateliers de sensibilisation au port obligatoire de la ceinture de sécurité avaient lieu dans les écoles.

Photo : Radio-Canada / Archives

Si on veut un effet à court terme, on n’a malheureusement pas le choix de faire de la coercition, estime-t-il. On ne veut pas que les gens portent [le masque] dans deux mois!

Même si les gens pensent que [le port du masque] est un frein à la propagation du virus, ils sont constamment en train d’évaluer, pour eux-mêmes, leur vulnérabilité.

Luc Bonneville, professeur de communication spécialisé en santé à l’Université d’Ottawa

Selon Jennifer Klinck, avocate associée au bureau Juristes Power, l’imposition du port obligatoire d’un couvre-visage va bien au-delà du caractère paternaliste souvent rattaché au port de la ceinture de sécurité.

D’après elle, le gouvernement cherche généralement à imposer des réglementations afin de protéger les individus contre eux-mêmes, tandis que le port obligatoire du masque cherche davantage à protéger les personnes les plus vulnérables de la communauté.

Avec de tels impératifs de santé publique et la science en pleine évolution, le gouvernement peut réagir sans avoir besoin d'une preuve parfaite, précise Me Klinck.

Des amendes qui demandent des exceptions

Les municipalités ontariennes qui ont obligé le couvre-visage dans les lieux publics intérieurs n’excluent pas la possibilité d’imposer des amendes aux récalcitrants.

À Toronto, les amendes liées aux infractions au règlement pourraient s'élever à 1000 $, bien que la Ville ne compte pas réprimander les contrevenants dans l’immédiat.

Me Klinck ne serait pas surprise que de telles sanctions soient éventuellement imposées au même titre que pour les personnes ne respectant pas le port de la ceinture de sécurité.

Toutefois, la sévérité de l’amende, croit-elle, doit être proportionnelle à l’objectif recherché par le gouvernement et la conduite en question.

C’est important de ne pas banaliser les impacts potentiels du port obligatoire du masque.

Jennifer Klinck, avocate associée au bureau Juristes Power

Selon Me Klinck, l’imposition du couvre-visage peut avoir des conséquences disproportionnées, entre autres sur les personnes malentendantes. Il est essentiel d'avoir des exceptions à la règle, affirme-t-elle.

Un masque blanc muni d'une visière pour permettre de lire sur les lèvres.

Un masque avec une visière intégrée peut permettre aux personnes sourdes ou malentendantes de lire sur les lèvres.

Photo : Radio-Canada / Michel Aspirot

En 2018, par exemple, l’Ontario est devenu la quatrième province à accorder une exemption du port obligatoire du casque aux motocyclistes de confession sikhe. Cette décision visait à protéger les droits civiques et l'expression religieuse.

De la même manière, les bureaux locaux de santé publique ontariens ont assuré que des exemptions au port du couvre-visage allaient s’appliquer aux personnes qui ont des problèmes de santé ainsi qu'aux enfants en bas âge, notamment.

Dans le contexte de crise sanitaire, Me Klinck considère que les effets bénéfiques du port du masque pour la communauté sont suffisants pour l'emporter dans la balance dans la majorité des cas. Les mesures adoptées ont des limites et des exceptions servant à atténuer les impacts sur ceux qui seraient les plus affectés par une telle obligation.

Me Klinck ne se dit par ailleurs pas pessimiste quant aux intentions des gens [qui refusent de porter un masque].

Eux aussi s’adaptent à une situation avec une évolution très rapide, admet-elle.

Notre dossier : La COVID-19 en Ontario

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