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Des migrants marocains coincés entre leur ancienne et leur nouvelle vie

Un homme, installé sur un balcon avec ses valises, regarde le soleil qui se couche derrière les tours d'habitation.

Le rêve d’une soixantaine de familles marocaines de venir s’installer au Canada semble tourner au cauchemar depuis le début de la pandémie.

Photo : Radio-Canada / Katherine Brulotte

Une soixantaine de familles marocaines qui devaient immigrer au Canada sont incapables d’obtenir les documents nécessaires à leur voyage.

Munies d’un visa leur permettant d’immigrer au pays, les familles avaient tout laissé derrière elles de leur ancienne vie, lorsque la COVID-19 a frappé. Entre la fermeture des frontières en mars et l’assouplissement des mesures de confinement au cours des dernières semaines, leurs visas avaient expiré.

Le groupe, qui s’appelle les oubliés dans les médias sociaux, rassemble plus d’une centaine de personnes ayant obtenu le statut de résident permanent admis par le programme canadien de travailleurs qualifiés.

Il s’agit, en quelque sorte, d’une invitation à venir au Canada avec la garantie d’obtenir, dès leur arrivée, le statut de résident permanent si certains critères sont respectés.

Ce statut s’accompagne toutefois d’un visa qui permet aux migrants de voyager jusqu’aux frontières canadiennes.

Bien que la validité des visas ait été prolongée, les migrants doivent aviser les autorités canadiennes lorsqu’ils sont prêts à voyager puis obtenir la documentation nécessaire.

Toutefois, l’ambassade du Canada à Rabat et le centre de réception des demandes de visa sont toujours fermés. Les demandes des familles demeurent jusqu’ici sans réponse.

Radio-Canada a accepté de n’utiliser que le prénom des migrants qui craignent que leurs déboires leur nuisent au moment de chercher un emploi au Canada, ou encore au Maroc s’ils doivent se résoudre à rester.

Vivre dans l’attente

En mars dernier, Karim, sa femme et leur fille avaient quitté leur logement, leur emploi, l’école et fait leurs valises.

Tout était prêt pour leur grand départ vers le Canada.

Le 14 mars, le Maroc a fermé ses frontières en réponse à la pandémie de COVID-19 qui progressait rapidement en Europe.

Là, on se retrouve avec des documents expirés et l’incertitude totale, sur l’avenir.

Karim

La famille de Karim s’est installée chez ses parents. Une situation temporaire viable, mais qui devient de plus en plus complexe à mesure que les délais se prolongent.

Le plus difficile c’est pour ma fille, dit le père de famille, on lui a vendu ce rêve d’aller au Canada, elle n’arrête pas de nous relancer.

Des plans qui s’effondrent

Habiba, son mari et leur fils de trois ans devaient, eux, partir en mai.

Les plans en place pour leur installation en Colombie-Britannique deviennent incertains.

La mère ignore, par exemple, si la place qu’elle avait dénichée en garderie sera toujours disponible.

Autre inquiétude; les dépenses encourues pendant l’attente au Maroc.

Aujourd’hui, on est vraiment dans une situation difficile… Je ne peux pas chercher un travail parce que je sais que je vais partir. Mais en même temps, j’ai besoin d’une source de revenus.

Habiba

Pour respecter les conditions d'admissibilité au Canada, les familles doivent avoir en banque des économies substantielles.

Près de 20 000 dollars canadiens pour un ménage de trois personnes.

Mais les dépenses de logement temporaire et de changements de billets d’avion s’accumulent.

Yassim et sa femme ont réussi, eux, à conserver leur logement, mais les dépenses encourues mettent en péril les épargnes dont ils ont besoin pour s’installer au Canada.

On a des économies, mais après quatre ou cinq mois, les économies, elles s’amincissent.

Yassim

Du racisme dans le système d’immigration canadien

MacDonald Scott, un conseiller en immigration à Toronto et activiste au sein du groupe No One Is Illegal croit que d’autres familles, ailleurs qu'au Maroc, se trouvent dans des situations semblables.

Il affirme venir en aide à un client au Moyen-Orient qui lui aussi tente de venir réclamer le statut de résident permanent obtenu à titre de travailleur qualifié.

Selon MacDonald Scott, les ambassades dans les pays européens et aux États-Unis sont plus nombreuses, plus facilement accessibles et souvent plus efficaces que les ambassades du continent africain, du Moyen-Orient et de l’Asie.

Un système qui, selon le militant, favorise la venue d'immigrants blancs au détriment de ceux d’autres origines ethniques.

Soyez patients

Le ministère de l’Immigration au Canada réitère que les migrants pourront venir au pays et leur demande d’être patients.

Dans une déclaration écrite, le bureau du ministre de l'Immigration affirme chercher des moyens innovants afin de soutenir et d'aider les personnes qui sont en démarche d'immigration, tout en suivant les conseils des experts en santé publique.

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