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Les effets psychologiques insoupçonnés de la COVID-19

Des experts avancent que les survivants de la maladie peuvent développer un trouble de stress post-traumatique.

Le reportage de Nicole Germain

Photo : Radio-Canada / Nicole Germain

On connaît de plus en plus les effets physiques de la COVID-19, mais qu’en est-il de l’impact psychologique de la maladie sur ceux qui en ont souffert? Des experts croient que les survivants peuvent développer un trouble de stress post-traumatique.

Survivant de la COVID-19, Normand Leblond se dit miraculé. Cette expression prend tout son sens pour celui qui s'est retrouvé à l'urgence le 10 avril, un Vendredi saint. Un coma artificiel de 21 jours, 33 jours d'intubation, 2 mois d'hospitalisation, 1 mois de réadaptation : l’homme de 71 ans a frôlé la mort de près, de l’aveu même de ses médecins.

Il estime toutefois aujourd'hui que ses souffrances ont été davantage psychologiques que physiques.

Je pensais à tout, quand on se voit baisser de même… Il y a un paquet de monde qui sont morts. Il y a des milliers de personnes qui sont décédées. Je peux faire partie de la gang.

Normand Leblond, survivant de la COVID-19

Parce qu’on n’entendait pas parler de ceux qui guérissaient. On entendait parler à la télévision juste des morts. Quand je vais sortir de là, est-ce que je vais sortir sur une civière ou sur mes jambes?, s’est demandé le résident de la Rive-Sud, rencontré en compagnie de son fils Patrice.

À l'arrivée de Normand Leblond aux soins intensifs, le médecin ne lui avait donné que deux choix : on le laissait aller ou on le plongeait dans un coma artificiel qui pourrait lui sauver la vie.

Je lui ai dit : "Avant de me faire mettre dans le coma, il y a deux choses : je voudrais me faire administrer [les derniers sacrements] et je voudrais appeler ma femme pour la prévenir que je vais me faire endormir pour un bout de temps." Le médecin m’a dit 14 jours. [...] C'était la solution pour risquer de rester en vie.

Un survivant de la COVID-19, Normand Leblond, pendant son hospitalisation.

Normand Leblond pendant son hospitalisation

Photo : Radio-Canada / Nicole Germain

Trois semaines plus tard, Normand Leblond sortait finalement d’un coma artificiel qui l’a laissé si affaibli qu'il ne pouvait plus marcher. Un mois et demi d’hospitalisation supplémentaire et un mois de réadaptation ont été nécessaires pour le remettre sur pieds.

Après que j'ai été réveillé, ils m'ont soigné. [...] Je me rappelle d'avoir pleuré une couple de fois, peut-être trois fois. Parce que je voyais ce qui se passait depuis le début et je voyais que j’étais un mourant quand je suis rentré là. [...] J'ai dû avoir pleuré pour ça, d'avoir la chance d’avoir été sauvé. Je trouvais que c’était miraculeux.

Le traumatisme de frôler la mort

Le genre d'épreuve que Normand Leblond a traversée pourrait être à l’origine d’un trouble de stress post-traumatique (TSPT), estime une experte.

Les gens qui ont frôlé la mort, qui ont craint pour leur vie ou dont la vie a été menacée sont évidemment plus à risque de développer un trouble de stress post-traumatique, confirme la professeure titulaire à l’École de psychologie de l’Université Laval, Geneviève Belleville.

Geneviève Belleville, professeure titulaire à l'École de psychologie de l'Université Laval

Geneviève Belleville, professeure titulaire à l'École de psychologie de l'Université Laval

Photo : Radio-Canada / Nicole Germain

Cette dernière se spécialise dans ce champ de recherche depuis plusieurs années et voit dans la COVID-19 une cause probable de TSPT.

C’est sûr que d’être atteint d’une maladie grave, potentiellement mortelle, dont on ne connaît pas beaucoup de choses et qui inquiète énormément à l’échelle mondiale, ça se qualifie d’événement traumatique. C’est certain que c’est possible de développer un trouble de stress post-traumatique après avoir été atteint de la COVID et d’en avoir souffert beaucoup, estime-t-elle.

Impact sur la population générale

Une étude récente menée en Italie montre que jusqu'à 30 % de la population générale, y compris les malades, présentait des symptômes de ce trouble à cause de la pandémie. La chercheuse a d'ailleurs déposé des demandes de financement pour étudier notamment les effets du confinement sur le stress post-traumatique.

Il va falloir faire des études pour démêler tout ça : qu’est-ce qui est une conséquence d’avoir attrapé la maladie et qu’est-ce qui est une conséquence du confinement? Les études populationnelles, en ce moment, ne permettent pas un niveau de détails aussi fin, indique Geneviève Belleville.

Un survivant de la COVID-19, Normand Leblond

Normand Leblond a très peu de séquelles de la COVID-19.

Photo : Radio-Canada / Nicole Germain

À part de violentes douleurs à un pied causées par le coma, Normand Leblond a peu de séquelles physiques, voire psychologiques, de la COVID-19.

Pour ce qui est du physique, il reste les jambes et les bras, mais le mental, il a l’air correct. [...] Je ne suis pas exempt de ça, mais je serais bien surpris si ça m'arrivait. J’ai jamais été dépressif. Je suis un gars vraiment positif!

Avec les informations de Nicole Germain

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