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Sport professionnel, ville-bulle et santé mentale : l’importance de définir les besoins

La ligne de gratte-ciels de la ville de Toronto est prise en photo à travers une bulle de savon.

La Ligue nationale de hockey a choisi Toronto pour être une de ses villes-bulles lors de la reprise de ses activités.

Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

Pour plusieurs ligues sportives professionnelles, la reprise de leurs activités se déroule dans une, peut-être deux, ville-bulle où joueurs et entraîneurs passent le plus clair de leur temps dans leur chambre d’hôtel, sauf pour l’entraînement et les matchs. Quel effet cette situation peut-elle avoir sur la santé mentale des athlètes?

Le psychologue sportif Jean-Michel Pelletier recommande à tous les athlètes de définir leurs besoins et de prévoir les solutions qui leur permettront de combler ces besoins. Une réflexion qui doit être faite, idéalement, avant le départ dans leur ville-bulle respective.

Il précise que chaque athlète est différent et établit deux profils différents adaptés à la présente situation.

Le profil anxieux, selon Jean-Michel Pelletier 

« C’est celui qui tolère moins bien l’incertitude et qui se fait des scénarios. C’est lui qui va craindre d’attraper le virus ou encore d’être celui qui va le transmettre à ses coéquipiers.

Il est important d’identifier ce que nous pouvons contrôler dans le moment présent et de s’occuper pour éviter d’être dans les pensées futuristes. Par exemple, un athlète pourrait décider d’apprendre à jouer un nouvel instrument de musique pour se distraire. Pendant qu’il fait cette activité, il ne pense plus à ses inquiétudes. »

De plus, pour le bien-être des athlètes, Jean-Michel Pelletier souhaite ardemment que les équipes fassent preuve d'écoute et de compréhension à l'égard de leurs joueurs qui sont inquiets au sujet de la COVID-19.

Ne les jugez pas, faites preuve d'indulgence et de tolérance. Nous sommes dans un contexte de pandémie mondiale. Chaque être humain gère le stress et la menace qu'est le virus de façon différente.

Le profil dépressif, selon Jean-Michel Pelletier 

« C’est celui qui va s’ennuyer et qui va penser à ses proches qui sont restés à la maison.

Pour remédier à cela, il est important de planifier des moments précis pour communiquer avec ses proches et prendre le temps de le faire. Cela permet de garder une routine qui satisfait ce besoin d’être en contact avec sa copine, sa famille et ses amis. »

Si jamais la Ligue canadienne de football (LCF) parvient à présenter une saison 2020, les neuf équipes du circuit de Randy Ambrosie seront logées à Winnipeg durant toute la durée des activités. Avant même d’apprendre la nouvelle, le porte-couleurs des Roughriders de la Saskatchewan, Jordan Reaves, avait exprimé sur son compte Twitter ses inquiétudes quant à un éventuel séjour dans une ville-bulle.

Je crains qu’avec le retour du sport professionnel dans une ville-bulle nous n'assistions à un pic de problèmes de santé mentale chez les athlètes. Aller s’entraîner et jouer quelques heures, puis retourner dans sa chambre jusqu’au lendemain, pendant trois mois, c’est presque une assignation à résidence glorifiée. Ce sera tout un défi mental.

Jordan Reaves, pendant un match des Roughriders en 2016.

Le joueur de ligne défensive des Roughriders Jordan Reaves craint que des athlètes professionnels ne souffrent de problèmes de santé mentale.

Photo : Electric Umbrella/Liam Richards

Son coéquipier Alexandre Chevrier ne voit pas la situation du même oeil. Il sait déjà comment il va meubler tout ce temps libre, seul dans sa chambre d’hôtel. Étant donné que le camp d’entraînement risque d’être de courte durée, il prévoit consacrer beaucoup de temps à la lecture de son livre de jeux et à des séances vidéo. Le reste du temps, je vais lire un livre, jouer aux jeux vidéo et appeler mes proches pour prendre de leurs nouvelles.

Il envisage de communiquer fréquemment avec Marilyn, sa conjointe des sept dernières années, enceinte de leur premier enfant. L’accouchement est prévu pour le milieu du mois de décembre, de sorte que si tout va bien, Alexandre Chevrier pourra disputer le match de la Coupe Grey - si les Roughriders se qualifient - et rentrer à la maison pour tenir la main de sa douce moitié et voir le visage de son fils dès qu’il pointera le bout du nez.

Le bébé doit naître au début de la saison morte, c’est le moment parfait. L’hiver, je m’entraîne et je fais un peu de déneigement. Le reste du temps, je pourrai être présent pour ma copine et notre enfant.

Alexandre Chevrier, footballeur des Roughriders de la Saskatchewan

Nous nous sommes assis pour en discuter et cela a été une décision commune, précise le secondeur de 27 ans, qui apprécie que sa douce moitié lui permette de s’épanouir sur le plan professionnel.

Un joueur du Rouge et Noir d'Ottawa plaqué par deux joueurs des Roughriders de la Saskatchewan.

Alexandre Chevrier a réalisé 28 plaqués sur les unités spéciales en deux saisons avec les Roughriders.

Photo : Site officiel des Roughriders de la Saskatchewan

Toujours est-il, que ce soit pour un Jordan Reaves inquiet ou pour un Alexandre Chevrier serein, que l’organisation des Roughriders avait mentionné dans son dossier de candidature pour devenir la ville-bulle de la LCF, une offre de psychologues et quelques activités, comme des excursions dans la nature.

La santé mentale est une priorité pour nous. Nous sommes ravis que les Blue Bombers de Winnipeg aient également prévu d’offrir un soutien similaire, a précisé une porte-parole de l’organisation saskatchewanaise.

Le psychologue sportif Jean-Michel Pelletier jongle avec une balle de baseball.

Jean-Michel Pelletier recommande de fournir de l'aide professionnelle à un athlète qui affiche, entre autres, un manque de sommeil évident.

Photo : fournie par Jean-Michel Pelletier

Le psychologue Jean-Michel Pelletier considère que ces activités en plein air sont une excellente idée, mais à travers celles-ci, il est important de respecter les personnalités introverties et extraverties. Les personnes extraverties vont aimer ces activités de groupe, mais n’oublions pas les gens introvertis, qui en tirent moins de plaisir.

Dans ce cas-ci, le psychologue propose le juste milieu pour plaire aux deux types de personnalité, c’est-à-dire en réservant des périodes libres à travers la journée, où l’extraverti profitera de l’occasion pour échanger avec les autres, et l’introverti pourra profiter d’un moment de repos et de solitude.

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