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Pensionnats autochtones : les excuses se font toujours attendre au Labrador

Le premier ministre Dwight Ball a promis de présenter des excuses aux survivants des pensionnats autochtones en 2017. Il s'est dédouané de cette promesse jeudi.

Toby Obed

Toby Obed, un survivant des pensionnats, milite pour obtenir des excuses de la province depuis des années. Il croit que le premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador «s'est dédouané de ses responsabilités».

Photo : The Canadian Press / Andrew Vaughan

Le premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, Dwight Ball, ne présentera pas d'excuses aux ex-pensionnaires autochtones avant de quitter la politique.

M. Ball a promis de le faire il y a plus de deux ans et demi, en 2017.

Mais son cabinet confirme à Radio-Canada qu’un voyage au Labrador et une déclaration publique du premier ministre pour reconnaître le rôle du gouvernement provincial dans la maltraitance de plus de mille élèves dans les pensionnats autochtones ne seront pas possibles d'ici l'élection de son successeur, le 3 août prochain.

Dans une déclaration, le bureau de M. Ball indique que le premier ministre libéral voulait présenter les excuses aux anciens pensionnaires en mars dernier, puis en juillet, mais que ces plans ont été annulés pour des raisons de sécurité. La déclaration note que cette décision a été prise après des discussions avec le président du gouvernement du Nunatsiavut, Johannes Lampe.

Il faut le faire correctement et nous voulons que plus de 50 personnes dans un seul village puissent participer, explique le président Lampe.

Colère et consternation

Cependant, les explications de M. Ball ne font pas l'affaire de l'avocat Steven Cooper, qui a mené un recours collectif de 50 millions de dollars au nom d'environ 1000 survivants des pensionnats autochtones à Terre-Neuve-et-Labrador.

[M. Ball] a créé des attentes, des attentes qu'il a créées pour des raisons politiques, et il s'est depuis montré complètement insensible et négligent envers les survivants.

Steven Cooper, avocat

Cette saga a essentiellement "revictimisé" les survivants des pensionnats, continue-t-il. De voir les espoirs anéantis, de voir la colère qu'ils ressentent en ce moment, c'est une des pires expériences que j'aie eues dans les 30 ans que je représente les personnes dans ces situations.

C'est absolument lamentable et il devrait avoir honte.

Nous avons attendu trois ans

Nous avons attendu trois ans pour des excuses. Il avait l'occasion de les présenter et il ne l'a pas fait, dénonce Toby Obed, l’un des survivants des pensionnats qui se battent pour obtenir des excuses de la province.

M. Obed ajoute qu'il n'était pas au courant de l'événement que le bureau du premier ministre dit avoir planifié en mars dernier.

De dire que c'est à cause de la COVID [...] la pandémie crée des problèmes importants, c'est clair. Mais il avait déjà du temps en masse pour dire ce qu'il avait besoin de dire.

Toby Obed, survivant des pensionnats autochtones

M. Obed, résident de Hopedale, un des villages les plus isolés du Canada sur la côte nord du Labrador, soutient que le premier ministre, qui est également ministre responsable du Labrador, ignore ouvertement les préoccupations et les expériences des Autochtones.

Steven Cooper ajoute que c’est la première fois dans sa carrière qu’il observe un gouvernement qui ne présente pas des excuses dans un délai raisonnable après le règlement d’un recours collectif de ce genre. Me Cooper mène des poursuites au nom des victimes de pensionnats autochtones depuis plus de deux décennies.

Ça fait multiplier la douleur et ça élimine la possibilité de tourner la page pour les survivants du système des pensionnats. Ces excuses valent bien plus que les chèques qu’ils ont reçus ou les autres déclarations qui ont été faites.

Steven Cooper, avocat

Zéro responsabilité légale

En novembre 2017, le premier ministre canadien, Justin Trudeau, s’est rendu à Happy Valley-Goose Bay pour officiellement reconnaître les torts que de nombreux anciens élèves ont subits alors qu'ils étaient enfants sous la tutelle du gouvernement.

Le 23 novembre 2017, le jour avant les excuses de Justin Trudeau, Dwight Ball a promis d’emboîter le pas à Ottawa et de présenter des excuses au nom du gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador.

Il n’y a aucune obligation légale de présenter des excuses. Il y a zéro responsabilité légale si on présente des excuses parce que le recours collectif a été réglé, ajoute Me Cooper. Alors, ce n’est rien que de la léthargie et peut-être un manque de moralité et de cran de la part du gouvernement et plus particulièrement du premier ministre.

Ce premier ministre bredouille depuis des années, en disant qu’il veut présenter des excuses […] les membres de mon recours collectif disent qu’ils sont frustrés et fâchés.

Steven Cooper, avocat

Ce monsieur est vraisemblablement incapable de faire ce qu’il a promis de faire. C’est complètement lamentable [de la part d’]un politicien canadien de ne pas franchir cette étape, qui est simple, mais extrêmement importante, croit Me Cooper.

Plus digne d'offrir des excuses

En juin dernier, Dwight Ball a indiqué à CBC qu’il préparait une éventuelle annonce en collaboration avec des chefs autochtones du Labrador. À l'époque, il n'a pas mentionné qu'il devait présenter des excuses aux anciens élèves en mars.

Mais Me Cooper soutient qu’après deux ans et demi d’attente, M. Ball était déjà plus digne de présenter des excuses aux survivants.

À ce point, je ne pense pas que mes clients croiraient les excuses de cet homme, soutient-il.

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