•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

« Je me demande si ce client va me défoncer le crâne pour 3,50 $ »

La montée de la violence à l’égard des chauffeurs d’autobus au Québec inquiète les sociétés de transport, qui cherchent des moyens pour prévenir les agressions.

Portrait de Ron Pugh.

Ron Pugh, chauffeur d'autobus du RTC, est maintenant à la retraite.

Photo : Radio-Canada / Claude Brunet

Claude Brunet

Le 3 mai 2018, Vincent Dallaire monte à bord de l’autobus conduit par Ron Pugh à Québec. Les droits de passage sur la carte Opus du jeune homme de 21 ans sont épuisés et le chauffeur lui demande de descendre de l’autobus. Vincent Dallaire insiste; Ron Pugh lui demande de quitter le véhicule. Le jeune homme assène un violent coup de poing au visage du chauffeur qui lui fracture le nez. Avant de quitter l’autobus, Vincent Dallaire menace de tuer le chauffeur.

Le chauffeur d’autobus du RTC a subi de multiples fractures au nez pour lesquelles il a dû être opéré, en plus d’une commotion cérébrale, d’une fissure de l’oreille interne et d’une perte de vision temporaire de l’oeil droit.

Vincent Dallaire a été condamné par le tribunal à 90 jours d'emprisonnement.

Après une courte réadaptation physique, Ron Pugh reprend le travail derrière le volant d’un autobus. Mais moins d’un an plus tard, le 13 mai 2019, il abandonne, et à l’âge de 59 ans il prend une retraite anticipée. Lors du procès, il a déclaré à la Cour : Chaque fois qu’un client monte à bord, je me demande si ce dernier va me défoncer le crâne pour 3,50 $.

À Montréal, 156 chauffeurs ont été agressés physiquement ou verbalement l’an dernier. À Québec, le nombre d’agressions a doublé au cours des dernières années.

Ces agressions ont de graves conséquences, au-delà des séquelles physiques, elles plongent parfois les chauffeurs dans un état de stress post-traumatique qui transforme leur vie en véritable cauchemar.

Les séquelles psychologiques

Ron Pugh est aujourd’hui un homme brisé. Il se raconte à notre microphone.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

Témoignage de Ron Pugh

L’homme est costaud. Il a fait des arts martiaux et a servi dans les Forces de réserve de l’armée canadienne. Il sait se battre, mais ce jour-là, le 3 mai 2018, il n’a pas été capable de se défendre. Il ne s’attendait pas à être frappé. Il ne se sentait pas en danger. Depuis, une faille s’est creusée en lui.

Aujourd’hui, il a peur. Peur de quoi? Je ne sais pas de quoi j’ai peur, mais j’ai peur de tout en même temps. Il dit avoir toujours de la peine. Je me bats encore aujourd’hui avec ça. Au mois de mars dernier, Ron Pugh a subi deux infarctus. Son médecin attribue cela au stress intense qu’il a vécu.

Pour payer une psychothérapie, Ron Pugh a demandé l’aide de l’IVAC (Indemnisation des victimes d’actes criminels) qui l’a renvoyé à la CNESST (Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité au travail). La CNESST a refusé de l’aider.

Je ne pense pas être capable de vivre des années avec ça en dedans de moi.

Ron Pugh
Un autobus circule près d'un bâtiment.

À Québec, de plus en plus de chauffeurs sont victimes d'agressions.

Photo : Radio-Canada / Claude Brunet

Ça existe vraiment, le choc post-traumatique chez les chauffeurs d’autobus, affirme Hélène Fortin, présidente du syndicat des chauffeurs d’autobus du RTC (Réseau de transport de la Capitale).

Hélène Fortin plaide pour que le RTC cesse de banaliser les conséquences des agressions.

À Québec, le nombre d’agressions subies par les chauffeurs d’autobus du RTC s’est multiplié au fil des dernières années.

La présidente du syndicat des chauffeurs veut que le RTC affiche clairement dans les autobus les conséquences d’une agression; que l’agresseur sera traîné devant les tribunaux.

Deux mois après l’agression du chauffeur Ron Pugh, le RTC a mené une campagne d’affichage de huit semaines : Soyez courtois avec votre chauffeur.

CORRECTIF

Une version précédente de cet article affirmait que le la direction du Réseau de transport de la Capitale (RTC) avait refusé nos demandes d'entrevue. Or, le RTC a bel et bien collaboré en répondant à certaines questions pour fins de documentation, par l'entremise d'un porte-parole. Nous avons modifié le texte en conséquence. Nous regrettons cette imprécision.

À la recherche de solutions

Les neuf sociétés de transport public du Québec et leurs syndicats sont préoccupés par l’augmentation de la violence à l’égard des chauffeurs et du choc post-traumatique que certains subissent.

Au sein de l’APSAM (Association paritaire pour la santé et la sécurité du travail, secteur affaires municipales), ils ont décidé que ces questions étaient prioritaires. L’objectif est de freiner l’augmentation du nombre d’agressions, voire de les réduire. L’APSAM cherche actuellement à mieux comprendre le phénomène et à identifier les meilleures pratiques. Elle veut également mieux documenter le trouble du stress post-traumatique chez les chauffeurs d’autobus.

Une cloison protège la zone du chauffeur.

D'ici quelques semaines, tous les chauffeurs du RTC seront protégés de la COVID par une cloison.

Photo : Radio-Canada / Claude Brunet

Entre-temps, le chauffeur à la retraite Ron Pugh est laissé à lui-même.

Et je me dis, peut-être qu’avec le temps je vais être capable de… Mais mon Dieu que je n’aurais pas voulu vivre ça, dit-il.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !