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Deux ans de prison avec sursis pour un ex-gardien de camp nazi

« Le message de ce procès est le suivant : il faut veiller à la dignité humaine à tout prix. Oui, et aussi si le prix à payer est sa propre sécurité », lui lance la juge.

Un homme en chaise roulante se cache le visage avec un dossier bleu en franchissant une porte.

Bruno Dey s'est assuré de cacher son visage à sa sortie du tribunal.

Photo : Getty Images / AFP/Pool/FABIAN BIMMER

Agence France-Presse

Le tribunal de Hambourg a condamné jeudi à deux ans de prison avec sursis un ancien garde de camp nazi de 93 ans pour complicité dans des milliers de meurtres perpétrés à Stutthof en Pologne entre 1944 et 1945.

L'accusé Bruno Dey est reconnu coupable de complicité dans 5232 cas de meurtres et tentatives de meurtres, a déclaré la présidente du tribunal Anne Meier-Göring à l'issue d'un procès, probablement l'un des derniers portant sur les atrocités commises sous le IIIe Reich.

C'était mal. C'était une terrible injustice. Vous n'auriez pas dû participer à Stutthof. Vous vous considérez comme un observateur. Mais vous étiez un soutien de cet enfer créé par des hommes.

Anne Meier-Göring, présidente du tribunal

Le nonagénaire, âgé de 17 à 18 ans au moment des faits, est jugé sur la base de la législation pour mineurs.

Le parquet avait réclamé trois ans de prison, et la défense, un non-lieu.

Bruno Dey, apparu tout au long des audiences en fauteuil roulant et accompagné de ses proches, a servi entre août 1944 et avril 1945 au camp de concentration de Stutthof, au nord de la Pologne.

Au total, quelque 65 000 personnes, essentiellement des Juifs des pays baltes et de Pologne, y sont mortes, abattues d'une balle dans la nuque, gazées au Zyklon B, pendues. Ou bien elles ont succombé au froid, aux épidémies et au travail forcé.

L'accusé, posté sur l'un des miradors le surplombant, avait pour devoir d'empêcher toute révolte ou fuite.

Cela fait-il de lui un coupable? Il affirmait que non. Jamais il n'a directement fait de mal à quelqu'un. Jamais il ne s'est porté volontaire pour entrer dans les SS ou servir dans un camp de la mort, mais il n'a pas eu d'autre choix que d'accepter son affectation, dit-il.

Vous n'auriez pas dû suivre un ordre criminel, et en aucun cas l'invoquer pour votre défense, a déclaré la juge.

Constater à retardement « l'ampleur de la cruauté »

Son avocat avait plaidé la clémence, estimant difficile d'attendre qu'un adolescent de 17 ans puisse se démarquer en demandant son transfert, qui aurait sans doute signifié pour lui d'être envoyé sur le front est.

Servir dans un camp de concentration n'était à l'époque pas considéré comme un crime, avait aussi avancé Stefan Waterkamp. Un argumentaire clairement rejeté par la juge.

En réalité, le message de ce procès est le suivant : il faut veiller à la dignité humaine à tout prix. Oui, et aussi si le prix à payer est sa propre sécurité.

Anne Meier-Göring, présidente du tribunal

Brièvement prisonnier de guerre après 1945, Bruno Dey n'a pas été inquiété par la suite. Il a fait sa vie à Hambourg, a été boulanger, chauffeur de camion et concierge, a fondé une famille.

Lundi, il a présenté des excuses auprès de ceux qui sont passés par cet enfer de folie, disant avoir réellement pris conscience, au fil des neuf mois de procès et de la quarantaine de témoignages, de toute l'ampleur de la cruauté des actes commis à Stutthof.

Soixante-quinze ans après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, ce procès pourrait bien être le dernier du genre en raison du grand âge des protagonistes.

La semaine dernière, le tribunal de Wuppertal avait annoncé la mise en accusation d'un autre ancien gardien de Stutthof de 95 ans, là aussi pour complicité de meurtres. La tenue d'un procès est loin d'être assurée.

Une trentaine de procédures sont encore en cours, selon des médias allemands.

Ces dernières années, l'Allemagne a jugé et condamné plusieurs anciens SS et élargi aux gardiens de camps le chef d'accusation de complicité de meurtre, illustrant la sévérité accrue, quoique jugée très tardive par les victimes, de sa justice.

Le cas le plus emblématique a été la condamnation à cinq ans de prison de l'ancien gardien du camp d'extermination de Sobibor John Demjanjuk, en 2011. Il est décédé l'année suivante.

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