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Le nombre de Manitobains abattus par la police est en hausse

Une mosaïque de personnes principalement autochtones ou noires.

Des personnes tuées par la police au Manitoba au courant des trois dernières années, de gauche à droite : Ben Richard (23 ans), Chad Williams (26 ans), Eishia Hudson (16 ans), Jason Collins (36 ans), Stewart Kevin Andrews (22 ans), Matthew Fosseneuve (34 ans) et Machuar Madut (43 ans).

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

En 2019 et 2020, le Manitoba a connu deux de ses années les plus mortelles pour ce qui est du nombre de personnes tuées par la police. La majorité d'entre elles étaient des Autochtones.

Une analyse de données effectuée par CBC/Radio-Canada montre que neuf personnes sont mortes par balles ou d'une décharge d’une arme à impulsion électrique administrée par la police manitobaine entre 2018 et 2020.

Comparativement, de 2012 à 2017, la police a tué six personnes au Manitoba.

Six des neuf personnes tuées par la police au cours des deux dernières années étaient autochtones, dont, Eishia Hudson, une adolescente de 16 ans.

Cette dernière est morte en avril 2020, au cours d’une période de 40 jours pendant laquelle des membres du Service de police de Winnipeg ont tué quatre personnes.

Sa mort a provoqué des manifestations, et son père, William Hudson, milite désormais pour la réforme des tactiques policières.

J’ai perdu ma fille. Combien d’autres parents ont perdu leurs enfants comme ça? Il faut du changement, et vite.

Une citation de :William Hudson

Eishia Hudson est morte au terme d’une course-poursuite à Winnipeg le 8 avril. La police pourchassait un véhicule volé dans lequel se trouvaient les suspects d’un vol au magasin d’alcool de Sage Creek, a alors indiqué le chef de la police de Winnipeg, Danny Smyth.

Les agents de police ont interpellé le véhicule sur le boulevard Lagimodière. Lors de l’arrestation des cinq occupants du véhicule, un policier a ouvert le feu, selon le chef de la police. Celui-ci n'a pas dit si les suspects étaient armés ou si l'agent avait été menacé, car une enquête est en cours.

L'Unité d’enquête indépendante est toujours saisie de l'affaire. Cette unité est chargée d'enquêter sur tous les incidents graves survenus durant des interventions policières au Manitoba.

Moins de 12 heures après que sa fille eut été abattue par la police, William Hudson a perdu son ami Jason Collins, aussi abattu par des policiers.

C’était deux personnes proches. C’est dur. C’est vraiment dur. C’est pour ça qu’il faut continuer le combat. Nous avons fait la manifestation au palais législatif, et tout de suite, on me demande, c’est quand, la prochaine, dit M. Hudson.

Pas de lien entre les morts de 2020

Le directeur de l’Unité d’enquête indépendante du Manitoba, Zane Tessler, dit qu'il est trop tôt pour donner une raison précise pour la hausse de personnes tuées par la police cette année.

J'aimerais pouvoir dire qu'il y avait une raison spécifique pour laquelle tout s'est produit [...] En dehors du fait que quelqu'un est mort à la suite de cette interaction, chacun des cas est différent des autres, dit-il.

On peut passer des mois sans qu'un policier décharge son arme à feu et puis, soudain [...] on a quatre agents qui déchargent leurs armes sur quatre personnes différentes pendant quatre jours différents, poursuit-il.

Surreprésentation dans le système judiciaire

L’avocate en droit pénal de Winnipeg Zilla Jones souhaite que la mobilisation internationale à la suite de la mort de George Floyd, tué par la police de Minneapolis, aux États-Unis, mène à des changements dans les tactiques d’intervention de la police.

Selon les données de CBC/Radio-Canada, les personnes autochtones représentent plus de 16 % des personnes tuées dans des affrontements avec la police depuis 2000 alors qu’elles représentent moins de 4 % de la population du Manitoba. Les personnes noires représentent environ 9 % des cas, alors qu'elles représentent moins de 3 % de la population.

Ces deux tranches de population sont surreprésentées partout dans le système judiciaire, selon Zilla Jones.

Les déterminations de peines sont disproportionnées. L'absence de libération conditionnelle est disproportionnée. Le nombre d'arrestations est disproportionné. La pauvreté est disproportionnée. Donc, tout est lié, soutient l’avocate.

Les personnes qui ont plus d’interaction avec la police, qui sont perçues d'une certaine manière par la police, sont plus susceptibles d'être tuées par la police. Ce n'est donc pas surprenant ou anormal, compte tenu des autres inégalités que nous avons dans notre société, poursuit-elle.

Un porte-parole de la police de Winnipeg a déclaré qu'il ne pouvait pas faire de commentaires, car les morts de 2020 font toujours l'objet d'une enquête.

L’Unité d’enquête indépendante du Manitoba a innocenté la police dans trois des neuf morts survenues depuis une enquête de CBC/Radio-Canada de 2018.


Méthodologie 

Il n'y a pas de base de données gouvernementale publique répertoriant le nombre de personnes tuées par la police. La base de données de CBC/Radio-Canada répertorie les interactions mortelles où la police a eu recours à la force. Elle ne comprend pas les morts en détention, les blessures découlant d'un suicide ou de tentatives de fuite, ni les morts accidentelles causées par la police tels qu’un accident de la route.

Avec les informations de Kristin Annable

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