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À Holland, le monastère des moines trappistes est à vendre

Le monastère vu de l'extérieur en hiver.

Le monastère des moines trappistes à Holland, au Manitoba, est en vente.

Photo : Radio-Canada / Samuel Rancourt

Radio-Canada a appris que le monastère Notre-Dame-des-Prairies des moines trappistes, situé à Holland, dans le sud du Manitoba, est en vente. Cette transaction marquera la fin de la présence de cette congrégation religieuse dans l’Ouest du Canada et de tout un pan de l’histoire francophone de la province.

La fondation du monastère, d’abord situé à Saint-Norbert, remonte à 1892. Sa création est le résultat des efforts de l’abbé Joseph-Noël Ritchot, curé de Saint-Norbert [avec l’appui de l'archevêque de Saint-Boniface, Mgr Alexandre-Antonin Taché] qui désire fonder dans sa paroisse un monastère de Cisterciens Réformés, aussi connus sous le nom “trappistes”, rappelle le site Internet du Centre du patrimoine.

À l’époque, les moines trappistes sont en plein essor. Arrivés en 1881 au Canada, ils comptent plus de 100 moines 10 ans plus tard. C’est alors qu’ils ont commencé à s'installer dans le reste du pays.

Six frères encore au Manitoba

Père André, qui est le Père-Abbé de l’abbaye Val Notre-Dame au Québec et, par conséquent, père immédiat de Notre-Dame-des-Prairies, confirme que le monastère de Holland cherche preneur.

La raison est simple: il ne reste presque plus de moines trappistes au Manitoba.

Il ne reste que six frères. Quatre sont en foyer et deux seront prochainement dans une maison à Notre-Dame-de-Lourdes, décrit-il.

Le plus jeune a 82 ans, le plus vieux 95. Les frères ont voté eux-mêmes la suppression de leur communauté, ajoute-t-il.

Lente agonie

Le monastère a accueilli environ 400 moines au cours de son histoire, selon les informations que le Père André a pu trouver dans les archives de la congrégation.

Malgré cela, le monastère n’a jamais pris son plein essor. Ça a bien marché au début, mais dans les années 40, après la guerre, on s’est rendu compte que [l’anglais prenait de plus en plus de place même au sein du diocèse de Saint-Boniface].

Des moines prient dans un monastère.

En 2020, il ne reste que six moines trappistes au Manitoba.

Photo : Radio-Canada / Samuel Rancourt

Le monastère est resté, malgré tout, francophone jusque dans les années 1990, même après avoir déménagé de Saint-Norbert à Holland en 1978.

Par la suite, la communauté est devenue bilingue, mais il a été difficile pour certains nouveaux moines unilingues de s’adapter. Aucun n’a persévéré, lâche le père immédiat de Notre-Dame-des-Prairies.

La congrégation a pourtant essayé de maintenir le nombre de moines au Manitoba. Nous, à Oka, on a tenté à deux reprises d’envoyer un fort contingent d’une douzaine de frères pour essayer de relancer la vie monastique. Un monastère aux États-Unis a lui aussi prêté main forte en envoyant un groupe de neuf frères. Tout cela n’aura pas permis à la communauté de prendre un essor.

Peut-être que cela a été une erreur et qu’à partir des années 1990, il aurait fallu basculer entièrement du côté anglophone, analyse, avec recul, le Père André.

Les vocations qui demandaient à entrer au monastère étaient surtout des anglophones de l’Ouest canadien.

Père André, père immédiat de Notre-Dame-des-Prairies

Des coptes orthodoxes intéressés

Environ 324 hectares de terres agricoles appartenant au monastère ont déjà été vendus à des agriculteurs qui les louaient depuis longtemps. Nous avons conservé environ 32 hectares, précise le Père André.

Les bâtiments, eux, ne peuvent évidemment pas être déplacés. Évalués entre 1,5 et 6 millions de dollars, ils pourraient être rachetés par la congrégation copte orthodoxe Saint-Mark de Winnipeg, avec laquelle les moines trappistes sont en négociation.

Des cartes postales religieuses.

Les moines du monastère de Holland avaient un petit magasin dans lequel ils vendaient, entre autres, des objets liturgiques.

Photo : Radio-Canada / Samuel Rancourt

Ils comptent plusieurs moines en Égypte et ils sont prêts à en faire venir. Ils aimeraient faire un centre de spiritualité à l’emplacement du monastère en collaboration avec l’archidiocèse de Saint-Boniface, explique le Père André, qui espère que la transaction sera finalisée cet automne.

La fin des trappistes dans l’Ouest canadien

Cette vente marque aussi la fin des moines trappistes dans l’Ouest du pays.

Seules des traces de leur passage seront encore visibles, à commencer par le cimetière du monastère, qui compte 77 tombes, qui va être rapatrié dans le cimetière de la paroisse Saint-Norbert.

On ne laisse jamais un cimetière derrière nous.

Père André, père immédiat de Notre-Dame-des-Prairies

C’est un processus compliqué et coûteux, mais je trouve que c’est important. Il y aura, au moins à Saint-Norbert, encore la présence des défunts, dit, calmement, le Père André.

Les moines trappistes laisseront cependant aussi un fonds d’archives très important à Winnipeg. Toutes les archives du monastère, je les ai transmises au Centre du patrimoine à Saint-Boniface, explique-t-il.

Un moine transporte une meule de fromage.

Les moines trappistes de Holland étaient connus pour leur célèbre fromage.

Photo : Radio-Canada / Samuel Rancourt

On va contribuer, y compris financièrement, au développement de ce fond-là parce que c’est des archives qui ont un intérêt pour tout le monde et on souhaiterait aussi avoir des copies numérisées, ajoute-t-il.

Enfin, une grande statue d’environ trois mètres de la Vierge Marie tenant l’Enfant Jésus dans ses bras, qui se trouve toujours dans le monastère, sera offerte à l’archidiocèse de Saint-Boniface et installée dans le parc qui borde la résidence de l’archevêque.

Elle sera, avec le cimetière, les ruines de l’ancien monastère à Saint-Norbert et le monastère de Holland, la dernière trace visible dans l’espace public du passage des moines trappistes qui auront contribué, pendant 128 ans, à la francophonie manitobaine.

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