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Trump déploie des agents fédéraux à Chicago, malgré l'opposition de la mairesse

Donald Trump parlant devant un auditoire, avec un drapeau américain derrière lui et des photographies d'enfants qui ont été victimes de crimes.

Donald Trump a annoncé l'élargissement de l'Opération Legend en compagnie de membres des forces de l'ordre et de familles de victimes de crimes.

Photo : Associated Press / Evan Vucci

Martelant le message de l'ordre public au coeur de sa campagne de réélection, le président des États-Unis, Donald Trump, a annoncé mercredi que son administration dépêcherait des agents fédéraux à Chicago et dans d'autres villes – toutes démocrates – pour contrer la criminalité, malgré l'opposition d'élus locaux et de gouverneurs.

Après avoir brandi la menace en début de semaine, Donald Trump est passé des paroles aux actes et a intensifié la présence de troupes fédérales.

Au cours d'un événement à la Maison-Blanche avec des proches de victimes de crimes et des membres des forces de l'ordre, il a indiqué que le déploiement initié au début du mois à Kansas City, au Missouri – et critiqué –, ciblerait cette fois Chicago, en Illinois, et Albuquerque, au Nouveau-Mexique. Les agents doivent officiellement aider les services locaux de police à combattre la criminalité.

Chicago verra arriver un nombre comparable d'agents fédéraux à celui déjà envoyé à Kansas City, soit environ 200, et une trentaine d'autres seront dépêchés à Albuquerque, a précisé le procureur général, Bill Barr.

Après avoir aussi évoqué, plus tôt cette semaine, un déploiement semblable à New York, Philadelphie, Détroit, Baltimore et Oakland, le président a signalé que ce n'était que le début.

Nous venons tout juste de commencer ce processus et, franchement, nous n'avons pas d'autre choix que de nous impliquer.

Donald Trump

Insistant sur le nombre croissant de personnes tuées dans certaines grandes villes américaines, le président a affirmé que ce bain de sang devait cesser.

À moins de quatre mois de l'élection présidentielle, le président, qui fait campagne sur le thème de la loi et de l'ordre, a accusé les élus de la gauche extrémiste radicale de ne pas agir pour combattre la violence.

Ces dernières semaines, un mouvement radical a été lancé pour cesser de financer nos services de police, les démanteler et les dissoudre. Des politiciens extrêmes se sont joints à cette croisade contre la police et ont implacablement diffamé nos héros des forces de l'ordre.

À tout point de vue, l'effort pour fermer les services de police dans leurs propres communautés a conduit à une explosion choquante de fusillades, de meurtres, d'assassinats et de crimes violents et odieux, a-t-il affirmé.

Au cours d'un point de presse consacré au coronavirus en après-midi, il a continué sur sa lancée, accusant pendant la période de questions son prédécesseur, Barack Obama, de n'avoir rien fait pour régler le problème de violence à Chicago, où la situation, a-t-il soutenu, est hors de contrôle.

Lundi, il avait dit que le pays tout entier irait en enfer si le candidat démocrate pressenti à la présidence, Joe Biden, était élu en novembre.

Opération Legend

Étendus par terre, des manifestants bloquent une intersection pour protester contre l'opération Legend.

Étendus par terre, des manifestants bloquent une intersection pour protester contre l'opération Legend.

Photo : AP / Charlie Riedel

Le déploiement annoncé s'inscrit dans le cadre de l'opération Legend, lancée il y a deux semaines par le département de la Justice à Kansas City, au Missouri, pour combattre la montée soudaine de la criminalité violente. Critiquée par le maire et des citoyens, elle tire son nom d'un garçon de quatre ans prénommé Legend, tué par balles pendant son sommeil.

Les forces envoyées sur le terrain proviennent du FBI, du département de la Sécurité intérieure, du Service des Marshals des États-Unis, de la brigade des stupéfiants, ainsi que du Bureau de contrôle de l'alcool, du tabac, des armes à feu et des explosifs.

Bill Barr a erronément affirmé que l'opération enclenchée à Kansas City avait permis d'arrêter 200 personnes depuis deux semaines, mais un responsable de son département a ensuite indiqué au Kansas City Star qu'il s'agissait en fait du nombre de personnes arrêtées dans des interventions conjointes du fédéral et de l'État depuis décembre dernier.

Portland se tourne vers les tribunaux

Six agents habillés en camouflage marchent dans la rue.

Des agents fédéraux patrouillent dans les rues de Portland, en Oregon, le 18 juillet 2020, lors d'une manifestation antiracisme.

Photo : Reuters / NATHAN HOWARD

L'annonce d'un déploiement de troupes fédérales à Chicago et dans d'autres villes fait écho aux événements, très controversés, qui se déroulent depuis plusieurs jours à Portland, en Oregon.

Le procureur général Barr a cependant pris soin de distinguer l'Opération Legend de l'intervention fédérale à Portland, où, officiellement, des agents fédéraux ont été envoyés pour défendre un tribunal fédéral et où les manifestations antiracistes ayant suivi la mort de l’Afro-Américain George Floyd à Minneapolis, au Minnesota, ont par moments dégénéré.

Certains manifestants continuent d’affronter les forces de l'ordre presque chaque nuit, déclenchant des feux d'artifice et allumant des incendies.

Plusieurs responsables de la ville de Portland ou de l'Oregon ont cependant affirmé que le mouvement avait commencé à s'apaiser avant que les agents fédéraux ne viennent jeter de l'huile sur le feu.

Un feu a été allumé et des clôtures arrachées.

Les manifestants à Portland jeudi soir.

Photo : Associated Press / Beth Nakamura/The Oregonian

Mercredi, les avocats du bureau du procureur général de l'Oregon ont plaidé devant les tribunaux en faveur d'une ordonnance de restriction contre les agents fédéraux.

D’après les médias locaux, des agents fédéraux en tenue de camouflage, non identifiés et circulant dans des véhicules banalisés, arrêtent des manifestants sans leur fournir de motifs depuis environ une semaine.

Plusieurs vidéos filmées par des reporters ou des citoyens montrent des agents fédéraux réprimant les manifestations de façon violente.

Invoquant une crise constitutionnelle, une conclusion partagée par des experts juridiques, l'Association de défense des libertés civiles (ACLU) traîne elle aussi l'administration Trump en cour.

À Philadelphie, le procureur de district a comparé ce conflit à la lutte contre le fascisme pendant la Seconde Guerre mondiale, menaçant de poursuivre les agents fédéraux envoyés dans sa ville s'ils outrepassaient leur autorité.

Toute personne, y compris au sein des forces de l'ordre fédérales, qui agresse et kidnappe illégalement des personnes sera poursuivie au pénal par mon bureau, a-t-il prévenu.

Dans un geste d'apaisement des tensions, plusieurs femmes ont formé, ce week-end, un mur de mères, protégeant les manifestants antiracistes des forces de sécurité.

Des maires sur le pied de guerre

Une dizaine de maires ont joint leur signature à une lettre envoyée plus tôt cette semaine par une poignée de leurs homologues au procureur général Barr et au secrétaire à la Sécurité intérieure par intérim, Chad Wolf, dans laquelle ils réclament le retrait des agents que le fédéral a envoyés ou menace de dépêcher dans les villes pour réprimer des manifestations contre le racisme et la brutalité policière.

Ce sont des tactiques auxquelles on peut s'attendre dans des régimes autoritaires, pas dans une démocratie, dénoncent ainsi les maires de seize maires de villes américaines, de New York à Los Angeles en passant par Chicago, Atlanta et Portland.

Plus tôt cette semaine, la mairesse de Chicago, Lori Lightfoot, a aussi écrit au président Trump pour condamner sa rhétorique et l'a accusé de vouloir marquer des points politiques. La lutte contre la violence passe par un plus grand contrôle des armes à feu et par un investissement dans la communauté, et non par plus de conflits et de divisions, a argué la mairesse de la troisième ville en importance au pays.

En aucun cas, je ne permettrai que les troupes de Donald Trump viennent à Chicago et terrorisent nos habitants.

Lori Lightfoot, mairesse de Chicago

Le mois dernier, la mairesse de Washington, Muriel Bowser, a elle aussi condamné la mobilisation d'agents fédéraux sans son consentement pour disperser des manifestants pacifiques à coups de boucliers, de gaz lacrymogènes et de balles de caoutchouc, et permettre au président de se faire photographier devant une église, une bible à la main.

Avant sa séance photo, le président Trump s'était présenté au cours d'un discours en président de la loi et de l'ordre et s'était alors même dit prêt à envoyer l'armée.

Avec les informations de NBC News, Politico, et Washington Post

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