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Les préposés aux bénéficiaires sont à bout dans les foyers de l'Ontario, selon un sondage

Des personnes âgées dans un centre de soins de longue durée.

Des personnes âgées dans un centre de soins de longue durée.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

La coalition Santé Ontario tire la sonnette d'alarme et demande au gouvernement Ford d'investir massivement dans les conditions de travail des préposés aux bénéficiaires pour améliorer la qualité de vie des résidents dans les centres de soins de longue durée. Elle avance les résultats dévastateurs d'un sondage qu'elle a réalisé du 10 au 17 juillet auprès de 150 membres du personnel de 75 résidences de la province.

Selon le sondage, la très grande majorité des répondants disent qu'ils doivent composer avec un manque chronique d'effectifs dans leur travail.

La coalition soutient que les préposés aux bénéficiaires sont en fait si débordés qu'ils n'ont pas le temps de prendre une pause ou leur lunch. On leur interdit, selon elle, de prendre un congé. Ceux qui sont en congé de maladie ne sont par ailleurs pas remplacés.

Beaucoup d'entre eux souffrent de stress et d'anxiété et appréhendent l'avenir dans l'éventualité d'une seconde vague, si le gouvernement ne fait rien pour embaucher, former et retenir de nouveaux employés.

La coalition cite une résidence de soins de longue durée qui a vu partir 50 membres de son personnel depuis le début de la pandémie, dans la région du Sud-Ouest.

Une préposée aux bénéficiaires aide au transfert d'un résident à l'extérieur d'un centre de soins de longue durée de Toronto.

Une préposée aux bénéficiaires aide au transfert d'un résident à l'extérieur d'un centre de soins de longue durée de Toronto.

Photo : Evan Tsuyoshi Mitsui

D'autres se sentent négligés et peu valorisés par leur employeur. La coalition assure qu'ils veulent tous bien faire et qu'ils ont de bonnes intentions, mais qu'ils n'ont plus la capacité de le faire.

La directrice générale de la coalition, Natalie Mehra, dit que la pénurie de personnel en Ontario est pire qu'elle ne l'était avant la pandémie.

Le constat est désolant et inadmissible, les préposés acceptent de faire des heures supplémentaires à contrecoeur, parce qu'il n'y a pas assez d'employés et parce que leur salaire n'est pas assez élevé pour vivre grâce à un horaire normal, dit-elle.

Mme Mehra rappelle que plus de 8000 membres du personnel et des résidents ont été infectés par la COVID-19, depuis le début de la pandémie dans les foyers de soins de longue durée en Ontario.

Plus de 1900 d'entre eux en sont morts, en grande majorité des patients.

Impact très négatif

Cette pénurie de personnel affecte grandement l'assistance aux patients selon la coalition : les petits soins comme le brossage des dents, les manucures, le rasage, les ablutions et les massages ont par exemple été sacrifiés pour des tâches plus urgentes, comme donner le bain ou à manger.

La coalition souligne toutefois que les repas sont servis rapidement et qu'il n'y a pas assez de temps pour bien nourrir les résidents, en particulier ceux qui sont atteints de démence.

Le déjeuner est en outre servi trop tard, soit 10 h du matin.

Une dame âgée marche avec l'aide d'un déambulateur.

La coalition affirme que la qualité de vie des résidents dans les foyers est grandement affectée par la pénurie de personnel.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Même les tâches ménagères dans les chambres sont négligées, admet-elle. Les résidents n'ont en plus pas accès à des activités, faute de personnel ou d'heures qui y sont consacrées.

La préposée aux bénéficiaires, Shelley Smith, qui travaille dans un foyer du Sud-Ouest de l'Ontario, affirme que le bonheur des employés au travail est un gage de sérénité pour les bénéficiaires. Même avec les meilleures intentions du monde, il est malheureusement difficile d'aider soigneusement chaque patient faute de temps pour le faire, explique-t-elle.

La coalition soutient que les résidents sont encore plus esseulés et anxieux qu'auparavant, puisque les préposés passent encore moins de temps auprès d'eux qu'avant la pandémie.

Des chiffres alarmants

  • 95 % des personnes interrogées disent que leur établissement affiche un manque chronique d'effectifs
  • 66 % d'entre elles affirment qu'elles ne peuvent effectuer toutes leurs tâches en toute sécurité
  • 63 % d'entre elles précisent que leurs conditions de travail se sont détériorées depuis le début de la pandémie
  • 53 % d'entre elles ajoutent que la pénurie de personnel a des conséquences négatives au quotidien dans leur travail

La coalition se dit très inquiète pour l'automne face à l'éventualité d'une seconde vague d'infections si le gouvernement ou le privé n'allègent pas la charge de travail du personnel dans les centres de soins de longue durée, en embauchant plus de préposés, par exemple.

Joadel Concepcion, qui travaille comme préposée dans un établissement de la région de York, est au repos après avoir été infectée par la COVID-19 au printemps. Le surmenage au travail nous expose à des risques supplémentaires et l'annonce d'une seconde vague est angoissante pour mes collègues, explique-t-elle.

Un homme parle à un autre homme à la fenêtre.

Un proche rend visite à un résident d'un établissement de soins de longue durée lorsque les visites étaient encore interdites.

Photo : Radio-Canada / Jean Delisle

Mme Mehra croit qu'il est urgent d'augmenter le salaire des préposés comme l'ont fait les provinces du Québec et de la Colombie-Britannique. Elle précise qu'un préposé qui compte 30 ans d'ancienneté en Ontario gagne 22 $/heure.

Le gouvernement devrait aussi s'attarder, selon elle, à améliorer le ratio d'employés par résident par foyer, lequel est insuffisant à l'heure actuelle, et à augmenter le nombre d'heures que passe un préposé, en moyenne par jour, auprès d'un patient.

Droits de visite

La coalition ajoute que l'autorisation récente de donner aux familles des patients un droit de visite est encourageante, parce que certains de leurs membres lui ont demandé de venir prêter main-forte aux préposés.

Le gouvernement Ford autorise depuis mercredi (22 juillet) les visites dans les centres de soins de longue durée à la condition qu'elles se limitent à deux personnes.

Les visiteurs devront toutefois attester qu'ils ne sont pas porteurs du virus et que leurs résultats sont négatifs depuis deux semaines et la résidence qu'ils comptent visiter ne doit avoir aucun foyer d'infection.

La ministre ontarienne des Soins de longue durée, Merrilee Fullerton, lors du point de presse quotidien de la province.

La ministre ontarienne des Soins de longue durée, Merrilee Fullerton, en compagnie du premier ministre Doug Ford

Photo : The Canadian Press / Nathan Denette

La coalition ajoute néanmoins que les membres des familles devront recevoir un équipement de protection personnel pour voir leurs proches et qu'ils ne pourront être laissés sans surveillance.

Or, il y a un manque de personnel et, sans personnel, il sera difficile, selon elle, de montrer aux visiteurs comment suivre le protocole sanitaire et de les accompagner dans leurs allées et venues.

La coalition se défend par ailleurs d'avoir utilisé une méthodologie faussée avec un petit échantillon.

Elle assure que le portrait qu'elle dresse de la situation dans ces résidences est fidèle à la réalité et que la pénurie de personnel est généralisée en Ontario que ce soit dans les maisons privées ou publiques.

Mme Mehra se dit en outre convaincue que la situation est pire dans le secteur privé, parce que les salaires y sont encore plus bas et les conditions de travail plus difficiles, puisque ces résidences ont notamment pour mandat de faire des profits.

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