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Des citoyens du Nord critiquent un rapport négatif sur le retour des trains de passagers

Un train du transporteur Ontario Northland.

Selon le rapport, il est généralement plus avantageux pour le gouvernement de subventionner le transport par autocar plutôt que le train.

Photo : Radio-Canada / Hugo Duchaine

L'Institut des politiques du Nord (IPN) publiait récemment un rapport qui concluait que les arguments économiques en faveur du retour du train de passagers dans le Nord-Est de l’Ontario sont plutôt faibles. Un rapport qui soulève aujourd'hui des critiques de la part des militants prônant le retour du Northlander.

D’un point de vue économique, et dans le contexte de la répartition des ressources, le transport ferroviaire voyageur ne semble pas avoir de sens pour le Nord de l’Ontario , peut-on lire dans le rapport.

Celui-ci aborde aussi d’autres avantages du transport ferroviaire, dont la congestion routière, les considérations environnementales et la construction de la nation.

Cependant, les autres arguments analysés sont valables et une étude plus approfondie est encouragée afin d’en préciser les avantages et les inconvénients, nuance l'auteur, Al Philipps.

Éric Boutilier, un citoyen du Nord-Est ontarien qui milite pour le retour du train de passagers dans la région, se dit déçu de voir l’IPN publier un tel rapport. C’est un organisme qui est censé développer des rapports pour l’épanouissement de la région.

Les gens de la région ont besoin de façons de voyager entre leur communauté et les grandes villes où se trouvent les services.

Une citation de :Éric Boutilier, résident de North Bay

Je suis un peu perplexe de voir un organisme comme l’Institut des politiques du Nord qui ne voudrait pas voir des investissements dans un train de passagers , ajoute M. Boutilier.

L'IPN défend le rapport

Le défi avec les gens qui critiquent est de se pencher sur leur argumentation. Dans bien des cas, ils ne critiquent pas le contenu du rapport, affirme Charles Cirtwill, président de l’IPN.

Ils argumentent à propos de ce que le rapport ne dit pas, parce que, bien sûr, ils espéraient que le document serait une approbation enthousiaste et sans réserve du transport ferroviaire, là où ils estiment que celui-ci devrait exister.

Une citation de :Charles Cirtwill, président de l'Institut des politiques du Nord

Ce n’est pas le travail de l’IPN , ajoute le président de l’organisme non partisan. Notre travail est de regarder les données disponibles et de donner un avis sur ce qui a du sens. Si on veut parler de l’expérience des passagers ou du potentiel de développement économique du train, c’est une discussion totalement différente.

L’hypothèse de départ du rapport est que les ressources financières sont limitées , précise M. Cirtwill,

Nous savions d’entrée de jeu que tous les moyens de transport ont besoin d’être subventionnés, surtout dans un marché comme le nôtre, avec de petites communautés éparpillées. Il n’y a pas de possibilité pour un transporteur d’être rentable [sans l’appui du gouvernement].

La question que nous avons posée à l’auteur, Al Philipps, était "En se basant sur cette limite des ressources, quelles sont les conditions où il serait judicieux de subventionner le transport par train plutôt que d’autres moyens de transport"?, ajoute M. Cirtwill.

Ce que nous dit le rapport, c’est que dans la majorité des cas, il est beaucoup plus efficient pour le gouvernement de subventionner le transport par autocar entre de petites communautés que d’utiliser le train.

Une citation de :Charles Cirtwill, président de l'Institut des politiques du Nord

L’auteur écrit qu’il y a trois exceptions à cette règle, dont la présence de communautés autochtones qui ne sont pas reliées au réseau routier, précise M. Cirtwill.

Un train d'Ontario Northland.

Le train Polar Bear Express d'Ontario Northland relie Cochrane et Moosonee, qui n'est pas accessible par la route.

Photo : Rebecca McGlynn

Il souligne aussi qu'il est avantageux de relier les régions à l’ouest et au centre de l’Ontario au sud de la province ou à d’autres grands centres. C’est ce que nous expérimentons entre Kenora et Winnipeg ou entre North Bay et Toronto , dit Charles Cirtwill.

Selon l’auteur, le train entre les petites communautés n’est pas une option logique, mais c’est différent pour relier une grande ville et une région rurale.

Le troisième point qu’il aborde est la différence entre les trains pour le tourisme et ceux pour les passagers réguliers.

Al Philips écrit que s’il y a vraiment un intérêt pour le transport ferroviaire dans le Nord, les efforts devraient plutôt se concentrer sur les services pour le tourisme, sur de courts trajets.

Un service « nécessaire »

Éric Boutilier critique particulièrement la partie du rapport qui indique que le Northlander, qui reliait Toronto et Cochrane, a été supprimé en 2012 parce que l’utilisation est insuffisante.

Ce n’était pas le cas, soutient-il. Un rapport du consultant pour le gouvernement, IBI Group, indiquait en 2009 qu’une fréquentation annuelle de 35 000 passagers par année, c’était acceptable pour prouver que le service était utilisé par le public.

Avec un service bien fait, il y aurait une demande suffisante pour exploiter un service de ce genre , affirme-t-il.

M. Boutilier précise qu’en 2011, lors de la dernière année complète de son fonctionnement, le Northlander a transporté près de 40 000 personnes.

Une carte du trajet projeté du train Northlander, qui arrêterait aux endroits suivants : Toronto, Washago, Gravenhurst, Bracebridge, Huntsvill, South River, North Bay, Temagami, Cobalt, New Liskeard, Englehart, Swastika, Matheson, Iroquois Falls, Cochrane.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le plan pour rétablir le service du Northlander envisage un trajet entre Cochrane et Toronto

Photo : Radio-Canada / Camile Gauthier

C’est vraiment décevant de voir qu’on ne prend pas au sérieux les enjeux de transports de personnes dans une région où les gens sont déjà assez coupés du reste de la province.

Le député néo-démocrate de Timmins, Gilles Bisson, craint pour sa part que le gouvernement de Doug Ford utilise le rapport de l’IPN pour changer leur fusil d’épaule et ne pas respecter leur promesse de ramener le service ferroviaire pour les passagers dans le Nord-Est.

Je vois ça que de la poudre aux yeux, les arguments sont les mêmes que ceux du gouvernement libéral quand ils ont annulé le système de trains de passagers dans la région.

Une citation de :Gilles Bisson, député provincial de Timmins

Tous les services de trains sont subventionnés, la question est de savoir si on est prêt à le faire dans le Nord de l’Ontario, affirme le député.

Un homme avec un veston et une cravate

Le député néo-démocrate de Timmins, Gilles Bisson

Photo : Radio-Canada

Moi je dis oui. Dans le temps, Vic Fedeli et les conservateurs disaient oui, et là ils se cachent derrière les mêmes arguments que les libéraux.

Pour M. Bisson, l’enjeu n’est pas de se demander si le service peut être rentable, mais plutôt de réfléchir à la création d’un service adapté aux besoins des gens du Nord, en comprenant bien que des subventions seront nécessaires dans tous les cas.

Éric Boutilier n’est d’ailleurs pas convaincu que l’autocar est une bonne solution dans certains cas, même si elle semble la plus raisonnable du point de vue économique, notamment pour des raisons de confort et d'espace disponible.

Les gens savent ce que c’est de voyager [en train] avec assez de place pour leurs jambes ou pour transporter un fauteuil roulant.

Une citation de :Éric Boutilier

Il ajoute aussi que la distanciation physique, de mise à cause de la pandémie, est plus facile dans un train que dans un autocar.

Analyse des faits

Le président de l’IPN raconte que dans le cadre de son travail, il passe beaucoup de temps à critiquer les politiques gouvernementales qui ne sont pas fondées sur des données probantes.

Je me trouve dans une situation rare où je dois féliciter le gouvernement pour l’expansion des services d’autocars, dit M. Cirtwill, en rappelant l'ajout par Ontario Northland de service jusqu'à Winnipeg.

C’est un exemple d’un gouvernement qui se fie aux données disponibles, conclut-il.

Avec les informations de Bienvenu Senga

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