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Pistolet Taser : la famille d’une victime rompt le silence

Stephen Boakye et William Owusu assis sur un banc de parc.

Les oncles de Clive Mensah, Stephen Boakye, à gauche, et William Owusu, à droite, étaient les seuls membres de sa famille au Canada.

Photo : Jonathan Castell/CBC

Radio-Canada

Clive Mensah est mort en novembre dernier après avoir subi une décharge de pistolet Taser lors d’une intervention policière à Mississauga, en banlieue de Toronto. L’histoire du jeune homme noir de 30 ans est passée inaperçue, mais sa famille compte aujourd’hui faire entendre sa cause.

Ce qui s'est passé aux États-Unis, George Floyd… C’est la même chose. C'est comme si la mémoire de Clive revenait, se souvient Stephen Boakye qui revit le cauchemar des derniers instants de son neveu.

Depuis sa mort, sa famille suit avec horreur les histoires de personnes noires, autochtones et de couleur tuées lors d’affrontements avec la police au Canada et aux États-Unis.

Ces images ont ravivé de douloureux souvenirs incitant la famille de Clive Mensah à rompre le silence.

Des antécédents de maladie mentale

Né à Scarborough, Clive Mensah a passé une grande partie de son enfance au Ghana. À 18 ans, il est rentré au Canada avec sa mère.

Peu de temps après, elle est retournée dans ce pays d'Afrique de l'Ouest. Clive Mensah a fini par vivre seul, mais au dire de tous, il se portait bien.

Clive Mensah pose debout avec un chapeau sur la tête.

Clive Mensah était décrit par sa famille comme une personne douce qui aimait le basketball et la musique.

Photo : Avec l'autorisation du New Haven Funeral Centre

En 2015, son père est mort au Ghana. L'année suivante, sa mère a également perdu la vie.

Cela a eu un impact sur lui, explique M. Owusu. Selon sa famille, c’est à cette époque que sa vie a commencé à basculer.

En septembre 2015, il a été accusé d'un vol et a plaidé coupable.

Un rapport médical datant de la même année indique que l'état mental de Clive Mensah a commencé à se détériorer en 2014. Il souffrait d'un trouble psychotique non spécifié, possiblement de schizophrénie.

Nous ne savions pas qu'il était malade mentalement jusqu'à ce qu'il soit emmené à l'hôpital pour un diagnostic, souligne M. Owusu. Lorsqu'il prenait ses médicaments, il se portait merveilleusement bien.

En quête de réponses

Plus de huit mois après la mort de Clive Mensah, ses oncles cherchent désespérément à remonter le fil des événements.

Ils affirment avoir reçu très peu de nouvelles des enquêteurs et ne comprennent pas pourquoi personne n’a été tenu responsable de l’utilisation d’une décharge mortelle contre leur neveu, un jeune homme noir désarmé ayant des antécédents de maladie mentale.

J'espère que nous obtiendrons justice pour ce qui est arrivé à mon neveu.

Une citation de :William Owusu, oncle de Clive Mensah

La police régionale de Peel a été appelée vers 3 h 15 du matin à la suite du signalement d’un homme suspect causant des perturbations.

Un périmètre de sécurité a été établi autour de la résidence où se trouvent trois véhicules de police.

Selon le rapport de l’hôpital, « les véhicules de police ont bloqué la route jusqu'à la scène » causant un « retard » dans l’assistance prodiguée par les ambulanciers à Clive Mensah.

Photo : Radio-Canada / Elvis Nouemsi

La famille de Clive Mensah croit qu'il s’entraînait à la course le soir de sa mort, en chantant comme il aimait le faire.

L’Unité des enquêtes spéciales (UES) de l’Ontario a déclaré que les policiers avaient trouvé un homme dans un jardin et qu’une altercation s'en était suivie.

Plusieurs options de recours à la force ont été utilisées, y compris le déploiement d'un pistolet à décharge électrique, a précisé la porte-parole de l'UES, Monica Hudon.

Il n’est toujours pas clair si Clive Mensah souffrait d'un épisode de détresse mentale.

Il a été emmené à l'hôpital par des ambulanciers, où sa mort a été constatée peu après 4 h du matin.

Les dossiers médicaux indiquent qu'il a reçu environ six décharges de pistolet Taser et a été retrouvé par des ambulanciers allongé sur le sol, menotté.

Depuis cette nuit-là, un seul des trois policiers impliqués dans la mort de Clive Mensah a rencontré les enquêteurs, a déclaré l’UES à CBC. Les deux autres ont jusqu'à présent refusé.

Une croisade contre le racisme dans la police

M. Owusu croit que le racisme a directement contribué à la mort de son neveu.

Il a depuis joint sa voix à un nombre grandissant de personnes demandant des réponses à ce qu’elles considèrent être un modèle inquiétant de morts aux mains de la police, impliquant des personnes de couleur.

La police régionale de Peel est actuellement questionnée sur le rôle du racisme dans la mort de D'Andre Campbell et d'Ejaz Choudry, deux hommes qui souffraient de troubles mentaux et qui sont morts lors d'affrontements avec la police cette année.

Si ça avait été un jeune homme blanc qui chantait en courant dans la rue, l'auraient-ils tué ?

Une citation de :William Owusu, oncle de Clive Mensah

Interrogée sur la possibilité que le racisme ait joué un rôle dans la mort de Clive Mensah, la porte-parole de la police de Peel, Heather Cannon, a déclaré que l'enquête est toujours en cours et qu’elle fera l'objet d'un examen administratif, une fois terminée.

Si aucune accusation n'est portée contre l'un des agents en cause, l'avocate torontoise Emily Lam, qui représente la famille de la victime, a l'intention de demander au coroner de considérer le racisme systémique comme un facteur dans la mort de Clive Mensah, une démarche qu'elle estime très rare.

Je pense qu'il est important que le public comprenne les lacunes du système et les facteurs qui peuvent contribuer à la mort d'autres citoyens... afin, espérons-le, empêcher que ces tragédies ne se reproduisent, fait valoir Me Lam.

Un participant d'une manifestation antiracisme tient un panneau sur lequel est écrit : « Qui doit-on appeler lorsque c'est la police qui tue? ».

Plusieurs manifestations ont eu lieu cette année dans la province afin de dénoncer le racisme systémique au sein de la police.

Photo : CBC/Evan Mitsui

Un appel aux coroners

Dans une déclaration envoyée à CBC, le Bureau du coroner en chef de l'Ontario affirme qu'un coroner ne peut déterminer la cause et la manière du décès que d'un point de vue médical.

Si, toutefois, par le biais d'entretiens, le coroner estime que le racisme a joué un rôle dans un décès, cette information est communiquée à la police.

Le racisme a cependant déjà été inclus dans certains rapports d’enquête de coroners au moment de produire des recommandations non contraignantes destinées à prévenir d'autres décès.

L'avocate torontoise Asha James estime qu’une enquête visant à sonder les préjugés dans les forces de l’ordre serait particulièrement utile et que le contexte actuel est propice aux changements.

Le racisme systémique dans le travail de la police dans notre société, et la façon dont il affecte les perceptions et les croyances des policiers sur les personnes avec lesquelles ils interagissent, est certainement important pour comprendre certains éléments comme la capacité à désamorcer des situations, soutient Me James.

Debout devant la maison où son neveu a rendu son dernier souffle, M. Boakye se souvient du moment où il est venu chercher les affaires de Clive Mensah.

Je me sens très triste qu'il nous ait quittés, dit-il. Ils n'avaient aucun droit de lui enlever la vie.

Vous êtes là pour servir et protéger. Pas pour servir et tuer, ajoute M. Boakye.

Avec les informations de CBC

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