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L'ex-président soudanais Béchir devant les juges pour le coup d'État de 1989

Gros plan d'Omar El-Béchir.

Le président soudanais Omar El-Béchir, lors d'un discours prononcé au Parlement, à Khartoum, le 1er avril 2019.

Photo : Reuters / Mohamed Nureldin Abdallah

Agence France-Presse

L'ex-président soudanais Omar El-Béchir, chassé du pouvoir l'an passé par une révolte populaire, a comparu mardi devant une cour spéciale à Khartoum, où il doit répondre du coup d'État qui l'avait porté au pouvoir en 1989, un procès inédit dans le monde arabe.

La première audience n'a duré qu'une heure, car la salle n'a pu accueillir les 191 avocats de la défense. La cour spéciale formée de trois juges a fixé au 11 août la prochaine audience.

L'ex-autocrate âgé de 76 ans et 27 autres accusés risquent la peine de mort pour avoir renversé le gouvernement démocratiquement élu du premier ministre Sadek al-Mahdi il y a 31 ans.

Parmi eux figurent des militaires et des civils, qui étaient regroupés dans des cages, ainsi que les anciens vice-présidents Ali Osman Taha et le général Bakri Hassan Saleh.

La salle du tribunal n'est pas assez grande pour accueillir tous les avocats de la défense qui sont 191, a déclaré le président de la cour spéciale, qui a décidé d'ajourner la séance au 11 août pour permettre l'accueil de tous les avocats.

Cette cour va écouter chacun d'entre eux et nous allons donner à chacun des 28 accusés la possibilité de se défendre, a-t-il ajouté en début de séance. Sur une banderole au-dessus des juges figure une sourate du Coran : Si vous jugez les gens, faites-le avec justice.

Vue générale de la salle d'audience, qui est pleine. Les accusés sont assis dans une cage.

Les accusés ont été regroupés dans une cage grillagée dans la salle d'audience.

Photo : Getty Images / AFP/ASHRAF SHAZLY

Les juges vont mener ce procès inédit dans le monde arabe, où jamais l'auteur d'un putsch réussi n'avait été jugé dans l'histoire récente.

Le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, qui avait renversé la monarchie en 1969, a été tué en août 2011, tandis que le despote irakien Saddam Hussein et l'autocrate égyptien Hosni Moubarak ont été jugés pour d'autres motifs. Quant à l'ex-président tunisien, Zine el-Abidine Ben Ali, il s'était enfui en 2011 en Arabie saoudite.

Des mesures de sécurité exceptionnelles ont été prises pour éviter tout incident. Les familles des accusés, venues en nombre, ont crié à l'arrivée des fourgons cellulaires Allah Akbar.

Omar El-Béchir, en pantalon et chemise beige, portait un masque et des gants et s'est caché le visage devant les photographes. Il n'a fait aucune déclaration.

Décédé en 2016, l'islamiste Hassan Tourabi, qui a longtemps été le mentor de M. Béchir, est le grand absent de ce procès.

Ce procès sera un avertissement à toute personne qui essaiera de détruire le système constitutionnel et sera jugée pour ce crime. Cela sauvegardera la démocratie soudanaise. Nous espérons ainsi clore l'ère des putschs au Soudan.

Moaz Hadra, un des avocats à l'origine de la procédure contre Omar El-Béchir
Plusieurs femmes manifestent près d'un fourgon cellulaire. L'une d'elles crie.

Des proches des accusés ont manifesté devant le tribunal à l'ouverture du procès.

Photo : Reuters / MOHAMED NURELDIN ABDALLAH

30 ans de despotisme

Le 30 juin 1989 au petit matin, la radio annonçait le coup d'État au Soudan. L'armée fermait l'aéroport, procédait à l'arrestation des principaux dirigeants politiques et suspendait les institutions, notamment le Parlement.

Le colonel Béchir, devenu ensuite général, est resté au pouvoir pendant 30 ans. Son procès intervient alors que le gouvernement de transition du Soudan a lancé une série de réformes institutionnelles et économiques.

Le Soudan s'est également engagé à livrer M. Béchir à la Cour pénale internationale (CPI) pour qu'il soit jugé pour crimes de guerre et génocide dans le cadre du conflit au Darfour en 2003-2004, qui a fait 300 000 morts et des millions de déplacés.

En décembre 2019, M. Béchir avait été condamné une première fois à deux ans de détention dans un centre correctionnel pour personnes âgées, dans une affaire de fonds perçus auprès du prince héritier d'Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane.

Il s'agit d'un procès politique qui se cache derrière la loi. Ce procès va se dérouler dans un environnement hostile de la part du système judiciaire envers les accusés et nous pourrons le prouver.

Me Hachem Al-Gali, avocat des accusés

Le pays a connu trois coups d'État depuis son indépendance en 1956, celui du général Ibrahim Abboud (1959-1964) puis celui de mai 1969 mené par le colonel Gaafar Mohammad Nimeiri, au pouvoir jusqu'en 1985, et enfin le coup d'État d'Omar El-Béchir.

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