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Un règlement controversé sur le flânage est rejeté par le conseil municipal de Kenora

Le règlement est considéré comme raciste par certains membres de la communauté.

Kenora.

Certains membres de la communauté considèrent ce règlement comme raciste.

Photo : Radio-Canada / Pierre-Mathieu Tremblay

Le conseil municipal de Kenora, une petite ville du Nord-Ouest de l’Ontario, s'est prononcé contre un règlement controversé permettant aux policiers de donner des amendes de 100 $ aux personnes qui flânent au centre-ville.

J'espère que nous ne rejetons pas ce règlement simplement pour glisser le problème sous la table, a lancé le conseiller municipal Andrew Poirier en conseil municipal, mardi.

D'abord très favorable à la proposition de règlement, il a changé son fusil d'épaule lors du vote qui s'est soldé par une majorité de six conseillers - dont le maire - contre un. Il invite maintenant ses concitoyens à mettre la main à la pâte et à trouver des solutions créatives à ce problème systémique.

Le débat, lancé lors de la rencontre du conseil municipal du 14 juillet, avait d'abord divisé le conseil municipal. L'affaire a depuis largement dépassé les frontières de la municipalité.

Extrait de la proposition de règlement sur le flânage

Nous ne pouvons pas attendre que le gouvernement nous fournisse des programmes d'aide. Nous n'avons encore rien vu de sa part et nous devons agir pour notre communauté. Nous reconnaissons que cela ne va pas résoudre ce problème complexe, mais cela aidera à répondre à certaines préoccupations que la Municipalité continue de recevoir.

Plusieurs membres de la communauté ont dénoncé la proposition de règlement du conseil municipal. C’est une mesure draconienne et raciste. C’est un règlement qui vise directement les membres des Premières Nations qui sont dans la rue, soutient Derek Fox, grand chef adjoint de la Nation Nishnawbe Aski.

L'hôtel de ville de Kenora.

Selon les plus récents décomptes de la ville, 220 de ses 15 000 habitants vivent en situation d’itinérance.

Photo : Radio-Canada / Miguel Lachance

Selon la régie des services publics du district de Kenora, 95 % des sans-abri de la ville se disent membres d’une Première Nation.

Vendredi, la Nation Nishnawbe Aski a publié, conjointement avec le grand conseil du Traité no 3, un communiqué de presse demandant au conseil municipal de rejeter la proposition de règlement sur le flânage.

Nous devons nous opposer à toute mesure mal conçue comme celle-ci et exiger une approche plus réfléchie et plus humaine à ces questions.

Une citation de :Extrait du communiqué de la Nation Nishnawbe Aski et du grand conseil du Traité no 3
Le grand chef adjoint de la Nation Nishnawbe-Aski, Derek Fox, en entrevue avec CBC News.

Le grand chef adjoint de la Nation Nishnawbe Aski, Derek Fox

Photo :  CBC

La Commission ontarienne des droits de la personne a également adressé une lettre au maire de Kenora, Daniel Reynard, exhortant le conseil municipal à rejeter ce règlement, qui aura probablement des répercussions disproportionnées sur les personnes vulnérables et les sans-abri de Kenora, dont la grande majorité [sont] des Autochtones.

On a été pris par surprise

Marlene Elder, militante communautaire à Kenora, a organisé plusieurs actions s’opposant à l’adoption du nouveau règlement municipal.

Certains disent que l’on doit faire quelque chose pour protéger les commerces. Mais où les gens visés par le règlement vont-ils aller?, demande-t-elle. Mme Elder soutient que les personnes en situation d’itinérance ont peu d’endroits où trouver refuge.

Le Kenora Fellowship Center est le seul abri ouvert à tous durant la journée. Après 16 h, les bénéficiaires doivent patienter à l’extérieur jusqu’à l’ouverture du refuge d’urgence de la communauté, qui ouvre à 21 h.

On a été pris par surprise par la nouvelle, lance sans détour Yvonne Bearbull, directrice générale du centre. Elle soutient que la Ville n’a pas communiqué avec son établissement pour l’avertir ou la consulter.

Elle explique qu’avec la pandémie, les personnes en situation d’itinérance traversent une période difficile où leurs ressources habituelles sont limitées. Et voilà qu'un nouveau défi se présente maintenant à eux.

Quelle est la prochaine chose que l’on imposera aux membres de notre communauté? Une autre barrière, un autre bloc, vient de tomber. Peut-être même un passeport pour la prison.

Une citation de :Yvonne Bearbull, directrice générale

Déplacer un problème?

Mme Bearbull estime que les personnes en situation d’itinérance sont parfois vues par la communauté comme des gens qui jettent des déchets un peu partout. Kenora est un endroit magnifique. On est au centre-ville, et on a plein de beaux paysages. Les gens qui sont sans-abri veulent également en profiter, dit-elle.

Elle estime que de donner des amendes pour flânage n’est pas une réponse adéquate à un problème systémique.

Le professeur au Département de droit et justice à l’Université Laurentienne Henri Pallard est du même avis. Il juge que ce genre de mesures pénalise un comportement pour lequel la personne visée n’est pas responsable.

Les sans-abri ont déjà toute une série de difficultés. On a la COVID-19, après on a les questions de santé et de sécurité, et avec tout cela, on va maintenant les refouler du centre-ville, explique-t-il.

M. Pallard croit que la manœuvre risque de créer de nouveaux défis plutôt que de s’attaquer aux racines du problème, comme l'accès au logement et à l’emploi ainsi que la stigmatisation des membres des Premières Nations et des personnes en situation d'itinérance.

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