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Quatre Canadiens en fin de vie demandent le droit d’essayer la psilocybine

Des recherches suggèrent que la psilocybine peut avoir un succès durable chez les patients atteints du cancer.

Vue sur un plant de champignons magiques

La culture, la consommation et la possession de champignons magiques sont illégales au Canada.

Photo : The Associated Press / PETER DEJONG

Radio-Canada

Quatre Canadiens mourants attendent impatiemment une décision qui pourrait changer leur vie. Il y a environ trois mois, ils ont déposé une demande auprès du gouvernement fédéral pour avoir le droit d’essayer la psilocybine pour traiter la détresse psychologique qu’ils vivent alors qu’ils sont en fin de vie.

La psilocybine est le principe actif de certains champignons hallucinogènes. Elle s'est révélée prometteuse pour soulager une partie de l’anxiété et de la dépression de personnes atteintes d’un cancer en phase terminale, mais l’ingrédient actif fait toujours l’objet d’essais cliniques.

Deux études publiées en 2016 suggèrent que le traitement par la psilocybine peut entraîner des améliorations importantes et durables de la dépression et de l’anxiété chez les patients atteints du cancer. Des recherches sont en cours pour déterminer si l'ingrédient actif est sécuritaire et efficace.

Le psychothérapeute Bruce Tobin, fondateur du groupe de défense TheraPsil qui milite pour l'accès à la psilocybine pour les personnes en fin de vie, concède que la réalisation d'essais cliniques est nécessaire avant que la substance puisse être largement disponible.

Il croit toutefois que les patients en phase terminale méritent un accès compatissant à quelque chose qui pourrait les aider à surmonter l’angoisse lorsque les autres traitements ont échoué.

La société canadienne reconnaît maintenant que les citoyens ont le droit de mourir , mentionne-t-il en parlant de la légalisation de l’aide médicale à mourir. Comment se fait-il que nous allons leur permettre de mourir alors qu’ils affirment que leur vie est intolérable, mais que nous ne reconnaîtrons pas leur droit d’essayer quelque chose qui pourrait leur permettre de continuer leur vie de façon significative?

Apeurée et fâchée

TheraPsil a aidé les quatre patients à présenter des demandes en vertu de l’article 56 de la Loi réglementant certaines drogues et autres substances pour obtenir la psilocybine. 

La loi donne au ministre de la Santé le pouvoir d’accorder l’accès à des drogues illégales lorsque cela est nécessaire à des fins médicales ou scientifiques ou est dans l’intérêt public .

Dans une vidéo filmée par TheraPsil, Laurie Brooks décrit les sentiments qu’elle ressent depuis qu’elle a appris que son cancer est en phase terminale.

Laurie Brooks de profil.

Laurie Brooks est l’une des quatre Canadiens, dont le cancer est en phase terminale, qui ont demandé le droit d’essayer la psilocybine pour traiter leur détresse en fin de vie.

Photo : TheraPsil

J’ai tellement peur et je suis en colère et je me sens coupable et honteuse de faire vivre cela à ma famille , partage-t-elle à la caméra.

Laurie Brooks a appris les utilisations thérapeutiques potentielles de la psilocybine dans un documentaire et elle a été frappée par les images d’un patient cancéreux qui semblait si paisible après en avoir reçu.

Une porte-parole de Santé Canada a indiqué dans un courriel qu’elle n’était pas en mesure de commenter les demandes individuelles, mais que la durée de chaque examen dépend de la complexité du cas et de l'exhaustivité de la demande.

Le gouvernement du Canada a beaucoup d’empathie pour les personnes atteintes d’une maladie en phase terminale et leurs besoins en matière de soins et de traitement. Santé Canada s’est engagé à examiner chaque demande relative à la psilocybine au cas par cas  , peut-on lire dans la déclaration.

Demande antérieure rejetée

Il y a trois ans, Bruce Tobin a demandé une exemption plus générale de la loi canadienne qui lui permettrait d’utiliser la psilocybine pour traiter tout patient dont le cancer est en phase terminale et qui souffre de détresse si grave qu’elle interfère avec d’autres traitements médicaux.

Santé Canada a récemment rejeté sa demande dans une lettre dans laquelle il est affirmé qu’il n’y a pas suffisamment de preuves pour justifier une exemption et que la psilocybine était accessible par d’autres moyens, notamment par des essais cliniques.

Bruce Tobin prévoit contester cette évaluation. Il compte citer une décision rendue en 2015 par la Cour suprême du Canada qui a invalidé à l’époque les restrictions sur l’utilisation de formes non séchées de cannabis à des fins thérapeutiques.

Selon le jugement « en forçant une personne à choisir entre un traitement légal, mais adéquat et un traitement illégal, mais plus efficace, la loi [...] porte atteinte à la sécurité de la personne ».

Bruce Tobin espère toujours que le gouvernement fédéral acceptera les demandes des patients pour la psilocybine, mais si cela ne se produit pas, il prévoit déposer une contestation constitutionnelle.

Je vais être attristé de voir le ministre de la Santé de mon gouvernement refuser aux mourants quelque chose qui pourrait leur être utile , conclut-il.

Avec les informations de Bethany Lindsay

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