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Des eaux exceptionnellement chaudes dans le Saint-Laurent

Le Saint-Laurent avec, au loin, un ciel rosé avec quelques nuages.

La température des eaux de surface dans le Saint-Laurent est plus élevée qu'à la normale.

Photo : Radio-Canada / Jérôme Labbé

Depuis quelques semaines, des températures anormalement élevées ont été observées dans les eaux du Saint-Laurent, spécialement sur la Côte-Nord. Ce bouleversement semble affecter la faune locale, et c’est la prédominance des vents d’est et du nord-est qui en est à l’origine, explique un chercheur de l’Institut Maurice-Lamontagne.

Le guide de plongée Patrick Bourgeois, qui observe les fonds marins du fleuve depuis 10 ans, a fait part de ses inquiétudes dans les médias dans les derniers jours : il disait n'avoir jamais vu, sur la Côte-Nord, des eaux aussi chaudes, même en profondeur.

C’est une année qui est vraiment hors norme.

Patrick Bourgeois, guide de plongée

Celui qui passe ses étés sur la Côte depuis une dizaine d’années a plongé dans des eaux de 12, 13, 14 degrés en eau plus profonde, alors qu’à Baie-Comeau, par exemple, la moyenne normale se situerait entre -1 et 4 °C, illustre-t-il.

À 30 mètres de profondeur, l’eau demeurerait à près de 9 °C : une situation tout-à-fait anormale.

Les profondeurs du fleuve Saint-Laurent filmées par Patrick R. Bourgeois et Geneviève Bilodeau.

Les profondeurs du fleuve Saint-Laurent ont été filmées par Patrick Bourgeois et Geneviève Bilodeau dans le documentaire Québec profond. (Archives)

Photo : Catbird Productions

Le chercheur scientifique en océanographie physique à l'Institut Maurice-Lamontagne (IML) Peter Galbraith se fait toutefois rassurant : il s’agirait d’un phénomène côtier local et éphémère, causé par la forte présence des vents d’est et du nord-est dans les dernières semaines.

Il y a eu des vents très persistants pendant longtemps, des vents d’est. On pourrait penser que ça causerait un courant le long du vent, mais en fait, à cause de la rotation de la Terre, ça crée un courant perpendiculaire au vent, vers la côte.

M. Galbraith explique que les eaux de surface réchauffées sont alors soufflées vers la rive, repoussant les eaux plus froides qui datent de l’hiver d’avant et qui se trouvent habituellement dans la couche intermédiaire froide, à 30 mètres de profondeur.

[M. Bourgeois] s'est retrouvé dans des eaux qui seraient comme une grosse couche de surface accumulée.

Peter Galbraith, chercheur scientifique en océanographie physique à l'Institut Maurice-Lamontagne
Peter Galbraith.

Peter Galbraith, chercheur scientifique en océanographie physique à l'Institut Maurice-Lamontagne

Photo : Radio-Canada / Julie Tremblay

Où normalement [le plongeur] serait dans des eaux à 0 °C, les eaux de surface se sont empilées jusqu’à 30 mètres de profondeur, déplaçant les eaux qui étaient là avant. Donc ce n’est pas un phénomène qui va durer en permanence. Quand le vent va arrêter, les eaux vont retrouver leur équilibre.

La faune réagit

Sur près de quatre semaines, le guide plongeur a constaté des changements percutants à la surface.

Normalement, entre Baie-Comeau et Sept-Îles, Patrick Bourgeois est en mesure de voir son lot de petits rorquals, de marsouins communs, de guillemots et de petits pingouins, par exemple. Dans ces eaux exceptionnellement chaudes, il n’a vu que le désert.

De son côté, le chercheur à l’IML Bernard Sainte-Marie, qui arrive tout juste d'une sortie terrain dans le secteur de Sept-Îles, a observé que ce réchauffement anormal des eaux a causé de la mortalité chez des espèces moins mobiles, comme l'étoile de mer.

Elles peuvent être très vulnérables face à des conditions de réchauffement qui durent quelques jours à une semaine ou deux.

Le phytoplancton semble aussi beaucoup moins présent qu'à l'habitude cette année. Le crabe des neiges a aussi disparu du paysage, a constaté Patrick Bourgeois lors de ses plongées.

Certaines espèces semblent par ailleurs profiter de ces changements. Le plongeur remarque que le homard semble s’arroger le titre de roi de nos eaux.

Un homard, sur une roche, dans le fond de l'eau entouré d'herbes.

La chaleur de l'eau favorise les populations de homard dans le fleuve. (Archives)

Photo : Radio-Canada

On a gagné quelques degrés l’été, et c’est assez pour permettre au homard qui a toujours été présent sur la Côte-Nord et sur la côte nord de la Gaspésie, c’est assez pour lui donner la chance de boucler son cycle vital. La survie larvaire est beaucoup améliorée, explique Bernard Sainte-Marie.

Le scientifique, qui note l’évolution de la biodiversité des profondeurs depuis 32 ans, confirme donc que le homard se trouve en abondance, tout comme le pétoncle géant. Il précise par ailleurs que le crabe des neiges s'est simplement déplacé davantage en profondeur, en eau plus froide.

Les événements extrêmes, il y en a plus souvent. Les écosystèmes ont une certaine résilience à la perturbation à court terme, mais si la fréquence des perturbations augmente trop, ça peut avoir des conséquences dans les parties de l’écosystème qui sont touchées. Le crabe des neiges, d’autres espèces mobiles comme les poissons qui sont au fond, les crevettes, peuvent réagir assez rapidement à des événements ponctuels qui sont désagréables compte tenu de leurs besoins thermiques, en se déplaçant plus profondément, mais d’autres animaux ne peuvent pas le faire, ajoute-t-il.

C’est sûr que s’il y a des changements majeurs dans la disponibilité de nourriture, les animaux qui sont mobiles vont aller où la nourriture est et vont délaisser les endroits où il y en a moins, laisse entendre du reste M. Sainte-Marie, pour faire écho aux observations du plongeur Patrick Bourgeois.

Même au large, les eaux de surface se réchauffent

En observant étroitement les mesures transmises en temps réel par différents appareils dispersés dans le fleuve et le golfe du Saint-Laurent, Peter Galbraith souligne qu’avec la température chaude de l'air des dernières semaines, les eaux de surface dans l'estuaire, même au large, se sont réchauffées de deux à trois degrés de plus que la normale. Ce phénomène est considéré comme exceptionnel.

Le fleuve Saint-Laurent et les montagnes de la Gaspésie vus derrière des fleurs sauvages.

La Haute-Gaspésie depuis le secteur du phare Cap-Madeleine

Photo : Radio-Canada / Laurie Dufresne

Une bouée flottant à 20 km au large de Rimouski a même enregistré, par moments, une température atteignant 18 °C à la surface, jusqu’à une dizaine de mètres de profondeur.

Oui, les eaux sont très chaudes. Trois degrés de plus à la surface, on n’a pas vu ça depuis 2014 : c’était le dernier gros été très chaud qu’on a eu. Ce n’est pas du jamais vu, mais c’est très rare.

Peter Galbraith, chercheur scientifique en océanographie physique à l'Institut Maurice-Lamontagne

Le chercheur affirme qu’un coup de froid dans l’atmosphère suffirait pour que la situation se résorbe.

M. Galbraith indique également qu’au large, à 30 mètres de profondeur, on retrouve des températures autour de 2 ou 3 °C, des conditions à peu près normales pour cette période de l’année.

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