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Le rêve d'un avenir au Canada compromis par la COVID-19

Trois hommes sont assis dans une salle de réunion. Ils regardent une femme debout qui fait une présentation.

Après avoir été mis a pied, des travailleurs étrangers voient leur rêve d'un avenir au Canada avec leur famille compromis.

Photo : Radio-Canada

Comme des milliers d'autres, des travailleurs étrangers ont perdu leur emploi en raison de la crise économique engendrée par la pandémie. Cependant, pour eux, les conséquences d’une mise à pied vont bien au-delà des pertes financières.

Depuis 2019, l’entreprise Marmen accueille des dizaines de soudeurs et de machinistes venus de Colombie pour contrer le problème de pénurie de main-d’oeuvre dans son usine de Trois-Rivières.

Aldo Fernando Hernandez est l'un de ces travailleurs. Il est arrivé au Canada en juillet 2019. Ici, on nous promettait une stabilité professionnelle et une stabilité économique qui, en Colombie, en ce moment, n'est pas envisageable. C'est avec cette illusion-là qu'on est venus au Canada, témoigne-t-il.

Un homme les bras croisés dans un parc fait une entrevue.

Aldo Alfonso Hernandez avait un contrat de travail de deux ans, mais il a perdu son emploi après seulement un an. Il garde l'espoir d'en trouver un autre et de réussir à faire venir sa famille au Canada.

Photo : Radio-Canada

Comme lui, Christian Camilo Duran a tout quitté en février dernier pour s’établir à Trois-Rivières. J’ai décidé de venir au Canada à la recherche d’une meilleure qualité de vie. En Colombie, j’avais un emploi, mais Marmen m’offrait un meilleur salaire, un meilleur avenir pour moi et ma femme.

Mais ces rêves d’un futur prometteur sont aujourd’hui compromis, car l’entreprise a renvoyé environ 18 de ces travailleurs, dont le permis de travail est du type fermé, c’est-à-dire qu’ils peuvent uniquement travailler pour l’employeur qui les a recrutés.

Toutefois, le gouvernement fédéral a mis en place une nouvelle politique publique pour aider les nombreux travailleurs étrangers qui perdent leur emploi en raison de la COVID-19 : ils ont jusqu’à nouvel ordre le droit de trouver un nouvel emploi dans leur domaine.

Fanny Cumplido en entrevue à la télé.

L'avocate spécialiste en immigration Fanny Cumplido estime qu'il est temps de créer un registre des travailleurs étrangers qui ont perdu leur travail et des emplois qui sont disponibles.

Photo : Radio-Canada

Une mesure applaudie par l’avocate spécialiste en immigration Fanny Cumplido, mais qui demeure complexe. Il ne s’agit pas seulement d'avoir un permis de travail pour travailler avec l'entreprise A et, si l'entreprise A me congédie, je vais pouvoir aller travailler pour l'entreprise B. Non. Il faut faire une mise à jour du dossier d’immigration et informer [le ministère]. Puis, la première étape, après, c’est de trouver un nouvel emploi, valider l'offre d'emploi en ligne et, avec cette offre, demander un nouveau permis de travail, détaille-t-elle.

Bien que déçu par sa mise à pied, Juan Carlos Martinez demeure déterminé à retrouver un emploi. Je ne regrette pas d’être venu au Canada, parce que je cherchais surtout une stabilité. Mais j’ai dû refuser une offre d’emploi pour un projet à Dubaï. Oui, l’expérience me laisse un goût amer, mais c’était un projet, pas un emploi à long terme.

Juan Carlos Martinez fait une entrevue dans un parc.

Juan Carlos Martinez est arrivé au Canada en novembre 2019 pour travailler comme soudeur, après avoir remporté des concours de recrutement tenus en Colombie par l'entreprise Marmen.

Photo : Radio-Canada

Selon l’avocate Fanny Cumplido, même si le chemin peut être ardu, il sera possible pour ces travailleurs de retrouver un emploi. La plupart des [travailleurs étrangers] occupent une profession qui est en demande et pour laquelle il y a une pénurie de main-d’oeuvre. Ce n'est pas vrai qu’en raison de la pandémie, il n’y aura plus de pénurie dans certains secteurs.

Une valise pleine de rêves

Mais en plus de toutes ces démarches administratives, il y a d’autres embûches à prévoir pour ces travailleurs. Le premier défi, c'est la langue, parce que le français ce n'est pas leur langue maternelle. On a aussi un défi psychologique, parce qu'ils sont ont laissé leur famille là-bas. Ce sont des personnes qui ont pris une valise pleine de rêves et surtout une détermination de travailler en continu, raconte Yaneth Ortega, intervenante en adaptation psychologique en employabilité.

Yaneth Ortega fait une entrevue dans un parc.

C'est la première fois que Yaneth Ortega est chargée d'aider des travailleurs étrangers temporaires. Un défi important, car ils ne parlent pas la langue et ne connaissent pas le marché de l'emploi canadien, en plus de ne pas avoir de famille au pays.

Photo : Radio-Canada

Pour la majorité de ces travailleurs, c’est justement leur objectif à long terme qui les garde motivés : celui de bâtir une vie au Canada avec leur famille. Je pensais faire venir mon fils et ma copine, mais en raison de la pandémie, j’ai dû laisser ce projet de côté. C’est un peu triste, parce que je suis seul ici. Des fois, je veux passer du temps en famille, mais je ne peux pas parce qu’ils sont restés en Colombie, confie Juan Carlos Martinez.

Un sentiment que partage Christian Camilo Duran. Je suis prêt à aller travailler n’importe où au Canada. Ma femme est très enthousiaste à l’idée de venir vivre avec moi au Canada. Elle parle anglais et elle a commencé à étudier le français.

Un homme sourit en faisant une entrevue dans un parc.

Christian Camilo Duran a vendu sa maison en Colombie avant de quitter le pays. Il espère pouvoir trouver un travail rapidement pour que sa femme puisse venir le rejoindre au Canada une fois qu'il aura sa résidence permanente.

Photo : Radio-Canada

Pression financière

Vivre avec leur famille au Canada n’est pas uniquement une source de motivation. Par moments, ce but peut devenir un poids plus lourd à porter pour ces travailleurs étrangers.

Ma famille en Colombie dépend de moi, de mon emploi ici. En ce moment, c’est difficile, car j’ai aussi des obligations ici, comme le loyer ou la nourriture et, en plus, je ne connais pas le marché de l’emploi, les façons de faire, les règles d’immigration. C’est frustrant de se faire promettre des conditions stables et finalement se retrouver sans emploi! Mais bon, je ne perds pas espoir, se résigne Aldo Fernando Hernandez.

Les travailleurs qui se retrouvent aujourd’hui sans emploi ont tous songé à rentrer en Colombie. Mais, la situation est pire là-bas qu’ici. Ma famille et ma femme sont là-bas et elles me disent que les entreprises sont fermées. C’est impossible pour nous de trouver du travail là-bas et si je retourne, ma famille va écoper, laisse tomber M. Duran.

D’autant plus que les frontières colombiennes sont fermées jusqu’au 31 août. Le gouvernement autorise uniquement les vols humanitaires à atterrir sur son territoire.

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