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Une situation « catastrophique » dans un foyer de soins de Shippagan

Un personne en chaise roulante de loin et de dos.

Un.e employé.e a dévoilé sous le couvert de l'anonymat des conditions de vie déplorables pour les résidents (archives).

Photo : Associated Press / Jean-Francois Badias

Radio-Canada

Le manque de main-d’oeuvre aux Résidences Mgr Chiasson à Shippagan crée une situation catastrophique pour les résidents, qui ne reçoivent pas tous les soins auxquels ils ont droit, selon une source anonyme employée par la résidence.

Selon notre source, la crise de la COVID-19, combinée au départ à la retraite de plusieurs employés, a mis en lumière le manque criant de personnel.

Le problème est que souvent, la charge de travail déborde. Beaucoup de gens sont épuisés. Il y a en ce moment à peu près une vingtaine de personnes qui sont en arrêt de travail pour des raisons médicales, raconte notre source, en précisant que l'interdiction des visites a ajouté au fardeau.

Certains visiteurs prenaient par exemple le temps de manger avec leurs parents. Si leurs enfants viennent, c’est une grosse charge de travail d’enlevée dans la journée. Et tout cela, ce n’est plus possible avec la COVID, relate notre source.

Depuis, les visites ont repris et le moral des patients s'est par la même occasion amélioré, mais tout n’est pas réglé pour autant.

La COVID-19 en Atlantique

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Une représentation du coronavirus.

La direction des Résidences Mgr Chiasson n'a pas encore répondu à la demande d'entrevue de Radio-Canada relativement aux constats décrits.

Deux semaines pour un bain

Le manque de personnel a des conséquences directes sur les soins offerts aux patients. Certains d’entre eux doivent attendre jusqu’à deux semaines pour obtenir un bain complet, selon notre source, parce que ce type de bain n’est pas la priorité.

La tâche prioritaire pour le personnel soignant est de changer les culottes jetables des résidents, afin éviter de les laisser dans une culotte sale.

La première chose qu’on ne peut pas faire, qui demande beaucoup de temps, d’assistance et de personnel, c’est les bains. Ça arrive parfois qu’il y a des patients qui peuvent aller à deux semaines sans avoir un bain.

Une citation de Un.e employé.e anonyme des Résidences Mgr Chiasson à Shippagan

Différents bains sont offerts aux résidents. Les bains complets, dans tous les foyers du Nouveau-Brunswick, c’est un par semaine. Mais il y a aussi des bains partiels, c’est-à-dire qu’on lave le patient de la tête aux pieds avec des débarbouillettes et du savon. Et on serait supposés faire ce bain partiel-là, qui va quand même assez rapidement, à chaque jour, expose l’employé.e.

Lorsqu’on lui demande si ces bains partiels sont effectivement donnés chaque jour, notre source répond sans hésiter : Non, on n’a pas le temps de le faire.

Un équilibre précaire

L’accomplissement de toutes les tâches prévues repose sur un équilibre précaire, selon notre source. Dès qu’il y a assez d’employés, les bains partiels sont faits et tout recommence, la machine recommence. Mais s’il y a un quart où il manque des employés, tout est décalé.

Il y a une espèce de course de rattrapage qui se fait. S’il manque des personnes sur un quart de travail, ça ralentit toute la chaîne.

Une citation de Un.e employé.e anonyme des Résidences Mgr Chiasson à Shippagan

Il peut manquer jusqu’à six employés par quart de travail, ce qui se fait ressentir dans une résidence de 85 lits, où plusieurs patients sont en perte de mobilité et ne sont pas autonomes.

De plus, 95 % des patients sont incapables d'aller aux toilettes seuls, selon notre source, affirmant que c’est une grosse prise en charge.

Pour faire face à la situation, une entente a été conclue entre l’employeur et le syndicat. Cette entente permettrait à l’employeur de contraindre un employé à effectuer un second quart de travail de suite, un double, selon notre source. Les employés le font en bonne conscience parce qu’ils connaissent le sort des patients s'ils s'en vont, nous confie-t-elle.

Même les résidents remarquent que les employés sont débordés. Depuis le début de la COVID, les patients sonnent moins. Les résidents savent que le personnel fait son possible.

Une action gouvernementale réclamée pour éviter le chaos total

Le manque de personnel dans les résidences de soins à longue durée est un problème connu et reconnu. Si parfois un certain laxisme de la direction de ces établissements y contribue, ce n’est pas le cas ici, selon notre source.

L’employé.e anonyme affirme que la direction des Résidences Mgr Chiasson à Shippagan est proactive et fait des pieds et des mains pour recruter des gens.

Il n’y a personne qui met de pression à personne. Tout le monde comprend la situation.

Une citation de Un.e employé.e anonyme des Résidences Mgr Chiasson à Shippagan

Alors, que faire pour régler l’angoisse liée au départ d’un employé, que ce soit en cas de retraite ou de congé de maladie? Ça doit venir du gouvernement, affirme notre source avec assurance.

Cette dernière réclame un investissement massif du gouvernement, qui permettrait ainsi d’augmenter le salaire du personnel. Un incitatif non négligeable pour que davantage de gens soient intéressés par la profession.

Notre source insiste : Ce sont des personnes vulnérables, elles ont fait leur part… il faut qu’elles aient une fin de vie dans le respect et la dignité.

Ce printemps, le gouvernement provincial a mis sur pied des incitatifs de recrutement pour le domaine de la pêche. Selon notre source, de tels incitatifs se font toujours attendre dans les foyers de soins, alors que les conséquences d'une pénurie de personnel sont beaucoup plus graves.

S’il n’y a pas assez de main-d’oeuvre pour transformer des fruits de mer, au pire, il y a du monde qui manque d’argent. Ici, c’est la vie du monde, c’est la dignité.

En l’absence de mesures gouvernementales concrètes, les foyers de soins dépériront davantage. Dans un futur très proche, selon mon opinion, d’ici deux ans, ça va être le chaos total s’il n’y a pas des mesures de prises, prédit notre source.

Ce sont nos bâtisseurs. C'est fou qu’on ignore le problème, car on s’en va tous vers là.

Une citation de Un.e employé.e anonyme des Résidences Mgr Chiasson à Shippagan

Avec les informations de Margaud Castadère

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