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Déconfinement des festivals : le silence radio de la santé publique décrié

Des gens dansent en plein air devant une scène.

Les festivals et autres activités culturelles ont été parmi les premières activités annulées en raison de la pandémie.

Photo : Piknic Électronik Montréal/Cannelle Wiechert

Des organisateurs de festivals de partout au Québec espèrent encore offrir des activités à la population d'ici la fin de l'été et à l'automne. Mais en l'absence de lignes directrices de la santé publique, il leur est impossible de se préparer adéquatement.

Ils sont plusieurs à taper du pied, selon diverses sources consultées par Radio-Canada.

Voilà près d'un mois qu'une fiche élaborée par différents acteurs du milieu événementiel a été envoyée aux autorités sanitaires. Le document propose des balises et des critères afin de tenir des festivals tout en respectant les consignes de santé publique.

Mais depuis sa transmission, c'est le silence radio, déplore-t-on.

Ce printemps, alors que le Québec était sur pause, le gouvernement avait offert beaucoup plus de clarté : pas de grands événements ou de festivals, petits ou grands, avant le 31 août. À six semaines de cette échéance, l'étau se resserre et la marge de manœuvre diminue pour ceux qui désirent maintenir des festivités en septembre ou en octobre.

Il faut rappeler que l'organisation d'un festival, indépendamment de son ampleur, c'est un travail de longue haleine, insiste François-G Chevrier, directeur général d'Événements Attractions Québec. Il faut bâtir une programmation, monter des scénarios de logistique, identifier des fournisseurs, signer des contrats, etc.

Et en temps de pandémie, il faut maintenant prévoir les mesures sanitaires afin d'éviter les éclosions de COVID-19.

Scène du festival d'été de Québec

Les grands événements estivaux, comme le Festival d'été de Québec, ont été annulés tôt ce printemps.

Photo : Radio-Canada / Claudia Genel

Gestion du risque

Événements Attractions Québec représente quelques 275 festivals en tous genres dans la province. Parmi eux, un peu plus de 27 % se déroulent de septembre à mars. Plusieurs organisations sont donc en train d'évaluer leurs options pour organiser leurs événements après le 31 août.

Sans plan d'action établi par la santé publique, difficile d'y voir clair, selon M. Chevrier. Quel sera l'achalandage, quelles seront les règles, quelles seront les mesures sanitaires, et donc quels seront les coûts à prévoir? Ne pas avoir les balises, ça les empêche d'avancer dans ces scénarios-là, explique-t-il.

Ça commence à créer beaucoup d'insécurité pour ceux qui seront les premiers à se commettre en septembre ou en octobre.

François-G Chevrier, directeur général, Événements Attractions Québec

Il cite en exemples les fêtes de récoltes, des festivals ou plusieurs événements soulignant l'Oktoberfest.

La priorité étant la santé de la population, M. Chevrier ne s'attendait pas nécessairement à ce que le sort des festivals soit sur le dessus de la pile. Il espérait cependant avoir des nouvelles de la santé publique au début de juillet. On aimerait avoir un premier retour et commencer à dialoguer.

La seule chose qui semble acquise est que l'achalandage sera limité lors d'une éventuelle reprise après le 31 août. Actuellement, les rassemblements dans les lieux publics du Québec sont limités à 50 personnes. Les festivals, s'ils sont déconfinés, devront s'y soumettre.

Québec évoquait en juin une éventuelle augmentation de la limite à 250 personnes, mais n'y a pas encore donné suite.

Un bain de neige au Carnaval de Québec.

Les événements d'hiver, comme le Carnaval de Québec, auront aussi besoin de critères bientôt.

Photo : Radio-Canada / Guillaume Croteau-Langevin

Créativité et flexibilité

La créativité sera l'une des clés du déconfinement, affirme pour sa part Martin Roy, président du Regroupement des événements majeurs internationaux (RÉMI).

Toute l'industrie a été prise de court lorsque la pandémie a éclaté, dit-il. Mais là, on connaît la menace. Il faut préparer différents scénarios. Quitte à faire un plan A, un plan B et un plan C.

M. Roy a bon espoir que les festivals, y compris les événements de plus grande envergure, sauront se réinventer malgré les contraintes sanitaires et un public réduit, du moins physiquement. Mais encore faut-il connaître les règles du jeu. Qu'est-ce qu'on peut présenter? Est-ce qu'on peut garder notre formule?

Des programmations virtuelles ou numériques ont déjà vu le jour pour certains événements.

Des voitures devant une scène de spectacle.

Forcée de s'adapter, l'industrie du spectacle a trouvé de nouvelles formules pour offrir des prestations, comme des concerts en voiture.

Photo : Andre Olivier Lyra

D'autres réclament de la flexibilité et de la nuance de la part de la santé publique.

Il faut arriver à faire les distinctions selon l'ampleur et le contexte précis [de chaque événement], selon Nicolas Cournoyer, vice-président aux affaires publiques de Piknic Electronik. À son avis, il faudra faire plus de cas par cas au lieu de conserver une politique mur-à-mur pour tous les événements.

M. Cournoyer demande à la santé publique de jouer franc jeu, et rapidement, afin d'éviter que des promoteurs n'engagent des sommes d'argent qui ne seront pas récupérables.

Si la santé publique sait que les événements de l'automne sont compromis, il va falloir que les gens le sachent.

Nicolas Cournoyer

Diverses sources abondent dans le même sens. Elles estiment qu'il faudra tenir compte de plusieurs facteurs comme la région, le niveau de transmission dans ladite communauté, la configuration des sites (intérieur ou extérieur) et la nature même de chaque événement.

Et d'ici le 31 août?

En attendant le 31 août, certains festivals ont la volonté d'organiser des clins d’œil après avoir fait une croix sur leur édition 2020.

Certains se sont toutefois butés au décret COVID-19.

Annulé, Le Festif de Baie-Saint-Paul, dans Charlevoix, proposait des concerts intimes de moins de 50 personnes. Chacun devait être présenté dans un lieu différent, secret et à l'extérieur, sans mobilité entre les sites. Tout avait été pensé pour respecter les consignes du gouvernement.

Mais l'organisation a dû tout annuler il y a quelques jours. La santé publique a finalement établi que la nouvelle mouture était elle aussi une forme de festival, puisque les spectacles se déroulaient sur deux jours consécutifs.

Clément Turgeon, directeur général du Festif!

Clément Turgeon, directeur général du Festif!

Photo : Radio-Canada

Il y a eu des directives claires pour les bars, pour bien des choses. Pourquoi il n'y a pas un guide clair pour les spectacles extérieurs?, s'interroge encore Clément Turgeon, président et directeur artistique du Festif.

Dans son cas, le manque de balises sur la définition même de ce qu'est un festival aux yeux de la santé publique a posé problème. Et à son avis, il est presque trop tard pour cet été. La situation, dit-il, place divers festivals en position inconfortable.

Je parle à des organisations qui ont des projets, mais qui n'osent pas les mettre de l'avant.

Clément Turgeon, président et directeur artistique, Le Festif

Il espère que l'exemple du Festif poussera la santé publique à se dégourdir afin d'éviter d'autres occasions ratées. Si [la santé publique] peut le définir maintenant, il reste encore tout le mois d'août et septembre pour des spectacles en plein air. Ça va aider beaucoup d'organisations à comprendre ce qu'ils peuvent faire et ne peuvent pas faire.

Une situation à « réévaluer »

Le directeur national de la santé publique du Québec a donné un peu d'espoir, jeudi, se limitant toutefois au cas des petits festivals. Pour ce qui est des petits festivals, je regarde ça, a-t-il dit en réponse à la question d'une journaliste lors d'une conférence de presse à Sainte-Marie, en Beauce.

Horacio Arruda, les lèvres pincées, lors d'une conférence de presse.

Le directeur de la santé publique du Québec, Dr Horacio Arruda.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Il a manifesté la volonté d'être le plus juste possible et cohérent. Le diable est dans les détails. Il y a des situations particulières à gauche et à droite, a-t-il affirmé, sans donner de détails ni d'échéancier.

Il s'est aussi montré ouvert à revoir la notion de rassemblement prochainement. On doit faire un tour de roue supplémentaire par rapport à ce qui s'appelle rassemblement [...] et vraiment définir les choses qui sont à risque.

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