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Les provinces atlantiques en voie de supprimer le virus

Une professionnelle de la santé effectue un test de dépistage du coronavirus dans une clinique mobile du quartier Saint-Michel.

Une professionnelle de la santé effectue un test de dépistage du coronavirus.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Laurianne Croteau

Le Canada atlantique est en excellente position pour parvenir à supprimer le virus de son territoire, révèlent des données compilées par Radio-Canada. Mais il est trop tôt pour crier victoire, selon un expert, puisqu’il faut maintenir l'objectif : celui d’avoir le moins de personnes possible infectées par la COVID-19.

Les tests effectués pour diagnostiquer les personnes infectées par la COVID-19 permettent de donner une indication sur la propagation du virus. Ils identifient non seulement de nouveaux cas, mais aussi d’éventuelles éclosions.

L'une des mesures-clés pour examiner la gestion de la crise d’une communauté, c’est le nombre de nouveaux cas par jour, selon l’épidémiologiste Raywat Deonandan. En observant les données des cinq derniers jours, on peut voir si la tendance augmente, diminue ou reste stable.

La plupart des gouvernements suivent cette métrique plus que toute autre chose, mais je ne pense pas que ce soit la bonne chose à faire, dit l’épidémiologiste. C'est ce qui semble conduire entièrement la prise de décision, mais je crois que ça ne montre qu'une partie du portrait.

Une employée masquée entre dans un immeuble où l'on voit le signe Clinique COVID-19.

Une employée du Centre hospitalier Dr-Georges-L.-Dumont à Moncton entre dans le centre de dépistage de la COVID-19.

Photo : Radio-Canada

Le Dr Deonandan utilise également le taux de positivité, qui correspond au nombre de tests positifs sur le total de tests effectués, pour comprendre la gestion locale de la pandémie. Ce nombre dépend toutefois de la quantité de tests qu'effectue une province.

De nombreuses provinces attendent que les cas symptomatiques se présentent pour se faire dépister. Cela signifie que les personnes qui viennent vous voir sont plus susceptibles qu'autrement d'être malades. Vous allez donc avoir une plus grande proportion de personnes déclarées positives.

L’idéal est donc de tester aléatoirement les habitants de la province et de chercher activement des cas, explique l’épidémiologiste. De cette façon, vous obtiendrez un taux de positivité plus faible, ce qui est souhaitable. C’est aussi la façon de tester qui nous donne la meilleure idée de la vraie prévalence du virus dans la communauté.

La prévalence, c’est la proportion de la population qui est infectée à un moment précis. Seul un échantillon aléatoire de la population permet de savoir quel est le réel pourcentage de la population qui a le virus.

Selon le Harvard Global Health Institute, une province qui a un taux de positivité sous la barre des 3 % est en voie d’éliminer le virus de son territoire. Un chiffre raisonnable, pour Raywat Deonandan, puisque ça signifie probablement que la province a une bonne idée du nombre de personnes infectées et qu’elle peut donc les traiter et les isoler.

Si vous pouvez isoler [les personnes infectées] et les empêcher de propager le virus plus loin, alors vous êtes sur la voie de la suppression.

Dr Raywat Deonandan, épidémiologiste

Toutes les provinces de l’Atlantique sont même en deçà de 2 %.

Malgré ces résultats encourageants, il ne faut pas se détourner de l’objectif final, selon Raywat Deonandan, soit celui d'obtenir le chiffre le plus près possible de zéro.

La bulle atlantique, une décision rationnelle

L’épidémiologiste croit qu’ouvrir la bulle atlantique était une bonne décision des autorités de la santé publique de la région, et ce, pour trois raisons.

D’abord, ces provinces sont géographiquement contiguës, c’est-à-dire qu’elles ont toutes des frontières communes, ce qui facilite le contrôle des allées et venues.

Un homme âgé assis au volant de sa voiture montre une pièce d'identité à une femme debout à côté du véhicule, portant une veste orange.

Un point de contrôle frontalier à la sortie du pont de la Confédération, à Borden-Carleton à l'Île-du-Prince-Édouard, le 3 juillet 2020.

Photo : La Presse canadienne / Brian McInnis

Ensuite, le nombre de personnes qui ont été infectées est similaire, ce qui signifie que l’approche des autorités ainsi que la perception du risque des habitants sont probablement similaires elles aussi. Tout le monde semble être sur la même longueur d'onde en ce moment.

Enfin, c’est une décision assez rationnelle, puisque ces quatre provinces dépendent du tourisme pour leur vitalité économique.

C'est une façon d'encourager le tourisme local sans avoir à courir trop de risques. Il faut toutefois que les provinces se fassent mutuellement confiance pour bien gérer la façon de procéder aux frontières.

Un élargissement précipité

L’épidémiologiste croit qu’il est par contre beaucoup trop tôt pour passer à l’étape d’élargir cette bulle à d’autres régions canadiennes, que ce soit la Gaspésie, le Québec ou le pays en entier.

Il est trop tôt pour envisager d'ouvrir davantage les frontières. Je veux dire... bien trop tôt.

Dr Raywat Deonandan, épidémiologiste

La priorité devrait surtout être de mettre sur pied un plan de réouverture des écoles, qui doivent ouvrir d’ici moins de deux mois.

Ça ne sert à personne de jouer avec le nombre de cas en introduisant de nouvelles vulnérabilités. La meilleure façon d'ouvrir des écoles en toute sécurité, c’est de limiter le nombre de cas dans la communauté.

Et beaucoup reste à faire avant d'envisager de créer une bulle canadienne, selon Raywat Deonandan, car il doit y avoir une stratégie de santé publique cohérente qui soit uniforme à travers toutes les provinces.

Si la philosophie derrière les mesures de santé publique n’est pas la même partout au pays, créer une bulle canadienne serait une erreur.

Les ressources en santé publique et les moyens de gérer la crise varient également d'une province à l'autre, explique-t-il. Leurs approches sont différentes quant aux suivis de contacts ou aux règles relatives au port du masque.

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