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Les appels à l’aide des victimes de violences sexuelles en hausse dans l'Est

Une femme dresse sa main devant son visage.

Une vague de dénonciations des violences à caractère sexuel déferle sur l’Est-du-Québec (archives).

Photo : iStock

Alors que la vague de dénonciations des violences sexuelles sur les réseaux sociaux déferle jusque dans l’Est-du-Québec, les organismes qui soutiennent les victimes reçoivent davantage de demandes d'aide, ces derniers jours.

Les femmes ont besoin de sortir de la culture du silence. Elles ont besoin de reprendre le pouvoir et de se dire “nous ne sommes pas seules”, s’exclame Pascale Parent, intervenante au Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) de Rimouski.

Des pages Instagram où les victimes dénoncent leurs agresseurs ont été créées dans l’Est-du-Québec dans la dernière semaine. Partout au Québec, des milliers de publications dénoncent de présumés agresseurs en les exposant publiquement. La plupart d'entre elles donnent la parole aux personnes qui veulent témoigner de situations où elles ont été victimes de violences sexuelles.

La vague de dénonciations de violences sexuelles dans l’industrie artistique du Québec, notamment, incite aussi des victimes de tous les horizons dans l’Est-du-Québec à dénoncer publiquement des inconduites sexuelles présumées.

De son côté, le CALACS de Rimouski remarque déjà une hausse du nombre de demandes d’aide. Les intervenantes ont d’ailleurs tenu une rencontre d'information virtuelle, vendredi, pour les victimes souhaitant sortir du silence.

Portrait d'une intervenante du CALACS de Rimouski

Pascale Parent, intervenante sociopolitique au CALACS de Rimouski (archives)

Photo : Radio-Canada / Laurence Gallant

Les réactions commencent aussi à se faire sentir dans la Baie-des-Chaleurs, où les appels de personnes en détresse font rougir le téléphone du CALACS La Bôme Gaspésie.

Les femmes nous questionnent sur ce qu’elles ont vécu, sur leurs blessures. Elles ont vu les dénonciations qui les replongent dans leur trauma, rapporte Annick Bouchard Beaulieu, directrice du CALACS La Bôme Gaspésie. Mais c'est encore tôt, stipule-t-elle. Dans quelques semaines, le mouvement va se répandre partout en Gaspésie.

À Sept-Îles, les demandes d’aide ne sont généralement pas immédiates, estime en ce sens Martine Michel, coordonnatrice-intervenante à La pointe du jour CALACS Sept-Îles.

Elles viennent plutôt de deux à trois mois plus tard [...] Les dénonciations dans les petites communautés entraînent des répercussions importantes, ce qui peut en décourager certaines à partager leurs histoires. Tout le monde connaît tout le monde. C’est plus difficile à dévoiler parce que ça met en péril les relations sociales, explique-t-elle.

Deux intervenantes du CALACS dans un bureau.

Deux intervenantes du CALACS, dont la coordonnatrice Martine Michel (à dr.) (archives)

Photo : Radio-Canada / Brianne Fequet

Les CALACS de la région sont unanimes : cette vague de dénonciations sur les réseaux sociaux traduit le désir des femmes de se libérer du silence.

Les femmes qui nous appellent sont de plus en plus jeunes, elles demandent de l'aide plus rapidement.

Pascale Parent, intervenante sociopolitique au CALACS de Rimouski

Pourquoi dénoncer sur les réseaux sociaux?

Le plus récent mouvement de dénonciations a mis en lumière que de nombreuses victimes préfèrent s’exprimer sur les réseaux sociaux plutôt que porter plainte et suivre le cours normal du système judiciaire. Martine Michel observe que cette tendance est le symptôme d’un malaise qui persiste dans la société quant aux crimes à caractère sexuel.

Bien que les dénonciations publiques entraînent leur lot de réprobations, l'intervenante sociopolitique Pascale Parent ajoute que les femmes désirent être de plus en plus visibles.

Sur les réseaux sociaux, les femmes parlent haut et fort, remarque Martine Michel. Elles veulent revendiquer qu’il existe bien des gestes répréhensibles qui sont commis et qui sont banalisés. Comparativement au mouvement #MoiAussi, elle note que les victimes souhaitent aussi lutter contre cette banalisation.

Une femme dont le visage est caché par ses mains entrelacées.

Des intervenantes observent que le système judiciaire ne répond pas aux besoins de toutes les femmes.

Photo : iStock

Le dévoilement est jugé comme étant une première partie du processus de guérison par les CALACS de l’Est-du-Québec.

Le silence, c’est la force des agresseurs. Se libérer et en parler, c’est 50 % de la guérison qui se fait de cette manière-là, renchérit la directrice du CALACS La Bôme Gaspésie.

Pour les intervenantes interrogées, pointer du doigt un présumé agresseur est aussi une façon de prévenir les autres femmes du potentiel danger.

Les dangers du tribunal populaire

Or, ce processus de dénonciations sur la place publique comporte certains enjeux, selon Diane Ouellet, la directrice du Centre d'aide aux victimes d'actes criminels (CAVAC) du Bas-Saint-Laurent. Ce qu’on recommande, c’est de se poser les bonnes questions et d’aller chercher de l’aide auprès de ressources avant de dénoncer publiquement. Les victimes doivent connaître les impacts et les enjeux pour faire un choix éclairé.

Diane Ouellet estime que les témoignages qui évitent la voie officielle, soit le système judiciaire, peuvent contribuer au fait qu'ils ne soient pas pris au sérieux.

Le banc sur lequel est vissée une plaque à l'effigie du CAVAC.

Le CAVAC appuie les victimes depuis plus de 30 ans (archives).

Photo : Radio-Canada

Elle craint notamment que les accusations se perdent dans la masse. Pusqu'il y a énormément de noms qui sortent, ça peut banaliser les gestes des agresseurs, avance Mme Ouellet.

Elle rappelle qu'il importe de noter que les internautes qui dénoncent publiquement peuvent être poursuivis pour diffamation, malgré leur anonymat.

Une vague qui diffère du mouvement #MoiAussi

Selon la coordonnatrice intervenante à La Pointe du jour CALACS Sept-Îles, Martine Michel, le mouvement de dénonciations actuel va au-delà des mouvements précédents.

Actuellement, elles cherchent entre autres à faire reconnaître publiquement que l’autre est un agresseur, peu importe l’ampleur des gestes, qu’ils ont dépassé les bornes du consentement, constate-t-elle.

Une affiche où il est écrit #metoo tenue à bout de bras par une femme.

Le mouvement a ébranlé la société en 2018.

Photo : Pixabay

Avec ces dénonciations publiques, Pascale Parent, quant à elle, estime que les femmes se départissent de la peur et de la honte. Selon elle, les présumés agresseurs vivront peut-être pour la première fois ces émotions, souvent réservées aux victimes.

Elles ont envie d’en parler entre elles, de se donner ce pouvoir. Et tranquillement, elles veulent sortir de la honte. Elles se disent : ce n’est pas à moi d’être honteuse de ce qui est arrivé.

Pascale Parent, intervenante sociopolitique CALACS de Rimouski

Et on observe que le système judiciaire ne répond pas aux besoins de toutes les femmes, soutient cette fois la coordonnatrice intervenante du CALACS de Sept-Îles.

Qui plus est, les intervenantes des différents centres d'aide abondent dans le même sens : les femmes victimes de violences à caractère sexuel réclament de plus en plus un exutoire. Les réseaux sociaux peuvent jouer ce rôle, voire créer un sentiment de peur. Cette peur va peut-être entraîner une pause avant l’action puisque maintenant, on sait que nos gestes ont des conséquences, rappelle Mme Parent.

Ce qui est intéressant de cette vague-là, c’est qu’elle propose d’écouter, ajoute-t-elle. Elle propose d'exécuter une introspection. Analysons tous ensemble nos comportements, conclut Pascale Parent.

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Bas-Saint-Laurent

Inconduite sexuelle