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« Engouement » pour les tests sérologiques privés

Des cliniques privées affirment que des Québécois se présentent par milliers pour réaliser un test permettant de savoir s’ils ont déjà été infectés par la COVID-19, alors que le gouvernement s’apprête à dévoiler une première étude de séroprévalence.

Un main recouverte d'un gant médical bleu tient un tube qui se remplit de sang et l'autre main tient l'aiguille dans le bras d'un homme.

Les tests sérologiques, qui reposent sur des échantillons de sang, se multiplient au Québec.

Photo : Reuters / Mike Segar

« On a déjà réalisé des milliers de tests. On en fait beaucoup », explique Mario Tremblay, le directeur de la Clinique Medfuture, basée à Mirabel.

La demande est très forte. Il y a beaucoup de personnes qui en ont besoin pour voyager par exemple, pour prendre l’avion, qui veulent un passeport COVID, reprend-il, tout en précisant que des équipes mobiles se déplacent aussi dans les entreprises, à la demande de ces dernières, pour tester leurs employés.

Alors que mi-juin, plus de 2000 personnes s'étaient déjà présentées dans ce but dans les Cliniques médicales Lacroix, la firme Biron Groupe Santé constate elle aussi un engouement pour ces tests.

C’est en croissance, on compte les gens par centaines, affirme Nicolas Tétreault, directeur scientifique de ce groupe qui détient de nombreux laboratoires.

Il y a beaucoup de gens dans la population qui pensent avoir eu depuis décembre des symptômes de la COVID et qui veulent en avoir le cœur net.

Une citation de :Nicolas Tétreault, directeur scientifique de Biron Groupe Santé

Depuis la mi-mai, Santé Canada a autorisé plusieurs tests de dépistage sérologiques au pays. Ceux-ci permettent de détecter l’éventuelle présence d’anticorps à travers une prise de sang. Ils sont différents des tests appelés PCR, qui permettent de déterminer, au moyen d'un prélèvement réalisé avec un long coton-tige inséré dans une narine, si un patient est contaminé par le virus.

Ces tests sérologiques sont privés et payants. Il faut débourser près de 200 $ pour savoir si on a déjà attrapé la COVID-19. Les prix varient selon les cliniques, et le gouvernement Legault ne compte pas rendre disponible gratuitement ce type de test au grand public pour le moment.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) ne tient pas non plus de liste pour connaître le nombre de laboratoires privés qui en administrent.

Nous avons cependant pu constater, en faisant une simple recherche sur Internet, que plusieurs cliniques proposent ce service au Québec. Il suffit généralement de prendre un rendez-vous en ligne pour réaliser une prise de sang, qui est envoyée ensuite dans un laboratoire.

Le résultat est connu en 48 heures, détaille Mario Tremblay, de Medfuture.

Une étude publique bientôt dévoilée

Quel pourcentage de la population québécoise a déjà été infecté? Un portrait global sera dévoilé vers la fin juillet, début août, indique Gaston de Serres, médecin épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

Entre la fin mai et le début juillet, un peu plus de 7000 personnes ont donné leur sang à Héma-Québec, qui a eu le mandat de mesurer le taux d'infection par le virus à l'échelle de la province.

Cette enquête populationnelle va nous donner un portrait général en fonction de l'âge, du sexe et de la région, affirme le Dr Marc Germain, vice-président aux affaires médicales et à l’innovation d’Héma-Québec.

Si les résultats de cette étude ne sont pas encore connus, les autorités sanitaires s'attendent cependant à des chiffres plus élevés qu'en Colombie-Britannique, où une enquête similaire vient de révéler que moins de 1 % de la population locale a été infectée par la COVID-19.

En théorie, puisqu'on a connu une situation pire, on devrait avoir un taux plus élevé. Très élevé? J'en doute, croit, prudemment, le Dr Germain, en se basant sur des études similaires réalisées dans d’autres pays.

Aux Pays-Bas, il y a eu deux études qui ont montré que 3 % puis 5 % de la population a été touchée. On s’attend à ce genre de données, dit-il.

Cette proportion devrait être en bas de 10 %, même dans les régions de Montréal et Laval, estime quant à lui Gaston de Serres. C’est certain qu’on ne s’attend pas à des chiffres importants, poursuit-il.

La très grande majorité de la population reste vulnérable. On ne peut pas s’asseoir sur nos lauriers.

Une citation de :Gaston de Serres, médecin épidémiologiste à l’INSPQ

Un portrait par tranches d’âge

Cette étude ne permettra pas d’avoir de données concernant les mineurs et les plus de 70 ans, qui n’ont pas été concernés par ces dons de sang. Cependant, Québec s’attend à avoir un portrait plus précis au niveau, par exemple, des jeunes adultes asymptomatiques, afin d’évaluer la circulation du virus. Plus on avance en âge, plus la proportion d’asymptomatiques est petite, précise Gaston de Serres.

Pour être sûrs d’avoir une bonne représentativité, on a prélevé près de la moitié de ces échantillons dans la région de Montréal, relate Dr Germain.

Avec ces données, les autorités sanitaires souhaitent obtenir également un portrait géographique plus précis de la circulation de la COVID-19. Des données par secteurs, voire par arrondissements, sont espérées, même si elles ne sont pas garanties.

Il est encore trop tôt pour le dire, prévient Dr Germain. Lorsqu’on a planifié cette étude, on n’avait pas toutes les informations. On verra lors de l'analyse si on a assez de précisions. Mais on s’est assuré d’avoir un portrait très robuste.

Si on voulait s’assurer d’avoir des informations quartier par quartier, ça aurait été très onéreux et long.

Une citation de :Dr Marc Germain, vice-président aux affaires médicales et à l’innovation d’Héma-Québec

Pas d'immunité, prévient Québec

Il faut cependant se méfier des résultats de ces tests sérologiques, prévient Québec. Ils ne doivent pas être utilisés pour prouver l’acquisition d’une immunité [ou d’un] passeport immunitaire, affirme Marie-Louise Harvey, porte-parole du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS).

La réaction du corps au virus peut varier de différentes façons chez les individus, c’est pourquoi il n’est pas possible de confirmer le temps que dure l’immunité et si elle est efficace contre la réinfection.

Une citation de :Marie-Louise Harvey, porte-parole du MSSS

Un discours similaire est tenu du côté de Biron Groupe Santé. Ce n’est pas parce qu’on a découvert des anticorps dans le sang que le patient est protégé. C’est important de leur faire comprendre et on veut s’assurer qu’un suivi soit fait, avec les résultats, avec un médecin, pour ne pas laisser planer un doute, lance Nicolas Tétreault

Par ailleurs, juge Gaston de Serres, il faudrait finalement que 70 % à 90 % de la population soit infectée pour que les choses s’arrêtent d’elle-même.

Dans les prochains mois, d’autres études de séroprévalence pourraient à nouveau voir le jour au Québec. On s’est déjà entendu pour en réaliser une deuxième, voire une troisième, avance Dr Germain, sans mentionner néanmoins d’échéancier.

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