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Manifestations au Mali : la diaspora au Canada demande au gouvernement Trudeau de réagir

Après l’Algérie et le Soudan, un vent de révolte souffle sur le Mali.

Un manifestant brandissant une pancarte sur laquelle on peut lire : «IBK dégage».

Les tensions s'intensifient à Bamako depuis les législatives de mars-avril, alors que des manifestants réclament le départ du président Ibrahim Boubacar Keïta (archives).

Photo : Reuters / Stringer .

Depuis le début du mois de juin, les manifestations se multiplient à Bamako. Les troubles civils ont fait des morts le week-end dernier, si bien que la diaspora malienne au Canada s’inquiète d’une descente vers la violence. Que faut-il comprendre de ce mouvement?

Ils sont maintenant connus sous le nom de M5-RFP, le Mouvement du 5 juin — Rassemblement des forces patriotiques. Cette coalition hétéroclite de politiciens, de leaders religieux et de représentants de la société civile se veut un reflet du ras-le-bol des Maliens devant l’insécurité rampante et la mauvaise gouvernance dans leur pays.

C’est un amalgame de tous ceux qui s’opposent au président malien , explique le professeur en études politiques de l’Université d’Ottawa, Cédric Jourde. [Ces] forces ne partagent pas toujours les mêmes idées, mais elles ont un intérêt commun dans la conjoncture actuelle.

Des manifestants bloquent des routes à l'aide de pneus incendiés.

De violentes manifestations contre le président malien ont lieu à Bamako depuis vendredi.

Photo : Associated Press / Baba Ahmed

Le Mali n’en est pas à sa première crise. Après un coup d’État en 2012, ce vaste pays d’Afrique de l’Ouest demeure gangrené par l’insécurité et la menace djihadiste, en plus de faire face à des violences intercommunautaires croissantes.

Mais Bamako est généralement épargnée par les heurts, d’où l’incrédulité de la diaspora malienne devant les images de barrages et de pneus brûlés dans les rues de la capitale. J’étais vraiment sous le choc pour être honnête avec vous. Je ne m’attendais pas à ça , confie Ibrahim Berthé, un avocat d’origine malienne installé à Gatineau.

Ibrahim Berthé est debout devant un mur végétal.

Ibrahim Berthé, résident de Gatineau d'origine malienne

Photo : Radio-Canada / Yasmine Mehdi

Même si le Mali est un pays en voie de développement, je pensais qu’on avait fait une certaine avancée en matière de droits de l’Homme. De voir les autorités réprimer dans le sang des Maliens, j’ai été sous le choc , poursuit-il, en précisant que sa famille habite Bamako.

Notre grande inquiétude, c’est qu’ils tirent à balle réelle sur les manifestants. Les balles perdues peuvent rentrer dans les maisons et tout le monde est en insécurité totale.

Kolado Sidibé, président du Regroupement des Maliens de la capitale nationale

On est accrochés à nos téléphones pour suivre en direct sur Facebook ce qui se passe , raconte de son côté Kolado Sidibé, le président du Regroupement des Maliens de la capitale nationale.

Kolado Sidibé sourit, assis sur un canapé.

Kolado Sidibé, résident de Gatineau d'origine malienne

Photo : Radio-Canada / Yasmine Mehdi

Un mouvement à l’issue incertaine

Le week-end dernier, ces opposants ont investi de nouveau Bamako pour réclamer le départ du président Ibrahim Boubacar Keïta, au pouvoir depuis 2013. S’en sont suivis des affrontements violents au cours desquels au moins 11 manifestants ont perdu la vie aux mains des forces de l’ordre, selon l’AFP.

L’augmentation de la répression contre les manifestants suscite davantage de colère et on est un peu dans cette logique présentement , constate le professeur Jourde, un expert en politique africaine.

Plus de répression, plus de colère, plus de mobilisations et c’est un peu dans ce cycle qu’on se trouve présentement.

Cédric Jourde, professeur en études politiques à l’Université d’Ottawa

Cédric Jourde fait un parallèle entre les soulèvements au Soudan et en Algérie, deux autres pays d’Afrique à la population très jeune où il y a eu l’an dernier des manifestations visant à renverser les régimes.

Une importante foule d'hommes et de femmes est réunie.

Des dizaines de milliers de personnes se sont réunies en juin 2019 pour manifester à Khartoum (archives).

Photo : Reuters / Umit Bektas

On peut tout à fait comparer ces situations-là , considère aussi la directrice des communications d’Amnistie internationale Canada, Khoudia Ndiaye. Au niveau des populations, il y a une demande de renouveau et de changement politique pour plus de démocratie, pour des changements au niveau des leaders.

L’ONG demande une enquête indépendante pour faire la lumière sur la mort des manifestants, en plus d'exhorter les autorités maliennes à respecter la liberté de réunion.

Et le Canada dans tout ça?

Contrairement à l’Union européenne et aux Nations unies — qui ont appelé à la retenue et au dialogue — Affaires mondiales Canada n’a toujours pas réagi aux événements de Bamako.

Je suis très déçu du comportement du gouvernement canadien. Quand il y a des événements comme ça, il est primordial pour un pays de se prononcer , déplore Ibrahim Berthé, en soulignant que le Canada a récemment participéà la mission de maintien de la paix de l’ONU au Mali.

L'habit d'un militaire canadien sur lequel se trouvent le drapeau du Canada et le logo des Nations unies.

Les Forces armées canadiennes ont mis fin à leur mission au Mali le 31 août 2019.

Photo : Reuters / Chris Wattie

Un représentant du M5-RFP au Canada abonde dans le même sens. Nous nous attendons à ce que le Canada exprime sa réprobation par rapport à l’usage de la violence et d’armes à feu sur des civils , plaide Boubacar Touré, qui vit à Montréal depuis 1976.

On parle des droits et libertés fondamentales des citoyens et citoyennes maliens.

Boubacar Touré, coordonnateur du M5-RFP au Canada

Pour le professeur Cédric Jourde, le Canada se trouve face à un dilemme : soutenir les manifestants et risquer de précipiter la chute du président actuel ou appuyer son régime pour éviter l’instabilité.

Si on pense en ces termes-là, critiquer le gouvernement actuel reviendrait à pousser vers le chaos et l’anarchie , analyse-t-il. Évidemment, la situation n’est pas binaire et n’est pas aussi simple que ça, mais j’ai l’impression que c’est ce qui explique la timidité actuelle.

D’autres rassemblements sont prévus vendredi dans la capitale malienne. Si les appels au calme ont semblé donner des résultats au cours de la semaine, les opposants demeurent déterminés à faire tomber le régime.

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