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En crise, les acteurs de l’industrie touristique attendent toujours de l’aide

Ils qualifient l'aide au tourisme de trop timide et disent ne pas avoir été aidés par la bulle atlantique.

Une terrasse vide dans un restaurant d'Edmundston.

Avec le programme d’incitation au voyage, le gouvernement provincial veut inciter les Néo-Brunswickois à visiter les destinations touristiques de la province.

Photo : Radio-Canada / Bernard LeBel

Radio-Canada

Trop peu, et trop tard. C’est ainsi que des propriétaires de petites entreprises et d’autres intervenants de l’industrie touristique dans le nord du Nouveau-Brunswick qualifient une initiative annoncée mercredi matin par le gouvernement provincial pour tenter de dynamiser le tourisme.

Le gouvernement Higgs offrira jusqu’à 200 $ de remboursement aux résidents du Nouveau-Brunswick qui prendront des vacances dans la province d’ici le 30 septembre, si leurs dépenses comportent au moins une nuitée dans un hébergement touristique.

Dans le secteur touristique, les intervenants rencontrés mercredi après-midi par Radio-Canada ont tous renouvelé leur appel à une aide directe.

Maï Tran, propriétaire du Motel Bel-Air, à Caraquet, mentionne que le remboursement offert aux visiteurs est une bonne initiative pour les particuliers. Mais les effets de cette mesure lui semblent douteux.

On va être chanceux si les gens choisissent de venir chez nous. L'argent est donné aux particuliers et ensuite, eux décident où ils vont, observe-t-elle. Ce n'est pas suffisant en ce moment pour nous aider. Ce n'est pas du tout l'aide qu'on attendait.

Une femme devant une webcam.

Maï Tran, propriétaire du Motel Bel-Air, à Caraquet au Nouveau-Brunswick, accorde une entrevue par webcam le 15 juillet 2020.

Photo : Radio-Canada

Les gens qui comptaient prendre des vacances ont déjà décidé de leurs plans, selon Mme Tran. Le petit pourcentage de gens que ça va inciter à sortir, je ne crois pas que ça va nous affecter directement. Je ne crois pas qu'on va pouvoir en bénéficier, dans le sens que je n'ai pas l'impression que les gens vont venir directement dans la Péninsule acadienne.

Les entrepreneurs ont obtenu de l’aide du gouvernement fédéral, par exemple sous forme de prêt remboursable avec peu ou pas de taux d’intérêts, et des subventions salariales, dit Maï Tran, mais une aide concrète du gouvernement du Nouveau-Brunswick se fait toujours désirer.

On attend des discussions avec le gouvernement [provincial]. On attend d'avoir des nouvelles, on attend des idées, de l'aide concrète, de l'argent dans nos poches.

Maï Tran, propriétaire du Motel Bel-Air.

En tant qu'entrepreneure, en temps que propriétaire d'une PME, dit Maï Tran, c'est très décevant, je l'avoue.

Un homme devant une webcam ajuste ses lunettes de la main droite.

Guy Bocage, propriétaire de la Maison touristique Dugas, à Caraquet, en entrevue par webcam le 15 juillet 2020.

Photo : Radio-Canada

Guy Bocage, propriétaire de la Maison touristique Dugas, à Caraquet, souligne que 5 millions de personnes visitent le Nouveau-Brunswick habituellement, et que le remboursement proposé ne solutionne pas le problème causé par leur absence.

C'est sûr que ça ne peut pas nuire, mais c'est très petit comme initiative, et c'est un peu tard, déclare M. Bocage au sujet de remboursement.

On a pensé que le téléphone se mettrait à sonner pour l'ouverture de la bulle atlantique. On est un peu loin des points d'entrée, ça n'a pas fonctionné comme on avait pensé. Il faut regarder notre clientèle naturelle, ici : c'est une clientèle de gens qui viennent du Québec et de l’Ontario pour le nord du Nouveau-Brunswick, et c'est actuellement fermé.

Ce n'est pas ça qui va remplir les coffres. Le genre d'aide qu'on cherchait, c'est une aide directe pour être capable de faire face aux frais fixes, insiste Guy Bocage.

Un homme devant un webcam. Un ventilateur en métal est placé derrière lui.

Gérard Paulin, copropriétaire de l'Hôtel Paulin, à Caraquet au Nouveau-Brunswick, en entrevue par webcam le 15 juillet 2020.

Photo : Radio-Canada

Gérard Paulin, copropriétaire de l'Hôtel Paulin, renchérit : Les taxes, licences, c'est ça que ça nous prend. Parce que nous, faut qu’on continue à payer l'électricité, continue à payer le téléphone. Faut qu'on paie les assurances. Comment on va les payer? On ne le sait pas. C'est de l'aide de ce côté-là qu'on a besoin.

Je le sais pas comment on va arriver, confie M. Paulin. Est-ce que ça va amener du monde? Même quand ils ont ouvert les frontières de l'Atlantique, ça ne nous a rien amené.

Ouverture des frontières du Nouveau-Brunswick

Mylène Roy, coordonnatrice des ressources humaines et des opérations pour le Groupe Cyr Admin, qui gère les hôtels Best Western Plus et Days Inn, à Edmundston, ainsi que deux restaurants et une boutique de vêtements, souligne que de 70 à 80 % de la clientèle de ces établissements provient de l’Ontario et du Québec.

Ce qu'il faut qu'il arrive, déclare-t-elle, c'est l'ouverture des frontières du Nouveau-Brunswick aux résidents canadiens.

La bulle atlantique n'aura eu aucun effet sur nos régions [...] Même si tout le monde de l'Atlantique décidait de venir demain matin à Edmundston, on aurait encore des hôtels de vides.

Mylène Roy, coordonnatrice, Groupe Cyr Admin.

Alors que le groupe hôtelier procède normalement à des embauches dès le début juin, on n’a engagé personne cette année, et la pandémie a engendré 75 mises à pied. C'est des familles de notre région qui se retrouvent maintenant sur le chômage parce qu'on n'a plus d'emplois présentement, déplore Mme Roy.

Le groupe est dans les affaires depuis une quarantaine d’années et la COVID-19 est une calamité inédite dans le secteur touristique. C'est catastrophique. On n'a jamais connu ça, affirme Mylène Roy.On parle de [...] 70 à 75 % de notre clientèle de perdue. Habituellement, on serait, tout de suite, à 100 %, et là, on a de la misère à atteindre le 20, 25 %.

Une femme accorde une entrevue au micro devant la porte de l'hôtel Best Western Plus à Edmundston.

Mylène Roy, coordonnatrice des ressources humaines et des opérations pour le Groupe Cyr, en entrevue à Edmundston le 15 juillet 2020.

Photo : Radio-Canada / Bernard LeBel

Un assouplissement des restrictions sur les voyages aiderait, mais ne serait pas une panacée, admet-elle. C'est certain que même avec une ouverture des frontières, on ne s'attend pas à ce que les gens vont se ruer dans nos portes. Mais au moins, on pourrait avoir un taux d'occupation acceptable pour être capables de survivre.

C'est très sérieux. Non seulement on veut que les frontières ouvrent, mais il va falloir que le gouvernement provincial offre de l'aide aux hôteliers, aux restaurants. On parle de restaurants qui fonctionnent avec 50 % de leur capacité, ce n'est pas rentable. Au niveau de l’hôtel, on parle de frais fixes qui atteignent plusieurs dizaines de milliers de dollars par mois. On ne fait même pas assez pour payer nos frais fixes. Il va falloir que le gouvernement aide à quelque part, parce qu’il y a des hôtels, il y a des restaurants, il y a des entreprises qui vont fermer , prévient Mylène Roy.

Les gens se sont dirigés vers d'autres régions

Joanne Bérubé-Gagné, directrice générale de l'Office du tourisme Edmundston Madawaska, qualifie la saison touristique de désastreuse, sans précédent et l’aide aux voyageurs annoncée de très peu et trop tard.

C'est désastreux et ça va demeurer désastreux tant et aussi longtemps que le gouvernement va faire la sourde oreille à une potentielle bulle avec le Québec, ou ouvrir les frontières ou offrir des incitatifs financiers à nos entreprises, affirme-t-elle.

Depuis l'ouverture de la bulle atlantique, on a perdu entre 10 et 12 % de nos taux d'occupation qu'on avait. Les gens se sont dirigés vers d'autres régions.

Joanne Bérubé-Gagné, directrice générale de l'Office du tourisme Edmundston Madawaska.

Elle insiste sur l’urgence de la situation. Du côté de l'hôtellerie, c’est 85 % de pertes de revenus depuis le mois de mars. On devrait être a 90 % d'occupation. Présentement, on joue entre 10 et 15.

Craintes de fermetures d’entreprises

Joanne Bérubé-Gagné souligne le caractère particulier d’une région comme celle d’Edmundston, qu’elle qualifie de région de passage où il est impératif de miser sur l’interception des voyageurs.

Même si on n'aime pas se percevoir comme ça, on fonctionnait bien comme étant une région de passage et d'interception, dit-elle. 70 % des gens qui nous visitent viennent du Québec et de l'Ontario, donc c'est impossible de maintenir le cap.

Une femme debout à l'extérieur devant la porte d'un établissement commercial.

Joanne Bérubé-Gagné, directrice générale de l'Office du tourisme Edmundston Madawaska, le 15 juillet 2020.

Photo : Radio-Canada / Bernard LeBel

Il y a déjà des entreprises qui considèrent des fermetures à l’automne de façon permanente. Il y a des entreprises qui vont devoir faire des emprunts de millions de dollars pour survivre et garder ce qu'ils ont investi depuis 30 ans à bâtir. C'est très, très alarmant, insiste Mme Bérubé-Gagné.

Il va y en avoir des pertes de taxes pour le gouvernement, prévient-elle. Parce que si ces entreprises ferment, c'est des gens au chômage, c'est des taxes foncières qu'on n’aura pas, c'est des taxes de vente qu'on n’aura pas.

Mme Bérubé-Gagné déplore que le gouvernement du Nouveau-Brunswick fasse la sourde oreille aux demandes des intervenants du secteur touristique. Elle se demande pourquoi il n’y a aucune ouverture à une réduction de la taxe foncière ou à un échelonnement du paiement de celle-ci.

Le tourisme dans notre région et dans l'ensemble du Nouveau-Brunswick, c'est un retour d'investissement direct, car c'est de la nouvelle argent. On ne semble pas à Fredericton comprendre ce message-là, et c'est déplorable et désolant.

Joanne Bérubé-Gagné, directrice générale de l'Office du tourisme Edmundston Madawaska.

Je ne sais pas comment passer le message sur l'ampleur de la situation catastrophique qu’on vit présentement, poursuit-elle.

On est rendu à parler de barricades sur l'autoroute. On est là. Je veux dire, s'il faut bloquer des chemins, s'il faut bloquer des entrées de services essentiels pour que les gens du gouvernement comprennent que le nord, le nord-ouest du Nouveau-Brunswick est [dans] une situation particulière, qu'on est déjà détachés du reste de la province. On n'est jamais voulu par qui que ce soit, on est toujours les derniers consultés. S’il faut crier, puis faire des barricades, on est rendu à en discuter, dit Mme Bérubé-Gagné.

Avec les renseignements de Bernard LeBel et Jean-Philippe Hughes

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