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La pandémie souligne le manque de toilettes publiques, selon une auteure

Un panneau montre que ces toilettes publiques peuvent être utilisées par les hommes, les femmes, les personnes handicapées et qu'elles comportent une table à langer.

À Montréal, ces toilettes publiques autonettoyantes sont gratuites; elles sont installées aussi dans plusieurs villes européennes, notamment à Paris.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Et si la COVID-19 avait rendu les toilettes publiques encore plus essentielles? C'est l'avis de Lezlie Lowe, auteure d'un ouvrage sur ces indispensables installations associées, à tort ou à raison, à la crasse et aux odeurs. Depuis Halifax, cette journaliste a accordé à l'émission As it Happens, de CBC, une entrevue dont voici un condensé.

C'est en 2018 que Lezlie Lowe, journaliste et professeure de journalisme à l'université King's College, a publié No Place To Go : How Public Toilets Fail Our Private Needs (Nulle part où aller : comment les toilettes publiques nous laissent tomber).

Mais jamais ne lui a-t-on autant parlé de ce sujet que ces derniers mois, dit-elle, soit depuis le début de la pandémie de coronavirus.

Pour Lezlie Howe, les toilettes publiques sont loin d’être les endroits peu hygiéniques, non sécuritaires et non essentiels qu’on imagine habituellement. Elles sont au contraire de précieux outils pour prévenir efficacement les maladies et réduire les inégalités. À la condition, évidemment, que lesdites toilettes soient utilisées avec la distanciation physique nécessaire et qu'elles soient rigoureusement nettoyées.

Une femme portant un couvre-visage désinfecte à l'aide d'un chiffon les boutons extérieurs de l'édicule.

Dans cette toilette publique à proximité de la station de métro Papineau, au centre-ville de Montréal, le siège et le plancher sont lavés entre chaque utilisation grâce à un système automatisé.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Mme Lowe a commencé par expliquer à l'animatrice Nil Köksal que la COVID-19 et le confinement qu'elle a entraîné ont révélé à quel point les villes canadiennes manquaient de toilettes publiques.

Supposons que vous quittiez l’immeuble où vous êtes en ce moment à Halifax, quelle distance auriez-vous à parcourir pour trouver une toilette publique?

Lezlie Lowe - Oh, je ne sais pas! J’aurais à marcher un bon bout, je dirais.

Ce problème, qui est présent dans tout le pays et non seulement à Halifax, existait déjà avant la pandémie. En quoi la COVID-19 le rend-il plus pressant?

Lezlie Lowe - Ce que nous avons vu durant la pandémie c’est qu’au Canada, nous avons comme culture de nous en remettre aux toilettes accessibles dans les commerces et les entreprises. Et non à des toilettes publiques qui seraient installées dans les rues, payées par nos taxes et qui feraient simplement partie des services essentiels pour vivre de manière sécuritaire en ville.

La signalisation, les trottoirs, les bancs et les poubelles : on sait qu’on a besoin de toutes ces choses. On ne remet pas en question le fait de les payer avec nos taxes municipales. Mais les toilettes ont été exclues de l'éventail de services au Canada et ailleurs en Amérique du Nord.

Or la COVID-19 a entraîné cet important confinement. Non seulement les rares toilettes publiques de nos villes ont-elles été fermées, mais nous avons vu fermer toutes les autres toilettes qui étaient accessibles au public. Et tout d’un coup, les gens comprennent ce que cela signifie d’avoir un accès limité aux toilettes.

Vous écrivez dans votre ouvrage que l’enjeu de l’accessibilité aux toilettes est lié à celui de la mobilité. En quoi l’est-il?

Lezlie Lowe - Quand vous regardez le plan de n'importe quelle ville – et j’ai fait énormément de recherche à ce sujet pour mon livre –, on parle d’accessibilité et de commodité dans les quartiers pour les piétons, pour les cyclistes; on ne parle pas d’habitabilité ni de la possibilité pour les gens de vieillir chez eux.

Rien de tout cela n’est possible sans un réseau accessible et suffisant de toilettes publiques. Car il est indéniable que les toilettes sont essentielles pour tous, chaque jour.

Qu’est-ce qui se passe alors? À Paris, il y a des toilettes automatisées. Et partout en Europe, moyennant une modique somme, il y a d’autres types de toilettes. Donc, pourquoi n’en est-il pas de même ici?

Lezlie Lowe - Notre attitude vis-à-vis des toilettes en Amérique du Nord et particulièrement ici, au Canada, est très différente de celle qui se manifeste ailleurs dans le monde.

Je la décris ainsi : quand nous étions enfants, on s’est fait dire que dans les toilettes, on fait des choses privées. Ce qui est le cas… Et il y a aussi ceci : les toilettes sont une sorte de blague. Par rapport à mon livre, par exemple, les gens réagissent de deux façons. Ou bien ils s’exclament que c’est dégueulasse, ou bien ils s’esclaffent, ha ha ha!

Donc, nous avons ces réponses névrotiques vis-à-vis des toilettes publiques et c’est ce qu’on nous enseigne quand on est enfants. Une fois adultes, nous ne semblons pas être capables de parler sérieusement de ce besoin élémentaire d’aller aux toilettes. Et cela se reflète, je pense, dans les politiques qu’adoptent les administrations des villes.

En ville, les gens sans domicile ont parlé de ce phénomène récemment. L’accessibilité aux toilettes est un problème pour eux.

Lezlie Lowe - Oui. Et je suis sûre que ce problème est exacerbé actuellement.

L'intérieur de la toilette publique, avec la cuvette, la table à langer et des barres destinées aux personnes handicapées.

Selon l'auteure et journaliste canadienne Lezlie Lowe, les villes en Amérique du Nord manquent cruellement de toilettes publiques.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Nous parlons de la COVID-19, mais nous devons penser aussi à d’autres risques qui sont liés à la question des toilettes publiques. Il y a des épidémies d’hépatite A qui se déclarent à cause de la défécation dans les endroits publics, par exemple. Ce sont des préoccupations de santé publique très sérieuses dont il faut tenir compte lorsque nous nous penchons sur l’importance d’avoir des toilettes publiques.

En ce qui concerne la COVID-19, des dirigeants municipaux pourraient argumenter qu’ils n’y parviendront pas dans la mesure où il faut nettoyer les toilettes publiques et qu’elles ne peuvent être sécuritaires, particulièrement durant une pandémie. Mais, selon vous, les toilettes publiques ne sont pas réellement plus risquées que n’importe quel autre endroit public où les surfaces sont beaucoup touchées.

Lezlie Lowe - Nous voyons automatiquement les toilettes publiques comme des endroits encrassés comme nuls autres. Et, oui, elles peuvent être effectivement très sales. Mais d’autres endroits peuvent l’être aussi.

Les toilettes publiques ne représentent pas un haut risque pour la propagation de la COVID-19 pour diverses raisons.

L’une d’elles est qu’il s’agit d’une maladie respiratoire. Par conséquent, nous savons que nous devons nous tenir loin des endroits exigus, dans lesquels on respire le même air que des inconnus. C’est le cas dans un ascenseur… Or personne ne parle de fermer les ascenseurs dans tous les gratte-ciel sous prétexte qu’ils présentent trop de risques. On adopte plutôt des mesures d’atténuation : seulement deux personnes à la fois dans l’ascenseur, par exemple.

Quant aux surfaces que l’on touche beaucoup, oui il y en a dans les toilettes, mais il y en a aussi dans les centres commerciaux, les bibliothèques, les restaurants, les ascenseurs… D’accord, il y a nécessité de nettoyer de manière plus approfondie. Mais les toilettes publiques ne sont pas différentes d’autres lieux, en cette ère de pandémie.

Gros plan du mot « toilette » sur la façade d'une toilette publique.

Avec le confinement provoqué par le coronavirus, les toilettes des restaurants, des entreprises et des tours de bureaux ont été fermées, privant le public de l'accès à ces installations essentielles.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Ironiquement, en ce qui a trait à la COVID-19, il y a un élément qui place les toilettes publiques dans une catégorie à part : c’est le fait que nous nous y lavons les mains. C'est l’endroit où nous allons pour nous désinfecter les mains et éliminer le virus.

Cela accroît la responsabilité qu’ont les villes d’offrir des solutions sanitaires et de garder les toilettes publiques ouvertes. La population a, plus que jamais, besoin de se laver les mains en raison de cette pandémie de coronavirus.

A-t-on idée de ce que cela coûtera aux municipalités pour installer ces toilettes publiques?

Lezlie Lowe - Ça coûte cher. Les toilettes automatisées placées dans les rues, par exemple, peuvent coûter 250 000 $ à installer. On doit se demander ce que l’on veut, comme société. Qui voulons-nous être? Si on veut que la ville soit accessible aux piétons, qu’elle soit habitable et que les gens puissent y couler leurs vieux jours, alors nous devons avoir les installations qui rendront cela possible.

Donc, oui, c’est coûteux, mais c’est une question de dignité et c'est ce qu’il faut pour que nos villes répondent aux besoins essentiels.

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