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Le New York Times va évacuer son service numérique de Hong Kong

Des exemplaires du New York Times en vente dans un kiosque à Hong Kong, le mercredi 15 juillet 2020.

Le New York Times explique sa décision par les incertitudes qui pèsent sur la pratique du journalisme sur le territoire chinois en vertu de sa nouvelle loi sur la sécurité nationale.

Photo : Associated Press / Kin Cheung

Agence France-Presse

Le New York Times a annoncé mercredi sa décision de déplacer de Hong Kong à Séoul son service numérique après l'entrée en vigueur de la loi sur la sécurité nationale imposée au territoire par Pékin.

Il s'agit de la première délocalisation importante d'un média international depuis la promulgation, fin juin, de ce texte législatif qui accroît l'autorité de la Chine dans sa région semi-autonome.

Dans un courriel adressé au personnel, la direction du New York Times a expliqué que cette loi avait entraîné beaucoup d'incertitudes quant aux conséquences qu'auront les nouvelles règles sur notre activité journalistique et notre mode de fonctionnement.

Nous estimons qu'il est plus prudent d'avoir un plan de secours et de commencer à déplacer notre équipe éditoriale dans la région, ajoute le texte.

Une institution bien ancrée à Hong Kong

Le New York Times a, depuis des décennies, son siège régional à Hong Kong, d'où il couvre l'actualité en Asie et, plus récemment, aide à la production du contenu numérique en continu du journal, en collaboration avec les bureaux de Londres et de New York.

Dans un article consacré à cette délocalisation, le quotidien américain a précisé que les salariés travaillant pour son service numérique, soit un tiers de ses effectifs à Hong Kong, déménageraient en 2021.

Le titre a expliqué, en outre, avoir récemment rencontré des difficultés pour obtenir des permis de travail pour son personnel hongkongais, ce qui était jusqu'à présent courant en Chine [continentale], mais rarement le cas dans l'ex-colonie britannique.

Les journalistes basés à Hong Kong et qui respectent la loi n'ont aucune raison d'être inquiets, a réagi mercredi Hua Chunying, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.

Nous sommes ouverts et accueillants vis-à-vis des médias étrangers en Chine, a-t-elle assuré lors d'une conférence de presse.

Au début de l'année, Pékin a expulsé plusieurs journalistes travaillant pour des médias américains, notamment pour le New York Times, dans le cadre de mesures de représailles contre Washington. Certains d'entre eux ont été relocalisés à Séoul.

Incertitude pour plusieurs médias

Depuis des décennies, Hong Kong est le centre régional de nombreux médias étrangers qui couvrent l'actualité en Asie. Ils y jouissent notamment de la liberté d'expression en vertu de la Loi fondamentale – la mini-constitution hongkongaise en vigueur depuis la rétrocession en 1997.

Outre le New York Times, l'AFP, CNN, le Wall Street Journal, Bloomberg et le Financial Times possèdent également des centres régionaux importants à Hong Kong.

La teneur de la nouvelle loi sur la sécurité, très vague, laisse une large place à l'interprétation et a fait naître un climat de crainte à travers le territoire où les habitants ont pour habitude de s'exprimer librement.

Une de ses dispositions, l'article 54, prévoit de renforcer la gestion des médias internationaux.

Le gouvernement local de Hong Kong, qui répond aux exigences de Pékin, s'est montré peu enclin à défendre les médias.

Les autorités passent actuellement en revue RTHK, le groupe audiovisuel hongkongais indépendant, mais financé par l'État, accusé notamment d'avoir assuré, l'an passé, une couverture trop favorable aux manifestations prodémocratie ayant secoué Hong Kong. Le groupe rejette ces accusations.

En 2018, un journaliste britannique du Financial Times, Victor Mallet, s'était vu refuser le renouvellement de son permis de travail après avoir invité le fondateur d'un parti indépendantiste à une conférence du Club des correspondants étrangers (FCC), une institution dans l'ex-colonie britannique.

En expulsant des journalistes américains en début d'année, Pékin avait précisé qu'ils ne seraient pas autorisés à travailler à Hong Kong.

Au début du mois, le FCC a adressé une lettre à la cheffe de l'exécutif Carrie Lam, lui demandant de clarifier les conséquences de la nouvelle loi pour les journalistes.

La semaine dernière, lors d'une conférence de presse, un journaliste a demandé à Mme Lam si elle pouvait garantir à 100 % la liberté de la presse.

Si le FCC ou les journalistes de Hong Kong Kong peuvent me garantir à 100 % qu'ils n'enfreindront pas ce texte législatif national, alors je peux le faire, a répondu Mme Lam.

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