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Les conservateurs seraient plus portés à croire les théories du complot sur la COVID-19

Un scientifique tient une seringue et une éprouvette sur laquelle il est écrit "COVID-19".

L’une des théories du complot les plus populaires au sujet de la COVID-19 est celle voulant qu'elle ait été créée en laboratoire.

Photo : getty images/istockphoto / Chinnapong

Frédérik-Xavier Duhamel

Les électeurs du Parti conservateur du Canada sondés par Vox Pop Labs sont plus nombreux à croire à l’une ou l’autre des nombreuses théories conspirationnistes qui circulent sur la COVID-19.

L’enquête menée à la fin du mois d'avril par des politologues et publiée dans le magazine Options Politiques (Nouvelle fenêtre) (en anglais) révèle aussi que les adeptes des théories du complot sont moins enclins à adopter les comportements recommandés par les autorités sanitaires.

Parmi les électeurs conservateurs sondés, 42 % pensent que le coronavirus s’est échappé d’un laboratoire de Wuhan. À titre comparatif, 13 % des électeurs libéraux et 10 % des électeurs néo-démocrates croient à cette théorie, selon l'enquête d'opinion. S’il n’y a aucune preuve à ce jour que ce soit le cas, il est cependant difficile d’écarter totalement les spéculations sur l'origine du virus.

D’autres théories du complot plus farfelues sont toutefois populaires auprès de certains électeurs. Dominik Stecula, de l’Université d’État du Colorado, Mark Pickup, de l’Université Simon-Fraser, et Clifton Van Der Linden, de l’Université McMaster ont sondé la population canadienne au sujet de six de ces théories en lien avec le nouveau coronavirus. Le sondage s’inscrit dans le mandat de l’observateur de la COVID-19 de Vox Pop Labs (Nouvelle fenêtre).

Donc, plus du tiers des électeurs conservateurs (34 %) sondés croient que le gouvernement chinois lui-même a créé le virus. Près de 1 sur 5 (18 %), pensent que Bill Gates utilise le virus afin de pousser les gens à recevoir un vaccin contenant une micropuce. Seulement 5 % des électeurs néo-démocrates et 4 % des électeurs libéraux sondés croient à cette dernière situation.

Rappelons que ces théories, aussi bien celles concernant le gouvernement chinois que celle sur M. Gates, ont été démontées.

Une explication non partisane?

Si les chercheurs ont noté des différences importantes entre les partisans des différentes formations politiques, la recherche en général a montré que l'idéologie ne permet pas toujours de prédire les théories conspirationnistes, selon le professeur Stecula.

D’autres facteurs pourraient expliquer les différences observées. Ce pourrait être simplement parce que les libéraux sont au pouvoir en ce moment.

Dominik Stecula mentionne les travaux d’un collègue de l’Université Miami, selon qui les théories conspirationnistes sont pour les perdants (Nouvelle fenêtre). Ce qu’il veut dire, c’est qu’elles représentent des outils pour les faibles contre le pouvoir en place, explique le professeur Stecula.

Il serait donc normal de voir plus de théories du complot émerger chez les partisans de l’opposition que chez ceux du gouvernement en place.

Des répercussions bien réelles

Les chercheurs se sont aussi penchés sur les comportements en matière d'hygiène des répondants. Ils leur ont demandé s’ils adoptent les recommandations des autorités sanitaires, se laver les mains plus souvent, porter un masque et pratiquer la distanciation sociale, par exemple.

Ils ont trouvé qu’en moyenne ceux qui croient aux théories du complot liées à la COVID-19 sont moins portés à avoir ces comportements dans une marge de 6 points de pourcentage. Par exemple, parmi les personnes sondées, les gens qui pensent que Bill Gates veut insérer des micropuces à l’aide d’un éventuel vaccin sont 17 % moins portés que les autres à se laver les mains plus souvent.

Ils soulignent également que d’autres actions dangereuses peuvent être entreprises au nom de ces théories, telles que les incendies criminels de tours de télécommunication qui ont eu lieu au Québec ces derniers mois.

Ces méfaits surviennent alors que la popularité des théories liant le réseau 5G et la COVID-19 explose, bien qu’elles soient fausses. Parmi les Canadiens sondés, 4 % croient néanmoins à l’existence d’un tel lien, rapporte Vox Pop Labs.

Une tour de transmission 5G, devant un coucher de soleil.

Des tours de télécommunication ont été incendiées alors que de fausses informations circulent sur un lien entre celles-ci et la COVID-19.

Photo : iStock / Bill Oxford

Le Canada bien placé, mais vulnérable

Malgré les résultats de l’enquête, le Canada se porte bien, selon Dominik Stecula. Certaines [des théories que nous avons étudiées] sont assez marginales et même les plus populaires ne sont pas aussi répandues dans la société que ce qu’on voit aux États-Unis, estime-t-il.

Nos politiciens, à travers tout le spectre politique, n’ont pas fait la promotion des théories conspirationnistes, observe le politologue. Une situation qui contraste avec celle qui prévaut chez nos voisins du sud, où un sénateur a adopté l'une de ces théories.

Si cela venait à changer, les Canadiens seraient aussi vulnérables, pense Dominik Stecula. Selon lui, les recherches en science politique montrent que les opinions ont tendance à se former du haut vers le bas, à partir des élites.

C'est d'autant plus vrai que le contexte y est particulièrement propice. Tout le monde est plus disposé à croire ces théories en ce moment parce que nous vivons des temps complètement fous, affirme M. Stecula.

Méthodologie :

Le sondage a été mené en ligne entre le 24 et le 28 avril 2020. L’enquête a été faite auprès d’un échantillon de 2271 Canadiens qui ont participé au panel d'affaires publiques de Vox Pop Labs. Les données ont été pondérées selon l'âge, le genre, le niveau d'éducation, le revenu des ménages, la région et l'affiliation politique afin que l'échantillon ressemble à la population canadienne dans son ensemble. Une marge d'erreur ne peut être calculée sur un sondage non-aléatoire comme celui-ci, mais à titre de comparaison seulement, un sondage probabiliste avec le même nombre de répondants aurait une marge d’erreur de 2 %, 19 fois sur 20.

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