•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

LGBTQ+ : pas facile de sortir du placard à l'usine ou à la mine

Deux ouvriers travaillent sous une fourgonnette Dodge Caravan dans une usine.

Les travailleurs LGBTQ+ trouvent que les industries minière et manufacturière leur sont particulièrement hostiles, selon une étude.

Photo : FCA Canada

63,6 % des travailleurs LGBTQ+ cachent leur identité de genre ou leur orientation sexuelle au travail dans les industries minière et manufacturière de peur de subir des répercussions négatives de leur entourage, selon une étude menée par des chercheurs canadiens.

L’étude publiée mercredi regroupe les résultats des sondages de plus de 650 travailleurs LGBTQ+ menée par des chercheurs auprès de travailleurs de plusieurs domaines dans les villes du Grand Sudbury et de Windsor, en Ontario. Les témoignages d’une cinquantaine d’entre eux ont aussi été recueillis.

La professeure Suzanne Mills de l'Université McMaster se dit particulièrement surprise par ces résultats, recueillis principalement dans les secteurs des mines, des manufactures, de la construction et des transports.

Dans l'ensemble des secteurs étudiés, ce sont 50,6 % des travailleurs LGBTQ+ qui cachent leur identité de genre ou leur orientation sexuelle au travail. Cette proportion grimpe à 62,8 % chez les répondants racisés.

Des professeurs de l'Université McMaster, de l'Université de Windsor, de l'Université de Toronto et de l'Université de Southampton, au Royaume-Uni, ont consacré deux ans de travail pour réaliser l'étude.

Quand [les personnes LGBTQ+] voient le secteur, elles voient qu’il y a une culture masculine et pensent aussi que ce n’est pas un secteur où elles se sentiront à l’aise de révéler leur identité sexuelle.

Suzanne Mills, professeure à l'École d'études du travail de l’Université McMaster

Suzanne Mills indique qu'elles et ses collègues ont été motivés par la volonté de mieux comprendre les réalités des travailleurs vivant en dehors des grands centres.

Windsor et le Grand Sudbury se sont imposées en raison de leur histoire industrielle, explique la chercheuse. Elle ajoute que les emplois dans les secteurs de l’automobile et des mines demeurent prestigieux dans les deux villes, malgré leur décroissance au fil des quatre dernière décennies.

C’est vraiment important parce qu’il y a cette idée qu’il y a une progression [pour les personnes LGBTQ+] en milieu de travail, que la situation s’améliore. Mais ce n’est pas vraiment le cas [...] et il y a aussi peu de recherches au Canada sur ce sujet, souligne la professeure.

Ce travail l’a portée à conclure que les travailleurs LGBTQ+ avaient moins de chances de se retrouver dans les secteurs des mines et de la construction automobile, qui comptent pourtant des emplois bien rémunérés.

Un lien entre le soutien de l’employeur et la santé mentale

Suzanne Mills déplore que le malaise qui pousse les travailleurs à garder secrète leur identité de genre ou orientation sexuelle provient du manque de soutien proactif de leurs employeurs.

L’étude a aussi démontré que 63, 9 % des travailleurs qui cachaient leur identité de genre ou orientation sexuelle avaient plus de chance de souffrir de problèmes de santé mentale liés au travail souvent, parfois ou toujours.

Il y a un lien entre le soutien de l’employeur et la santé mentale.

Suzanne Mills, professeure à l'École d'études du travail de l’Université McMaster

Les difficultés qu’éprouvent ces travailleurs sont toutefois exacerbées par le fait que plusieurs d’entre eux ne font pas totalement confiance à leurs représentants syndicaux, notant même de la discrimination de la part de certains, selon l’étude.

La représentante nationale du syndicat Unifor, Sarah McCue, n’est pas surprise du constat.

Les syndicats reflètent leurs membres. Un syndicat est formé de travailleurs et du milieu de travail. Parfois, cela veut dire que les structures de pouvoir qui existent dans les milieux de travail se reflètent dans le syndicat, explique-t-elle.

Nous avons déjà fait de grands pas dans la lutte pour l’égalité des genres et pour soutenir les travailleurs gais et lesbiennes. Nous devons redoubler nos efforts pour nous concentrer sur ces travailleurs, qui font davantage l’objet de discrimination.

Sarah McCue, représentante nationale au syndicat Unifor

Elle dit d'ailleurs être peinée de voir que plusieurs travailleurs LGBTQ+ se sentent tellement inconfortables dans certains secteurs industriels qu'ils optent plutôt pour des emplois beaucoup moins payants. Ils auraient, en revanche, l'impression d'être mieux compris et soutenus, comme le révèle l'étude.

Commentaire recueilli d'un homme transgenre de Sudbury

« J'ai pensé à retourner à mon emploi [dans le secteur industriel] quand mes heures de travail ont été réduites [à un emploi moins payant]. J'étais déjà sorti du placard à ce moment-là et je me suis dit : "Oh, j'ai des cheveux courts maintenant et ils sont colorés. Les gens vont poser des questions" [...] Je me dis parfois que j'étais vraiment bon dans cet emploi-là, je pourrais y retourner. Mais ensuite, je me résigne.»

Source : Work, Inclusion and 2SLGBTQ+ People

Le Centre d'éducation et d'appui aux travailleurs de Sudbury ainsi que le Centre d'éducation des travailleurs de Windsor ont aussi participé au projet de recherche.

Une mobilisation à grande échelle, exigent les regroupements LGBTQ+

Les chercheurs formulent une série de recommandations à la fois aux employeurs, aux syndicats et aux organismes communautaires. Celles-ci sont axées principalement sur l’éducation et la sensibilisation sur les thèmes de la diversité sexuelle et de genre. Les auteurs de l'étude recommandent également de mettre en place de meilleures pratiques de fonctionnements internes, comme le traitement des plaintes, de manière à favoriser l’épanouissement des travailleurs LGBTQ+.

Colm Holmes, le président de Windsor Pride Community — l’organisme porte-parole des personnes LGBTQ+ de la région de Windsor — dit trouver le rapport détaillé et efficace dans l’identification des barrières auxquelles se heurtent les travailleurs LGBTQ+. Il souligne que plusieurs des propos des travailleurs sondés rejoignent ceux qu’il entend fréquemment dans son entourage à Windsor.

C’est dommage qu’une personne ne puisse pas être authentiquement elle-même dans son environnement de travail [...] et ce qui arrive, c’est que ça devient fatigant et les employeurs finissent par ne pas obtenir le meilleur que les travailleurs peuvent offrir, affirme-t-il.

Nous devons regarder les individus et célébrer ce qui nous rend unique. Cela contribuera à la formation d’un meilleur environnement de travail et de travailleurs efficaces.

Colm Holmes, président de Windsor Pride Community

Pour le président de Fierté Sudbury Pride, Alex Tétreault, le rapport démontre clairement l’étendue du problème

Afin d’assurer que l’ensemble des travailleurs LGBTQ+ se sentent en sécurité, il devra y avoir d’immenses changements sociaux et systémiques. La situation ne pourra s’améliorer que si les travailleurs, les entreprises, les syndicats se mettent au courant des problèmes et prennent des mesures concrètes, observe-t-il. M. Thétreault ajoutant que toutes les institutions doivent s’assurer que les personnes LGBTQ+ soient entendues et exercent un certain montant de contrôle.

Alex Tétreault

Alex Tétreault est le président de Fierté Sudbury Pride.

Photo : Radio-Canada

Puisque la communauté LGBTQ+ est extrêmement hétérogène et qu’elle est représentée au sein de tous les domaines et industries et qu’il existe beaucoup de points d’intersection avec d’autres identités et communautés marginalisées, c’est une situation qui demande une mobilisation à grande échelle.

Alex Tétreault, président de Fierté Sudbury Pride

La réticence de certains travailleurs à communiquer leurs problèmes à leurs syndicats est une preuve, pour Alex Tétreault, qu’il y a énormément d’éducation à faire même dans les régions traditionnellement industrielles et où les syndicats jouissent d’un degré élevé d’approbation du public.

Une étude à imiter

La professeure Suzanne Mills croit que d'autres chercheurs devraient s'inspirer du travail qu'elle a accompli avec ses collègues pour dresser le portrait de la situation dans d'autres régions.

Nos données pour ces deux villes étaient vraiment identiques, sans différences statistiques. Mais je pense que ce serait aussi intéressant pour voir s’il y a des différences au Québec, dans les Maritimes, dans le Nord, conclut-elle.

L’équipe de chercheurs compte d’ailleurs mener bientôt un suivi avec certains des travailleurs sondés pour voir à quel point ils ont été touchés par la pandémie sur les plans personnel et professionnel.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !