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Sherbrooke responsable de 1130 rejets d’eaux usées dans les rivières en 2019

Un enjeu pour la faune, les activités aquatiques et la qualité de l'eau potable.

Un tuyau de béton menant à la rivière.

L'eau usée est déversée à certaines occasions dans la rivière par ces tuyaux.

Photo : Radio-Canada / Thomas Deshaies

Thomas Deshaies

À l’instar de nombreuses municipalités du Québec, la Ville de Sherbrooke déverse, à certaines occasions, des eaux usées dans les cours d’eau. Ces débordements, qui surviennent des centaines de fois par année, bien qu’ils soient légaux, sont une source de préoccupation pour bon nombre d’organisations. Ils affectent la qualité de l’eau et constituent une menace pour la biodiversité.

Comme plusieurs municipalités au Québec, la Ville de Sherbrooke est forcée de rejeter dans les rivières des eaux usées qui n’ont pas été traitées par l’entremise de ses 138 ouvrages de surverse répartis le long de la rivière Saint-François et de la rivière Magog. C’est d'ailleurs dans la rivière Saint-François que Drummondville puise l’eau potable pour ses habitants.

Julie Grenier, coordonnatrice de projets du Conseil de gouvernance de l’eau des bassins versants de la rivière Saint-François (COGESAF), explique que ces situations surviennent lors des épisodes de fortes pluies, à la fonte des neiges ou en cas d’urgence.

« En temps de fortes pluies, le réseau n’est pas capable de gérer les quantités d’eau », explique Mme Grenier.  Une partie des eaux usées est donc détournée vers la rivière pour éviter d'endommager la tuyauterie. Un mélange d’eau de pluie et d’eaux usées se retrouve donc dans l’environnement sans passer par l’usine de traitement des eaux usées.  

Julie Grenier accorde une entrevue au bord de la rivière.

Julie Grenier, coordonnatrice de projets au COGESAF.

Photo : Radio-Canada / Yannick Cournoyer

Mme Grenier souhaiterait que le gouvernement et les municipalités investissent pour diminuer le nombre de débordements. « Pour la relance économique, on est dans un moment charnière où ça serait l’idéal d’investir dans ces infrastructures pour améliorer la qualité de l’eau. Tout le monde en bénéficierait, tant au niveau du tourisme et de l’industrie que de l’économie d’eau potable », explique-t-elle.

Le nombre de débordements a augmenté de 49 % en trois ans à Sherbrooke.

Nombre de débordements enregistrés aux 138 ouvrages de surverse

2019 : 1130

2018 : 906

2017 : 757

NDLR : La Ville estime que certains débordement sont en fait un seul événement qui a occasionné des débordements à plusieurs ouvrages simultanément.

Quels impacts sur l’environnement?

Même si ces débordements sont autorisés par le gouvernement du Québec, cela ne signifie pas pour autant qu’ils n’ont aucun impact sur l’environnement, selon le professeur et chercheur au Centre de transfert technologique en écologie industrielle, Marc Olivier.

Selon M. Olivier, il y a un phénomène de dilution qui permet au milieu récepteur de recevoir une certaine quantité de matières organiques provenant des eaux usées. Ceci étant, plus la durée des débordements est importante, plus les impacts pourraient être nuisibles à la faune. Il demeure comme principale préoccupation, le concept d’atteinte de la biodiversité, par le déversement d’une grande quantité de matière organique, qui va consommer de l’oxygène dissous, puis qui va nuire ou carrément éradiquer une population de poissons, explique-t-il.

L’assainissement demeure un secteur qui n’a pas été assez priorisé présentement.

Une citation de :Marc Olivier, professeur et chercheur au Centre de transfert technologique en écologie industrielle

Le professeur note par ailleurs que plusieurs plages du Québec sont forcées de fermer temporairement en raison des débordements. On a une contamination en rive qui peut rendre impropre à la baignade les plages en bordure, explique M. Olivier.

Deux tuyaux de béton qui déversent de l'eau usée dans la rivière.

Des eaux usées se déversent de ce tuyau situé en face de la plage Lucien-Blanchard.

Photo : Radio-Canada / Yannick Cournoyer

Le COGESAF estime que c’est notamment pour cette raison que la plage Lucien-Blanchard ferme fréquemment après les fortes pluies. Le service de communication de la Ville de Sherbrooke affirme que c’est plutôt en raison des fientes des oiseaux.

Une hausse des débordements en raison des changements climatiques

Le nombre de débordements inquiète Louis-Gabriel Pouliot, chargé de projet au COGESAF et administrateur à la Coalition Eau Secours, d’autant plus qu’avec les changements climatiques, les épisodes de fortes pluies risquent d’être plus nombreux.

Louis-Gabriel Pouliot accorde une entrevue aux abords du  Lac-des-Nations.

Louis-Gabriel Pouliot, administrateur de la Coalition Eau Secours.

Photo : Radio-Canada / Yannick Cournoyer

Il y a plus de risques de grands épisodes de pluie d’un coup qui fait que tu as une surverse, souligne-t-il. Il y a aussi la perte des milieux humides qui fait qu’il y a moins de rétention d’eau. L’eau va aller super rapidement à la station, puis là, la station fournit plus puis n’est plus capable de traiter cette eau-là.

On appelait cela des pluies bicentenaires ou centenaires, puis maintenant, elles arrivent tous les 5 ans. On ne sait pas trop comment gérer cela. Nos infrastructures ne sont pas faites pour cela.

Une citation de :Julie Grenier, coordonnatrice de projets au COGESAF.

La coordonnatrice de projets pour le COGESAF juge aussi que les épisodes de fortes pluies se feront plus fréquents, ce qui justifie des actions concertées. C’est LE défi qui nous attend, tranche-t-elle.

Des citoyens demandent à Québec d’être plus exigeant

Le gouvernement du Québec demande aux villes de ne pas augmenter le nombre de débordements, mais n’exige pas pour l’instant une réduction de leur nombre.

C’est ce qui est notamment montré du doigt par la présidente de l’Association pour la préservation du Lac Magog, Joanne Sarrasin. Ils (les Villes) répondent aux normes fixées par le gouvernement, alors pourquoi changeraient-ils s’ils sont capables de répondre aux normes, souligne-t-elle. C’est pour cela que nous on dit, faut aller au départ, regarder les normes gouvernementales pour les rendre plus exigeantes.

Ça prend des sous et c’est urgent. C’est urgent que cette volonté soit mise de l’avant.

Une citation de :Joanne Sarrasin, présidente de l’Association pour la préservation du Lac Magog.

Elle s’inquiète pour la qualité de l’eau du lac Magog alors que la moyenne de phosphore est passée de 8 microgrammes par litre en 2011 à 11 en 2019. Pour régler le problème, le ministère de l’Environnement recommande de réduire l’apport en « matières nutritives ».

Par courriel, le ministère de l’Environnement a fait savoir que les normes actuelles « visent à ne pas augmenter la fréquence des débordements ». « La réduction des débordements sur un horizon de 30 ans (2010-2040) est un objectif auquel le Ministère a adhéré dans le cadre du Conseil canadien des ministres de l’Environnement et de sa Stratégie pancanadienne pour la gestion des effluents d’eaux usées municipales (Stratégie) approuvée le 17 février 2009 » précise-t-on par courriel.

400 à 500 millions de dollars pour régler le problème, selon la Ville

Avant l’inauguration de l’usine d’épuration des eaux usées de Sherbrooke en 1991, l’ensemble des eaux usées se retrouvaient dans l’environnement. On a fait un grand pas, lance Patrice Grondin, chef de division en ingénierie à la Ville de Sherbrooke.

La Ville estime qu’il est toutefois impossible à court terme de cesser complètement tout rejet d’eaux usées dans l’environnement. « On estime que l’investissement serait d’environ 400 à 500 millions de dollars. Si on veut être réaliste, on ne pourra pas réaliser l’ampleur de ces travaux-là », mentionne M. Grondin.

Est-ce qu’on a les moyens d’investir ces 400 ou 500 millions sur un horizon à court terme? Je ne pense pas que ce soit réaliste. C’est sur plusieurs dizaines d’années qu’on va y arriver.

Une citation de :Patrice Grondin, chef de division en ingénierie à la Ville de Sherbrooke

La Ville s’est toutefois dotée d’un plan d’action et oeuvre à séparer progressivement le réseau des égouts afin que les eaux de pluie et usées ne se retrouvent pas dans les mêmes canalisations. Une manière de réduire la pression sur le système. On parle d’environ 180 kilomètres (de tuyaux), souligne M. Grondin.

À moyen terme, la Ville envisage construire des bassins de rétention des eaux usées. Un projet qui nécessiterait un investissement de 50 millions de dollars. La construction de bassins de rétention va nous permettre d’emmagasiner les eaux qui normalement seraient déversées dans la rivière Magog ou Saint-François, résume M. Grondin, tout en précisant qu’aucun échéancier n’a pour l’instant été élaboré.

Et les citoyens?

Le COGESAF estime que les citoyens peuvent aussi faire leur part pour faire baisser le nombre de débordements en captant une partie des eaux de pluie sur leur propriété au moyen, par exemple, d’un baril récupérateur d’eau de pluie.

Cette quantité ne se retrouvera donc pas dans le réseau municipal. Ce qui fait que la quantité d’eau qui arrive dans le réseau diminue puis que là, le réseau est capable de gérer, explique Mme Grenier.

Chacun chez nous, on peut gérer la quantité d’eau qui arrive. On a pris l’habitude de drainer nos terrains le plus rapidement possible pour évacuer vers le réseau pluvial. Mais en installant des aménagements sur nos terrains, on est capable de retenir l’eau un peu, ajoute-t-elle.

En juin dernier, 45 organisations publiaient une lettre ouverte pour réclamer une intervention gouvernementale dans le dossier des débordements des eaux usées. Ils estiment que 7 municipalités sur 10 au Québec déversent toujours leurs eaux usées dans les cours d’eau.

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