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Jenny Sauro : petits et grands deuils à la manière de Marc Séguin

À la gauche, la couverture du livre « Jenny Sauro », de Marc Séguin. À la droite, la photo de l'auteur.

Marc Séguin renoue avec des thèmes qui lui sont chers, dans « Jenny Sauro », dont la quête d'un sens à la vie.

Photo : Radio-Canada

Prenez note que cet article publié en 2020 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Dans son quatrième roman, Marc Séguin change de style littéraire et peint le portrait de Jenny Sauro en mode mosaïque. Pour le meilleur, mais aussi pour le moins convaincant, par moments.

Jenny s’est noyée en sauvant son fils du lac devant la maison familiale. La glace n’était pas assez épaisse, en cette fin de décembre. Le drame n'a pas fini de secouer la petite communauté de North Nation, où Jenny était revenue, chez son père, afin d’élever son petit Arthur loin de la ville.

Jenny, la belle serveuse du seul restaurant du coin. Jenny, abandonnée par sa mère, mais maman monoparentale très présente. Jenny, la trentenaire aux histoires d’amour insatisfaisantes et aux aspirations devenues discrètes à force de déceptions. Une Jenny qui, allez savoir pourquoi, m’a mis la chanson de Richard Desjardins en tête...

Un portrait mosaïque...

L'artiste pose assis dans un chemin de campagne.

Marc Séguin

Photo : Atelier Brooklyn

Marc Séguin se fait ici conteur et dessine sa Jenny par petites touches de couleurs et de textures, pour mieux faire ressortir les nuances de son héroïne. Ces couleurs et textures sont les reflets de ses pensées à elle, bien sûr, mais aussi des souvenirs, aveux et autres témoignages des gens qui l’ont connue, côtoyée, jalousée ou aimée, secrètement. Car il y a des choses qu’on dit aux morts qu’on ne peut pas dire aux vivants et des vérités avec lesquelles il est parfois plus facile de vivre quand l’autre n’est plus là...

En jouant ainsi d’une perspective à l’autre, l’artiste visuel et romancier tour à tour drape les courbes de Jenny, pigmente son regard, dévoile ses états d’âme, trace un pan de sa trajectoire, épure ses questionnements existentiels. Comme s’il nous invitait à découvrir toutes les facettes de Jenny, un petit tableau à la fois, composant une mosaïque pour mieux en faire le portrait.

... des enjeux sociaux en clair-obscur...

Sur sa toile de fond, l’auteur déploie les enjeux moraux, sociaux et environnementaux qui l’interpellent et lui sont chers. Ses personnages chassent, pêchent, trappent, cultivent la terre, avec respect. Il est question de famille, de territoires, de ruralité et d’identité. De petits et grands deuils, de spiritualité, de science et de sens à donner à son existence, aussi, quand la vie s’avère plus forte que la mort une fois l’hiver passé.

On reconnaît donc aisément ses préoccupations, dont il a empreint ses précédents romans (Nord Alice, Hollywood, La foi du braconnier). Or, cette fois, Marc Séguin préconise un style, un souffle littéraire, bien différent de celui auquel il nous a habitués jusqu'à maintenant. Il flirte ici avec le conte, voire la légende, avec tout ce que ce genre peut comporter de fantastique et d’inexplicable, pour ne pas dire d’inexpliqué.

... et un narrateur parfois agaçant

Le recours à un narrateur omniscient pour raconter l'histoire permet de passer du point de vue d'un personnage à celui d'un autre et de jouer à saute-mouton dans le temps de manière plutôt habile.

Cette voix devient cependant répétitive par moments, portée par la volonté de l'écrivain d'établir (trop?) clairement des liens entre certains événements ou de rappeler les questionnements existentiels de Jenny - auxquels Marc Séguin ne prétend pas offrir de réponses (Dieu merci!), mais qu'il soulève malgré tout un peu trop souvent, surtout dans la dernière portion du livre.

Certes, on peut y voir une construction et des digressions propres à l'oralité du conte. Il n'en demeure pas moins qu'en quelques occasions, la voix de ce narrateur finit par agacer, voire lasser, par la redite. Heureusement pour Marc Séguin et sa Jenny, ce n'est toutefois pas au point de décrocher.

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