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La nature, à la fois sauvage et personnage de romans

Les deux livres reposent debout sur une dalle de ciment avec des quenouilles en arrière-plan.

La nature est au coeur des romans de Maureen Martineau et de Delia Owens.

Photo : Radio-Canada / Valérie Lessard

La nature s’avère parfois bien plus qu’un banal décor, en littérature. Elle peut devenir personnage à part entière, notamment quand elle s’incarne aussi éloquemment, voire puissamment, que dans le plus récent polar de Maureen Martineau et dans le premier roman de Delia Owens.

Dans Zec La Croche comme dans Là où chantent les écrevisses, la faune et la flore occupent une place prépondérante, à la fois refuge et menace, source d’inspiration et zones de tempêtes, au point de faire écho aux états d’âme des héroïnes des deux écrivaines. Elles jouent également un rôle essentiel dans la trajectoire des personnages.

Zec La Croche : la proie insoupçonnée

Deux poissons tête-bêche figurent sur la page couverture du livre, debout dans un sentier en forêt.

Maureen Martineau signe son deuxième polar noir chez Héliotrope, avec « Zec La Croche ».

Photo : Radio-Canada / Valérie Lessard

Agathe est morte là où elle avait l’habitude d’aller camper chaque année avec sa fille, en Haute-Mauricie. Un rituel auquel Agathe n’avait pas dérogé, même après une chicane avec Lorie… Un an plus tard, cette dernière décide de retourner sur les lieux du drame, dans l’espoir de comprendre ce qui est arrivé à sa mère, mais aussi de faire la paix avec le sentiment de culpabilité qui la ronge depuis.

En quête de réponses à ses nombreuses questions, Lorie renouera sur place avec le policier Morneau, aujourd’hui à la retraite. Elle y croisera Hook, qui lui servira de chauffeur de taxi; Chillas, le nouvel agent de protection de la faune; et deux femmes atikamekw assoiffées de vengeance. Autour d’elles et d’eux, une ourse rôde, affamée elle aussi, craignant certes les fusils, mais assurée que contrairement à ce qu’on voit dans le genre humain, jamais un mâle de sa propre espèce ne s’en prendrait à elle. Et c’est d'ailleurs ce qu’Agathe voulait partager avec Lorie, en allant ainsi camper avec sa fille : la nécessité d’apprivoiser la peur et la solitude face à un environnement potentiellement hostile, au fin fond des bois, entre lacs et forêt dense, dans ce qui est habituellement considéré comme un terrain de chasse réservé aux hommes.

Dans Zec La Croche, et fidèle à l'esprit du roman noir, Maureen Martineau teinte son intrigue d'un regard critique sur divers enjeux sociaux. Elle évoque autant les rapports hommes-femmes qu’allochtones-Autochtones, que ceux entre l’humain et la nature dans ce qu’ils peuvent avoir de plus sauvage. Car les proies s’avèrent parfois redoutables quand elles ne craignent plus leur prédateur... Et c'est dans ces moments en particulier que Maureen Martineau se révèle d'une redoutable efficacité elle-même.

Gatinoise d'origine, Maureen Martineau compte parmi ses titres le polar La ville allumette, dont l'action se déroule entre autres dans le Vieux-Hull, et le roman noir faisant la part belle à la gent ailée, Une église pour les oiseaux.

Là où chantent les écrevisses : la coupable idéale

Le roman présente un héron poisson au bec sur la couverture. On le voit avec un marais en arrière-plan.

Kya, l'héroïne de Delia Owens, est surnommée la « Fille des marais ».

Photo : Radio-Canada / Valérie Lessard

Kya a six ans quand sa mère l’abandonne, en 1952. Ses frères et soeurs feront de même. Puis son père. Tate aussi, son seul ami, qui lui a appris à lire et à écrire. Tate, avec qui elle partage ses connaissances de la faune et la flore du marais, et qui lui avait pourtant promis de revenir auprès d’elle, après sa première session à l’université.

Kya, c’est la Fille des marais, sauvage et solitaire. Celle qui grandit à l’écart des gens du petit village côtier de Barkley Cove, en Caroline du Nord, parmi les oiseaux, les herbes hautes et les chenaux du marais. Kya, qui intrigue autant qu’elle fait peur. Celle que plusieurs préfèrent éviter. Sauf Chase. Or, quelques années après lui avoir fait la cour et miroiter un possible mariage, Chase est retrouvé mort. Accident ou meurtre? Isolée, vulnérable et pointée du doigt, Kya pourrait bien devenir la coupable idéale pour les policiers chargés d’élucider les circonstances entourant le décès d'un des enfants chéris du village.

L’Américaine Delia Owens signe ici un premier roman tout empreint de sa passion pour la zoologie et la biologie. Car, par-delà le mystère entourant la mort de Chase (intrigue qu’elle tricote et détricote plutôt habilement, notamment lors du procès de Kya), Là où chantent les écrevisses se veut surtout un vibrant hymne à la résilience de son personnage central et, plus encore, à la nature. Son roman foisonne de descriptions aussi poétiques que détaillées des plumes d’oiseaux et des coquillages que son héroïne accumule et dessine. Ça goûte l’écume salée de la mer. Ça sent le varech. Ça résonne des cris des mouettes et des goélands. Bref, ça se lit fort agréablement, malgré quelques coquilles et irritants (l’impression du mauvais prénom d’un personnage par-ci, une traduction mésadaptée à la réalité nord-américaine par-là).

Zoologiste de formation, Delia Owens a vécu plus de 20 ans sur le continent africain dans les années 1970 et 1980, et consacré trois ouvrages aux animaux et à la nature. Elle a publié son premier roman, intitulé Where the Crawdads Sing en version originale anglaise, à 70 ans.

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