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Le pouvoir malien tente l’apaisement en relâchant les leaders de la contestation

Les affrontements, qui ont duré trois jours, ont fait au moins 11 morts et des dizaines de blessés.

Mountaga Tall, un des leaders de l'opposition au Mali.

Mountaga Tall, un des leaders de l'opposition malienne

Photo : afp via getty images / MICHELE CATTANI

Agence France-Presse

Les autorités maliennes ont relâché les leaders de la contestation qui réclament un changement de pouvoir, dans un apparent geste d'apaisement après les troubles sanglants qui ont agité la capitale Bamako en fin de semaine.

Des tirs nourris ont encore été entendus lundi dans le quartier de Badalabougou, fief de la grande figure de la contestation, l'imam Mahmoud Dicko, et principal foyer de tensions.

Des accrochages épars ont opposé des hommes lançant des pierres et des forces de sécurité ripostant à coups de gaz lacrymogènes dans des rues encore jonchées de projectiles. Mais c'était sans commune mesure avec les confrontations des jours précédents.

La capitale, préservée en temps normal des violences djihadistes et intercommunautaires qui endeuillent le nord et le centre du pays, a été la proie vendredi, samedi et une partie de dimanche de troubles civils les plus graves qu'elle ait connus depuis des années. Au moins 11 civils ont été tués et des dizaines d'autres blessés, selon les urgences hospitalières.

Le premier ministre Boubou Cissé a diligenté une enquête pour situer les responsabilités et évaluer l'étendue des dégâts, ont dit ses services.

La situation demeure volatile et la communauté internationale, inquiète, a appelé à la retenue de toutes parts.

À l'adresse directe du pouvoir contesté du président Ibrahim Boubacar Keïta, elle a condamné le recours à la force létale par ses services de sécurité et demandé la libération des leaders de la contestation arrêtés depuis vendredi.

Il s'agissait de tenter de recréer les conditions d'un dialogue rompu, ont dit l'Union africaine, la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), l'ONU et l'UE au Mali dans un communiqué.

Les avocats des opposants ont annoncé leur libération lundi.

Mes trois clients Choguel Maïga, Kaou Djim et l'imam [Oumarou] Diarra viennent d'être libérés. D'autres ont été libérés hier soir déjà, de manière désordonnée, a dit l'un d'eux, Me Alifa Habib Koné, à l'AFP.

L'avocat chiffrait dimanche à une vingtaine le nombre d'opposants arrêtés, dont plusieurs leaders du Mouvement du 5-juin, une coalition hétéroclite de leaders religieux, de personnalités du monde politique et de la société civile, qui s'est agrégé contre le pouvoir autour de l'imam Dicko, personnalité religieuse très écoutée, devenu ces dernières années un farouche adversaire du pouvoir, mais aussi interlocuteur incontournable.

Forte pression sur le président Keïta

L'imam avait appelé au calme dimanche. Ses partisans, craignant qu'il ne soit arrêté à son tour, avaient transformé en camp retranché le quartier de Badalabougou et les alentours de la mosquée où il prêche. Les affrontements avec les forces de sécurité avaient donné lieu samedi à des scènes de guerre.

Lundi, malgré la persistance d'escarmouches, des dizaines de policiers et d'éléments de la garde nationale semblaient chargés d'une reprise en main.

Nous sommes là avec les consignes strictes : dégager les voies et permettre aux Maliens de vaquer à leurs occupations, a dit un responsable policier tenu à l'anonymat, le casque sur la tête à l'entrée d'un des ponts donnant accès au quartier. Nous sommes là pour mettre de l'ordre. C'est tout, a-t-il répondu à l'AFP qui lui demandait s'ils étaient venus arrêter l'imam.

Toutes les banques sont restées fermées à Bamako et les administrations ont tourné au ralenti.

La pression reste forte sur M. Keïta, qui focalise la colère et dont la contestation réclame le départ.

Le Mouvement du 5-juin a fait descendre des milliers de Bamakois dans la rue à trois reprises depuis juin.

Frustré de ne pas voir ses exigences satisfaites par le pouvoir, il est entré vendredi en désobéissance civile.

Un pays en grande difficulté

Le mouvement canalise une multitude de mécontentements dans l'un des pays les plus pauvres du monde : contre la dégradation sécuritaire et l'incapacité à y faire face, le marasme économique, la défaillance de l'État ou le discrédit répandu d'institutions suspectes de corruption.

Les exigences radicales de cette contestation placent le chef de l'État dans une situation très compliquée : dissolution du Parlement, démission des juges de la Cour constitutionnelle, formation d'un gouvernement dont elle nommerait le premier ministre et, au bout du compte, départ du président.

Aucune des ouvertures de M. Keïta n'a jusqu'alors fait retomber la fièvre, au contraire.

L'escalade récente alarme les alliés et les voisins du Mali, inquiets d'un élément déstabilisateur de plus dans un pays qui affronte le djihadisme et une série de défis majeurs, dans une région elle-même tourmentée. Le Quai d'Orsay a condamné les violences et appelé les parties à privilégier de toute urgence le dialogue.

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