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Points de presse sur la COVID-19 : l'interprétation simultanée est-elle suffisante?

Blaine Higgs place un écouteur dans son oreille droite.

Le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs, écoute l'interprétation simultanée d'une question qui lui est posée, le 3 avril 2020, à Fredericton.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

La Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB) reproche à la commissaire aux langues officielles de ne pas en faire suffisamment pour s’assurer que les francophones reçoivent une information de qualité égale à celle fournie aux anglophones lors des points de presse provinciaux sur la COVID-19.

Alexandre Cédric Doucet, président de la SANB, est d'avis qu'il est essentiel que les francophones reçoivent la même information que les anglophones en temps de crise.

Ce dernier ne croit pas que l'interprétation simultanée, actuellement utilisée en point de presse, soit un accommodement raisonnable. Ça viole la loi sur le bilinguisme, dit-il.

Ce point de vue n’est pas partagé par la commissaire aux langues officielles de la province, Shirley MacLean. La Loi sur les langues officielles comme telle ne dit pas que la traduction n’est pas égale, affirme-t-elle.

Il y a des arrêts qui disent que la traduction simultanée peut être un accommodement, donc c’est au gouvernement de décider comment il va passer le message au public.

Shirley MacLean, pose, souriante.

Shirley MacLean, commissaire aux langues officielles du Nouveau-Brunswick (archives).

Photo : CBC/Shane Magee

Selon elle, le public francophone est aussi bien informé que le public anglophone. Elle croit qu’il n’y a aucun manque d’information à l'égard du public tant francophone qu'anglophone.

Dans une lettre adressée au premier ministre, la commissaire a toutefois recommandé la possibilité d’avoir un porte-parole du gouvernement bilingue, aux côtés du premier ministre. Ça serait à mon opinion mieux, a-t-elle souligné à Radio-Canada.

C’est tout à fait le choix du gouvernement, c’est le gouvernement qui décide comment ces conférences de presse se déroulent.

Shirley MacLean, commissaire aux langues officielles

La SANB, qui a porté plainte auprès de la commissaire, aurait souhaité une intervention différente. Elle suggère seulement la nomination d’un porte-parole bilingue [...] elle aurait pu exhorter le gouvernement de le faire, mais elle fait seulement une suggestion, déplore Alexandre Cédric Doucet.

La commissaire compte étudier la plainte de la SANB, mais refuse de dire si elle fera enquête.

Le déroulement des points de presse

Depuis le début de l’état d’urgence, les conférences de presse sur la COVID-19 s’adressent directement au public et sont offertes en ligne.

La médecin hygiéniste en chef de la province, la Dre Jennifer Russell, y présente, dans les deux langues officielles, les informations liées à la santé publique.

Le premier ministre de la province, Blaine Higgs, y présente, quant à lui, les décisions et les prises de position du gouvernement. À part quelques phrases lues en français, l’essentiel de son message et toutes ses réponses sont donnés en anglais depuis la mi-mars.

Le premier ministre Blaine Higgs, le 31 mai 2020.

Le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs, lors d'un point de presse sur la COVID-19.

Photo : Radio-Canada

Une intervention de l'ancien ministre de la Francophonie en juin

Le 17 juin dernier, l'ancien vice-premier ministre et ministre de la Francophonie du Nouveau-Brunswick, Robert Gauvin, avait interrogé le premier ministre Blaine Higgs à ce sujet lors d'une séance à l'Assemblée législative. Il lui avait alors suggéré l'accompagnement d'un député bilingue qui pourrait s'exprimer et répondre en français lors des points de presse.

Le ministre actuel de la Francophonie, Glen Savoie, peut s'exprimer en français. C'est aussi le cas du ministre de l'Éducation, Dominic Cardy, qui parle couramment la langue de Molière. M. Cardy a d'ailleurs pris l'habitude de répondre aux questions des journalistes dans les deux langues officielles lors des points de presse sur l'éducation.

Mais Blaine Higgs avait rapidement rejeté cette suggestion, affirmant qu'il n'y a qu'un seul premier ministre et que je représente tous les Néo-Brunswickois.

Le député de Shippagan-Lamèque-Miscou, Robert Gauvin, à l'Assemblée législative en juin.

Le député de Shippagan-Lamèque-Miscou, Robert Gauvin, à l'Assemblée législative en juin

Photo : Radio-Canada

Quelques jours plus tard, Robert Gauvin avait fait part de ses inquiétudes sur l'avenir du bilinguisme dans la province dans une publication sur les médias sociaux. Le député indépendant de Shippagan-Lamèque-Miscou avait alors dit craindre de possibles conséquences d'une traduction mal comprise, en dépit des efforts du gouvernement pour informer la population.

L’inquiétude, c’est que les messages traduits [réponses aux journalistes durant les conférences de presse] soient mal compris, ce qui pourrait avoir des effets néfastes.

Celui qui a quitté le Parti progressiste-conservateur en claquant la porte l'hiver dernier redoute même carrément une détérioration du bilinguisme de manière générale.

Si on se tourne vers l’avenir et que l’on accepte la traduction comme outil de bilinguisme, on risquerait de diminuer le besoin, l’envie, voire même la nécessité d’apprendre l’autre langue officielle, nous privant ainsi de la richesse culturelle qui nous démarque et fait l’envie des autres provinces, avait-il ajouté.

Jamais dans l’histoire récente du Nouveau-Brunswick le besoin de se tenir ensemble n’a été aussi présent. Et se tenir ensemble commence par une bonne communication [et] la bonne volonté de démontrer à l’autre par des actions positives et concrètes nos intentions.

Robert Gauvin, député indépendant de Shippagan-Lamèque-Miscou, 23 juin 2020

Une dizaine de plaintes depuis mars

Même si les auditeurs francophones peuvent écouter les propos du premier ministre par interprétation simultanée, des plaintes ont toutefois été enregistrées au Commissariat des langues officielles du Nouveau-Brunswick depuis le début de la pandémie.

À titre indicatif, dix plaintes ont été déposées au Commissariat des langues officielles du Nouveau-Brunswick entre le 23 et le 30 mars ayant comme objets les points de presse de la province.

Avec les informations de Michel Corriveau

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