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Il y a un an, il échappait à la mort après une rencontre avec les fugitifs

Un an après les événements tragiques qui ont tenu le pays en haleine, les souvenirs restent vifs pour Kenneth Albertsen, qui s'est retrouvé face à face avec les deux fugitifs.

Illustration montrant un tireur dehors pointant son arme vers un conducteur au volant de son véhicule.

L'illustration est une interprétation des événements.

Photo : Radio-Canada / Illustration : Sophie Leclerc

Il est tôt, le 15 juillet 2019, quand les policiers sont appelés sur la scène du crime où les corps atteints par balles de Lucas Fowler et de Chynna Deese gisent au côté d’une camionnette bleue, garée le long d’une route dans le nord de la Colombie-Britannique.

Au même moment, à des milliers de kilomètres au sud, dans l’État du Montana, aux États-Unis, le photographe Kenneth Albertsen dit au revoir à la famille chez qui il était en visite, démarre le moteur de sa camionnette blanche et s’engage sur la route qui doit le ramener à Palmer, en Alaska, où il vit.

Il est loin de se douter que son chemin va croiser celui de Bryer Schmegelsky et Kam McLeod, qui ont commis un double meurtre avant de se lancer dans une cavale qui allait tenir les forces policières et le pays en haleine durant plusieurs semaines.

Un an après ces événements tragiques, M. Albertsen peine à comprendre pourquoi les fugitifs, alors âgés de 18 et 19 ans, ont commis l’irréparable. Mais il est profondément reconnaissant à la vie d’avoir échappé à la mort qui le guettait, dans la pénombre d’une route isolée, le soir où il a rencontré les deux meurtriers.

Avec le recul, je pense que les choses auraient pu finir bien différemment.

Kenneth Albertsen
Vue aérienne de Haines Junction, au Yukon.

L'événement s'est produit près de Haines Junction, au Yukon.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Une embuscade

Il est près de minuit, le 17 juillet 2019, lorsque M. Albertsen stationne son camion et le bateau pneumatique qu’il tire en remorque dans une aire de repos située le long de la route de l’Alaska, près de Haines Junction, à environ deux heures à l’ouest de Whitehorse.

Deux jours plus tôt, les corps de deux touristes, Lucas Fowler, d’origine australienne, et de sa conjointe, Chynna Deese, une Américaine, ont été découverts près de la rivière Liard. Mais Kenneth Albertsen ne sait rien de ces meurtres, puisqu’il faut attendre le 19 juillet avant que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) ne révèle le drame publiquement et n'annonce la tenue d’une enquête.

Épuisé, M. Albertsen s’installe sur la banquette arrière de son véhicule pour se reposer. Un camion le dépasse lentement, puis s’immobilise à moins de 50 mètres devant lui.

Au bout d’un instant, M. Albertsen aperçoit le passager qui descend du véhicule un fusil d’épaule à la main, se dirigeant vers les arbres qui longent le chemin.

Un camion blanc arrêté sur une route du Yukon.

S’il a toujours aimé trouver des endroits calmes et isolés pour camper, Kenneth Albertsen préfère maintenant les endroits plus fréquentés.

Photo : Offerte par Kenneth Alberstain

La silhouette armée avance vers lui en adoptant une position de chasseur.

Au même moment, la camionnette commence à reculer lentement dans sa direction. Aussi lentement qu’une vitesse de marche, raconte M. Albertsen.

Une embuscade, ajoute-t-il.

Sentant le danger, il saute rapidement sur le siège avant, démarre le moteur et part en trombe. En passant devant la camionnette, il tente de voir le visage du conducteur, mais celui-ci se cache derrière sa main levée.

J'ai toujours été assez alerte, conscient de mon environnement, dit le photographe, qui estime que cela lui a permis de percevoir le danger et de s'en tirer.

La prise de conscience

Quand les événements se sont produits, je ne savais pas que ces gars avaient tué des gens, raconte Kenneth Albertsen. Je pensais juste que j'avais eu une rencontre bizarre avec des voyous.

Conférence de presse de la GRC qui présente une photo de deux jeunes garçons, Bryer Schmegelsky et Kam McLeod.

Dans un rapport publié en septembre 2019, la GRC indique que l’heure, le lieu de l’incident ainsi que la description des deux hommes concordent avec les déplacements et les signalements de M. McLeod et de M. Schmegelsky.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

C’est le 21 juillet, alors qu’il prend connaissance des événements publiés dans les médias, qu'il établit le lien.

Ce jour-là, la GRC annonce la découverte d’une troisième victime, qui sera plus tard identifiée comme étant Leonard Dyck, un chercheur de l’Université de la Colombie-Britannique.

À proximité de la scène de crime se trouve un camion incendié que les policiers lient rapidement à Kam McLeod et Bryer Schmegelsky, portés disparus.

Je me suis dit : "il pourrait y avoir une relation." Le soir même, Kenneth Albertsen décide de contacter la GRC.

Le 22 juillet, au lendemain de son témoignage, les policiers annoncent que Kam McLeod et Bryer Schmegelsky sont recherchés et considérés comme dangereux.

Mettre l'accent sur les victimes

Comme la plupart des gens touchés, Kenneth Albertsen ne s’explique pas les événements survenus il y a un an. Est-ce en raison de problèmes de santé mentale, d’une âme tourmentée? Au final, il croit que cela n’a guère d’importance.

Photos de Lucas Fowler, Chynna Deese et Leonard Dyck.

Les victimes devraient prendre plus d'espace dans l'univers médiatique que les auteurs des crimes, estime M. Albertsen.

Photo : Offertes par la famille Fowler/Elaine Simons Lane/UBC

Je ne pense pas qu’une personne normale puisse comprendre un tel comportement. C’est inexplicable.

Kenneth Albertsen

Il s'estime simplement chanceux d’être en vie. Pour le reste, il ne souhaite pas être perçu comme une victime. La sympathie du public devrait plutôt être tournée vers les familles qui ont perdu des êtres chers.

Je ressens énormément de sympathie pour elles, dit-il.

M. Albertsen a d’ailleurs un message pour les médias qui couvrent ce genre de tragédie. Il vaudrait mieux pour une fois se concentrer sur les victimes plutôt que de glorifier les tueurs.

Selon lui, il est plus important de rendre hommage aux personnes défuntes. Je crois que c’est une meilleure approche.

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