•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

La Couronne demande le droit d'attaquer la crédibilité d'Éric Salvail

Le ministère public a recueilli trois témoignages qui contredisent la défense de bonne réputation de l'accusé.

Éric Salvail arrivant au palais de justice de Montréal.

Éric Salvail, le 11 mars dernier

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

La Presse canadienne

La Couronne saura le 4 septembre prochain si son attaque sur la crédibilité d'Éric Salvail est admissible ou pas.

Le juge Alexandre Dalmau, de la Cour du Québec, a pris en délibéré lundi sa décision d'accepter ou de rejeter la requête du Directeur des poursuites criminelles et pénales de présenter une contre-preuve visant à démontrer que l'accusé, dans son témoignage, a donné une image erronée et fausse de sa personne au magistrat.

La procureure Amélie Rivard a présenté trois témoignages de personnes disant avoir subi elles aussi des attouchements sexuels, de l'exhibitionnisme ou des propos à caractère sexuel de manière constante et répétitive de la part d'Éric Salvail. Ce sont de tels gestes allégués, ainsi qu'une présumée agression sexuelle dans une salle de toilette de Radio-Canada en 1993, qui ont mené Donald Duguay à porter plainte contre le producteur et animateur déchu.

Éric Salvail, qui était présent en cour lundi, est accusé d'agression sexuelle, de séquestration et de harcèlement sexuel, des gestes qui auraient été posés en 1993.

La démarche de la Couronne ne vise toutefois pas à établir une preuve de faits similaires, qui consisterait à démontrer qu'il s'agit d'un comportement constant de l'accusé, ce que les règles de droit ne lui permettent pas à ce stade-ci du procès. L'objectif de Me Rivard est plutôt de contrer les propos d'Éric Salvail, qui a insisté à quelques reprises dans son témoignage sur le fait qu'il n'agissait pas ainsi, qu'il n'était pas ce genre de personne et que les gens qui le connaissent le savent.

Me Rivard a expliqué que c'est la crédibilité de cette affirmation qu'elle entend miner : Si jamais cette preuve-là est permise, elle ne servira qu'à attaquer la crédibilité de l'accusé et à rétablir une image que celui-ci aurait pu laisser sous-entendre au tribunal sans inviter le tribunal à conclure qu'il est le genre de personne à commettre ce type d'infraction, a-t-elle affirmé.

Le juge Dalmau a aussi cherché à établir les limites de l'intervention : Si c'est admis, c'est dans le but de me demander de rejeter le témoignage de M. Salvail, surtout dans la portion où il dit que : "Je n'ai pas fait ça, je n'aurais pas fait ça, je n'ai jamais agressé sexuellement des gens"?

Exact, a répondu sans hésiter Me Rivard.

Ce sont des agressions sexuelles, dit le juge

Aucun des trois témoins qui se sont manifestés ne peut être identifié en raison d'une ordonnance du tribunal et aucun des trois n'entend porter plainte non plus.

L'avocat d'Éric Salvail, Me Michel Massicotte, a longuement insisté sur le fait que les trois personnes en question ne voyaient pas matière criminelle dans les comportements de son client, notamment dans certains propos déplacés tenus en groupe : Vous avez le portrait de mon client, M. Salvail, qui, en compagnie des gens de son équipe, devant tout le monde, fait des remarques qui peuvent être salaces. On voit qu'il y a derrière tout ça un aspect ludique.

Le juge Dalmau lui a cependant rappelé la teneur des gestes posés et le fait que la loi ne fait pas la distinction entre la perception des gens et le droit : Même si les témoins ne le perçoivent pas nécessairement comme ça [...] moi, quand je lis leur description qu'ils font des gestes d'Éric Salvail, ce sont des agressions sexuelles.

Détournement de procès

Michel Massicotte a aussi vigoureusement contesté le fait qu'Éric Salvail ait mis sa réputation en jeu lors de son témoignage principal, bien que certains extraits laissent croire le contraire. Me Massicotte a cherché à démontrer que c'est la Couronne, en contre-interrogatoire, qui a voulu insister sur cette question : La procureure [...] l'a forcé dès le départ à mettre sa réputation en jeu en lui demandant s'il avait déjà franchi la ligne.

L'expérimenté juriste a cherché à démontrer que, sans le battage médiatique autour de la cause, la Couronne n'aurait pas eu matière à requête : La contre-preuve a été obtenue à la suite du fameux témoignage très médiatisé de l'intimé [Éric Salvail] et suite à sa réponse sur le respect de la ligne, a-t-il avancé. Selon lui, le fait que la Couronne ait amené Éric Salvail à dire qu'il ne franchissait jamais la fameuse ligne entre l'humour et l'agression a suscité la réaction de membres du public qui ont alors décidé de faire une déclaration qui constitue la contre-preuve.

Me Massicotte a poussé sa logique jusqu'au point de reprocher à la Couronne de vouloir détourner le procès lui-même : La présentation en contre-preuve de trois témoignages sur trois événements distincts a pour effet de faire dérouter un peu le procès concernant les allégations du plaignant vers un examen détaillé de la moralité de l'intimé à partir de ses débuts professionnels jusqu'à tout récemment, a-t-il avancé, notant que les trois témoignages faisaient référence à des gestes s'étalant de 1995 à 2017.

Là, on n'est plus dans le procès Duguay. On est dans un nouveau procès [...] Ça va devenir un procès sur la moralité de M. Salvail.

Me Michel Massicotte, avocat de la défense

Nullement ébranlée, Me Rivard est revenue à la charge en réplique, faisant valoir que la défense allait certainement attaquer la crédibilité de Donald Duguay dans sa plaidoirie : Avant de se rendre aux contradictions de M. Duguay, on va toujours bien camper la crédibilité de M. Salvail, et je pense que cet exercice-là ne peut pas être fait honnêtement et raisonnablement par un tribunal avec l'image que M. Salvail a laissée dans son témoignage.

Lors de son témoignage, Éric Salvail a nié en bloc les allégations de Donald Duguay, les qualifiant de farfelues.

Donald Duguay a lui-même demandé d'être identifié publiquement.

Commentaires fermés

L’espace commentaires est fermé. Considérant la nature sensible ou légale de certains contenus, nous nous réservons le droit de désactiver les commentaires. Vous pouvez consulter nos conditions d’utilisation.

Procès et poursuites

Justice et faits divers